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Full text of "Opere del conte Algarotti"

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DUKE 

UNIVERSITY 

LIBRARY 



THE LIBRARY OP 

PROFESSOR GUIDO MAZZONI 

1859-1943 



Digitized by the Internet Archive 
in 2011 with funding from 
Duke University Libraries 



http://www.archive.org/details/operedelcontealg15alga 



CARTEGGIO INEDITO 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 

PARTE QUINTA. 
LETTERE FRANCESI. 



ir. ( 




i't.jBjj|jj l| |^|M|UL» > ''»iaclj^ja^ t ju cai 



LETTERE 

D I 

FEDERICO IL 

RE DI PRUSSIA. (0 



AL CONTE 

ALGAROTTI 
I. 

à Remusberg ce i Septemhre 1739, 

Jjjléve d' Horace , et d' Euclide , 
Citoyen aimable et charmant 

Du 
Cx) S'è giusto il detto Oraziano, che Prìn 
A 2, ci- 



J^ Lettere 

Du pays du raisonnement , 

Où regne 1' arbitre du vnide , 

Les calculs , et les argunients; 

Naturalisè par Ovide 

Dans r empire des agrémens , 

Où la vivacitè charmante , * 

L' imagination brillante , 

Préférent à la véri té 

La fiction et la gaieté : 

Nouvel auteur de la lumiere , 

Phebus de ton pays natal ; 

C est ta brillante carriere, 

C est ta Science qui 1' éclaire , 

Qui déjà lui sert de fanal . £3 

cìpibus placuisse viris noit ultima Icmìs est, 
ecco un bel monumento di gloria al merito 
del conte Algarotti : tanto piiì da pregiarsi , 
quanto che viene da un Principe , che pri- 
meggiò in talenti e coltura di spirito trft i più 
illustri filosofi e letterati dell' età nostra ; e '1 
quale nell' esercizio delle sublimi prerogative 
che a' Re s' addicono , talmente si comportò , 
che gli ardui coraggiosi cimenti di un Alessan- 
dro e d' un Cesare reggendo invariabilmente 
colla politica saviezza di un Filippo e di un 
Numa , e lumeggiando pur sempre colle pub- 
bliche virtù di un Tito e d'un Antonino, in- 
nalzò la moderna storia all'altezza ed autorità 

deir. 



Inedite. 5 

La souplesse de ton genie 
Te fit naltre pour Ics talens ; 
C est Newton en philosophle , 
Le Bernin pour les bàtimens , 
Hornere pour la poesie, 
Homere qui faisoit des dieux 
Gomme les saints se font a Rome, 
Oli r on place souvent un homme 
Tres indignement dans les cieux . 
Cui , déjà Virgile et le Tasse 
Surpris de tes puissans progrès 
Poliment te cedent la place 
Qu' ils pensoient tenir pour jamais.. 

J'ai 
dell'antica; e restituì la fede a que' racconti, che 
nelle greche e romane memorie la moderna 
incredulità spacciava per favolosi ed esagera- 
ti , sulla maravigliosa influenza che può ave- 
re un gran Genio nel destino e prosperità de- 
gli stati e delle nazioni . Federico il. Re di 
Prussia , a ben giusto titolo soprannominato il 
Grande, nacque li 24 Gennajo del 1712, e 
mancò a vivi li 17 Agosto del 1786. dopo cin- 
quantasette anni di regno . 

La collezione delle sue lettere al conte Al- 
garotti riuscirà tanto più accetta al Pubblico , 
perchè del tutto inedita , e mancante in tutte 
le edizioni delle Opere postume di Federico . 

A 3 



6 Letteru 

J' ai tout re^u , mon cher Algarottl , de- 
puis la poesie divine du Cigne de Padoue 
jusqu'aux ouvrages estimables du sublime 
Candide . Heureux sont les liommes qui 
peuvent jouir de la compagnie des gens 
d'esprit! plus heureux sont ies princes qui 
peuvent les posseder ! Un prince qui ne 
voudroit avoir que des semblables sujets 
seroit réduit à n' avoir pas un empire fort 
peuplé : je préférerois cependant soa indi- 
gence à la richesse des autres , et je me 
trouverois principalement agréableraent flot- 
te si je pouvois compter que , 

Tu décoreras ces climats 
De ta lire , et de ton compas , 
Plus que Maron , par ton genie 
Tu pourrois voir couler ta vie 
Chez ceux qui marchent sur les pas 
Et d'Auguste , et de Mécénas . 

Passez-moi cette coraparaison , et souvenez- 
vous qu' il faut donner quelque chose à la 
tirannìe de la rime . 

J' Gspére que ma pre'miere lettre vous 
sera pervecue . J' aurai bientòt achevé la 
réfutation de Machiavel; je ne fais à pré- 
sent que revoir l' ouvrage , et corriger quei-» 

ques 



Inedite. 7 

ques négllgences de stile , et quelques fau- 
tes contre la pureté de la lan^ue qui peu- 
vent m' etra echapées dans le leu de la 
composition . Je vous adresserai l'ouvrage 
dès qu'il sera achevè , pour vous prier d* 
avoir soin de l' inipression : je fais ce que 
je puis pour l' en rendre digne . 

Je n'oublierai jamais les huit jours que 
vous avez passés chez moi . Beavicoup d* 
^trangers vous ont suivi j mais aucun ne 
vous a valu , et aucun ne vous vaudra si 
tòt . Je ne quitterai pas si tòt encore ma 
retraite où je vis dans le repos , et parta- 
gé eatre l' étude , et les beaux-arts. Je 
vous prie, que rien n'efface de vótre mé- 
moire les citoyens de Remusberg : pre- 
xxez-les d'allieurs pour ce qu' il vous plaira , 
mais ne leur faites jamais injustice sur 1' 
araitié , et 1' estime qu' ils ont pour vous . 
Je s«is , mon cher Algarotti 



Véire tres-fidellement affectionné 
Federic . 



A 4 



II. 

à Remusberg ce 29 Octobre ly^q. 

IVXoa cher Al^arotti , il n' y a rien de 
plus obligeant que l'exactitude avec la quel- 
le vous vous acquittez des commissions que 
je vous ai données pour Pine (1) . Je fe- 
ra! copiar la Henriade , tandis que par les 
estampes de leurs victoires navales il fera 
ressouvenir les Anglois de leur gioire passée. 
11 est juste que l'ouvrage de nótre Virgile 
moderne attende la fin de l'impression du 
Yirgile des Romains , et l' equité veut que 
le cigne de Mantoue chante le premier ; il 
perdroit trop t.'il suivoit le cigne de Cirey. 
Dès que j'aurai recu les premieres feuilles 
de Virgile, je choisirai la grandeur du pa- 
pier , et je ferai faire les desseins , et les 
vignettes qui doivent embellir cet ouvrage . 
La Marquise vient de m' envoyer une 

tra- 
ci) Celebre intagliator di caratteri inglese, 
a cui debbonsi le due sontuose edizioni di Vir- 
gilio e d' Orazio intagliate in rame , 



Inedite. g 

traduction italienne de la Henriade par un 
certain Gabiriano . Elle parolt tres fìdele ; 
Ainsi ce poéme excellent par lui-méme va 
bientòt passer en toutes les langues , et servir 
do modele au poème epique de toutes les na- 
tions . Il le luériteroit assurénient ; car e' est 
le plus sage , et le inieux construit que nous 
ayons , Je compte d'achever dans trois se- 
maines mon Prince de Machiavel . Si vous 
vous trouvez encore vers ce tems à Lon- 
dres je vous prierai de prendre sur vous 
le soin de cette impression . J'ai fait ce 
que ] ai pu pour inspirer de 1' horreur au 
geme humain pour la fausse sagesse de ce 
politique : j'ai luis au jour le contradictions 
grossieres dans les quelles il est avec lui 
mérae , et j' ai tàchè d' égayer la inatiere 
aux eiidroits que cela m' a paru convena- 
ble . On instruit toujours mal lorsqu' on en- 
nuye , et le grand art est de ne point fai- 
re bàiller le lecteur . Il ne falloit pas la 
force d'Hercule pour dompter le monstre 
de Machiavel , ni 1' eloquence de Bossuet 
pour prouver à des étres pensans que 1' 
ambition demesurée , la trahison , la per- 
fidie , et le meurtre etoient des vices con- 

traires 



XO LlTTEHI 

traires au bien des hommes ; et que la ve- 
ritable politique desRois, et de tout hon- 
néte homme est d' étre bon et juste . Si 
j'avois cru que ce dessein surpassoit mes 
forces , je ne l'aurois point entrepris . 

Je n'aurois point d'un vaia honneur 
Cherchè le frivole avantage ; 
Car je mesure k ma vigueur 
Tous mes efforts et mon courage 
Le Ture, dlt-on, en son serrail 
A cent beautés pour son usage ; 
Mais chaque jour un pucelage 
Demande un vigoureux travail . 
Qu' il fasse donc , s'il veut , sa ronde, 
Qu'Atlas lui Seul porte le monde, 
Qu' Hercule dompte des géans , 
Que les Dieux vainquent les Titans : 
Une moins illustre victoire 
Honorant assez mes talens 
Suffìra toujours à ma gioire . 

Je suis ravi de ce que vous conservez en- 
core le souvenir d'un endroit où l'on éter- 
nise vòtre mémoire . Vous étes iramortel 
chez-nous ; et le nom d'Algarotti perirà 
aussi peu à Remusberg, que celui du dieu 
Tenne chez les Romains . Vos collections 

de 



Inedite. ii 

de jardinage , moti cher Algarottì , me se- 
ront d' autont plus agréables qu' elles me 
procureront de vos nouvelles . Je regarde 
les honunes d'esprit comme des seraphins 
en comparaison du troupeau vii et mépri- 
sable des huraains qui ne pensent pas . T 
aime à entretenir correspondance avec ces 
intelligences superieures , avec ces étres 
qui seroient tout àfait spirituels , s' ils n* 
avoient pas de corps : ce sont l' élite de 1' 
humanité. Je vous prie de faire mes arai- 
tiés à mylord Baltimore dont j' estime ve- 
ritablement le caractere et la fagon de pen- 
ses ; j' espere qu' il aura re9u k present mon 
epltro sur la liberté de penser des Anglois . 
Souvenez vous toujours des amis que vous 
vous étes faits en vous mo-ntrant simple- 
znent , et j'ugez de ce que ce seroit si nous 
avions le plaisir de vous posseder toujours . 
Je suis avec une véritable estiine , mon 
cher Algarotti, vòtre tres affectionné ^mi. 



•o*o* 



la Li E T 



HI. 

à Berlin ce 4 da Decembre lySg. 



M, 



-on cher Algarotti , vous devez avoir 
recu à présent ma reponse aux beaux vers 
que vous m' avez envoyés , dont l' esprit 
sert comme de véhicule à la louange . J' 
espere de pouvoir bien-tót vous envoyer 
moii Ariti • Machiavel . J'y travaille beau- 
coup ; mais corame je destine cet ouvrage 
pour le public , ]e voudrois bien qu' il fut 
poli et lime de maniere, que les dents de 
la critique n' y trouvassent que peu , ou 
point à mordre . C est pourquoi je corrige 
et ] efface ù present les endroits qui pour- 
roient déplaire au lecteur sensé , et aux 
personnes de gout . Je ne ra.e precipite 
point, et j'appergois tous les jours des nou- 
velles fautes . C est un hydre dont les té- 
tes renaissent à niesure que je les abats . 
Nous avons recu ici un très - abile physi- 
cien nommé Celius ; e' est un homrae qui 
a pour plus de som, écus d' instrumens 
de physique, et qui est tres- verse dans les 

ma* 



Inedite. i3 

mathématiques . 11 y a actuellement a Lon- 
dres ixn grand mécanicien et opticien que 
le Roi fait voyager , Cet homme promet 
beaucoup ; je crois que vous ne vous re- 
pentirez point de le connoitre ; il s' appai- 
le Lieberkùn . 

J' attens la feuille de Virgile avec iinpa- 
tience pour accélérer l' impression de la 
belle edition de la Henriade; on commen- 
cera cette semaine à la faire copier . Vol- 
taire est à présent à Cirey avec Emilie . 
Ils iront , à ce qu' ils disent , dans peu à 
Bruxelles. Je crois que l'air du barreau ne 
leur conviendra ni à l' un ni à 1' autre , 
et que Paris peut étre regardé comme le 
centre d' attraction vers le quel tout fran- 
cois gravite naturellement . 

Si vous trouvez à Londre* quelque ou- 
vrage digne de la curiosité d' un étranger , 
faites le mei savoir, je vous prie. J' ai 
vu une pieoe de mylord Chesterfield pleine 
d'esprit, de bonne plaisanterie, et d'agré- 
xnens ; elle est sur l'ajustement des dames. 
N' oubliez pas au moins les singulieres pro- 
ductions du docteur Swift. Ses idées nou- 
velles, hardies, et quelquefois extra vagaa- 

tes 



44 Lettere 

tes m' arausent . J'aime assez ce Rabelais 
d'Angleterre, principalement Jorsqu' il est 
bien inspiré par la satire, et qu' il s' abaa- 
donne a son iinagination . 

Adieu, cher Algarotti , n'oubliez point 
ceux que vous avez charmés à Remusberg 
par vótre presence , et soyez persuade de 
r estime perfaite avec la quelle je suis vò- 
tre tres - affectionné ami . 



IV. 

à Berlin ce 26 de Fevrier x'j^o. 

IVxon cher Algarotti , je ne sai quelle 
peut étre la raison que vous n' avez point 
recu ma lettre . Il y a près d' un luois que 
je vous ai ecrit . J' ai été depuis ce tems 
attaqué d' une fievre assez forte , et d' une 
colique trés douloureuse , ce qui ma em- 
péchè de répondre à mylord Baltimore. J' 
ai cependant travaillé autant qu' il ma été 
possible; de fa9on que inon And' Machia- 
vel est achevè, et que je compte de vous 

r en- 



Inedite. i5 

l'envoyer dans peu après j aroir fait quel- 
ques corrections. ^ 

Ma piume tremblante et timide 
Présentant ses premiers essais 
Au Public né censeur rigide , 
Pouf s' assurer contre ses traits 
Attend qne Minerve la guide . 
Les partisans de Macliiavel 
Peu contens de la facon libre 
Dont je leur proiligue mon sei 
Pour venger la gioire du Tibre , 
Et ce monstre fils naturel 
D' un pere encor plus crimineì 
Contre mei sonneront V allarme . 
Fleury quittant d' abord 1' autel , 
Son chapeau rouge , et son missel 
Revétira sa cotte d'armes. 
Et jusqu' a Rome Alberoni . 
Au Vatican fera vacarme 
Contre un auteur qui l'a honni . 
L' éléve de sa politique 
Qui d' Espagne 1' avoit banni 
Sous sa fontange despotique 
Conclura d' un ton ironique 
Que le pauvre auteur converti 
Sera pour lese politique 
Très bien et galamrnent roti , 
Meme à l' autre bout de l' Europe , 

Dans 



l6 Lettere 

Dans Ce climat si misantrope 
Peuplé moitié d' ours et d' humains , 
Dont on dit que défunt Esope 
Fut des premiers historiens , 
Tu verras la frauda et la ruse, 
L' interèt vii qui les abuse 
Fronder avec des airs hautains 
Un ouvrage qui les accuse, 
Et qui leur vaudra dans mes mains 
Une autre téle de Meduse 
Propre à détruire leurs desseins . 

J' ai recu le paquet d'Italie, les sermons, 
et la musique , dont je vous fais mes re- 
mercimens . Je n' ai encore rien regu d' 
Angleterre , et je presume que vótre ballot 
ne me perviendra qu' à l' arrivée de 1' écu- 
yer du Roi . 

Vous étes un excellent commissionnaire , 
mon cher Algarotti: j'admire vótre exacti- 
tude , et vos soins infatigables . Je n'aipas 
re^u la moindre chose de Pine . La Hen- 
riade est copiée , et prète à étre envoyée.. 
Il ne depend plus que de l'imprimeur de 
mettre la main à 1' oeuvre . 

Mandez - moi , je vous prie , si e' est en 
frangois cu en italien que vous composez vo- 

txe 



Inedite. l'j 

tre essai sur la guerre civile (i). Le sujet 
que voiis avez choisi est sans contredit le 
plus interessant de toutes les liistoires de 
l'univers. L'esprit se plait en les lisaut , 
les faits remplissent bLeu 1' imaijination . 
Cette histoire est en comparaison de celle 
de nos teraps ce qu' est l' epopèe à 1' égard 
de r idille . Tout y tend au grand , et au 
sublime . 

Envoyez- moi , je vous prie, votre tra- 
duction de Pétrone j je suis persuade qu' 
elle surpasse autant Pétrone, que Vyhc d' 
aimer de Bernard est préférable à celui d' 
Ovide . 

Nous regardons ici d' un oeil sto'ique les 
débats du Parlement d'Angleterre , les trou- 
bles de Pologne, la conquéte des Russiens, 
les pertes de l'Empéreur, les guerres des 
Francois , et les projets ambitieux des Espa- 
guols . Il me semble que nous jouons le 

róle 

(i) Si aQcenna qui lo scritto intorno al 
Triumvirato di Cesare , Crasso e Pompeo , so- 
pra cui stava lavorando Algarotti ; e il di cui 
importante frammento si pubblicherà da noi 
neir ultimo volume . 

Tom. XV. B 



i8 Lettere 

róle des astronomes qui prédisent les ré- 
volutions des planetes , mais qui ne les 
reglent pas . Nótre emploi sera peut - étre 
de faire des calendriers politiques à l'usa- 
ge des caffés de l'Europe. 

Mandez-moi, je vous prie, si vous n' 
avez pas regu ma lettre sans date du i5, 
ou du ly de jauvier . Si vous ne l' avez 
pas regue , il faut qu' elle soit egarée . El- 
le est en répcFnse sur votre maladie . 

Mandez-moi, je vous prie , tout ce qu© 
vous savez, avec cette liberté qui vous sied 
si bien , et qui convient à tout étre pen- 
sant ; et principalement informez - moi de 
ce qui vous regarde ; car vous pouvez étre 
persuade que je vous aime , et vous esti- 
merai toujours . 



• 0*0*0*0* 

*o*o*o* 

*o*o* 

*o* 



lltEDÌTE. i^ 

V. 

à Berlin ce i5 d' Avril iy40' 

ir oursuivez vos travaux , aimable Algarotti ; 
Votre feu généreux ne s' est point ralenli , 
Et quittant le compas , déjà sous vótre piume 
Pour l'honneur desRomains s'épaissitun volume, 
L' univers est poùr vous un jardin bigarré 
Peint par l'email des fleurs , ou de fruits décoré, 
Ou toujours voltigeant en abeiJle legere 
Vous butinez le miei de parterre en parterre , 
Et preparez pour nous des sucs si bienfaisans. 
Que ne promettent point tous vos heureux talens ! 
Par vous le grand Newton ressuscite à Venise, 
Jules Cesar renait aux bords de la Tamise . 

Je souhaite que ce Jules Cesar conduit par 
son auteur puisse arriver bientót à Berlin , 
et que j' aie le plaisir de l'applaudir ea 
vótre presence . Vous n' avez rien perdu 
en ma lettre ; ce ne sont que quelques 
mauvais vers de moins dans le monde , et 
quelque verbiage inutile dérobé à vòtre con- 
noissance . Gomme vous étes poéte , mon 
cher Algarotti , je ne m' étonne point que 
vous compariez un moroeaii de papier bar- 
fi 2 bouillé 



co Lettere 

bouiìlé par moi chetif, k ces flottes somp- 
tueuses qui apportent des trésors du nou- 
veau monde . 

L' heureuse imagination , 

Le ton d'une Muse ])olie, 

L'agrément de la ficiion , 

La vivacité du genie 

De vos Poetes d'Italie, 

Et r hiperbole en action 

Par leur science si feconde , 

Ont souvent étonné le monde , 

Relevant de petits objets , 

Et rabaissant de grands sujets; 

Tout leur est soumis a la ronde . 

Sublime eloquence , art divin , 

Vous savez nous plaire , et séduire , 

Et maitresse du genre humain 

Tout r univers est vótre empire. 

Mais il faut à cette eloquence des Cice- 
rons, des Voltaires , cu des Algarotti ; san* 
guoi elle rassembleroit à une squélete pri- 
ve de chairs , et de ces parties du corps 
humain qui 1' embellissent , et lui donnent 
la vie. 

J'attens tous vos ouvrages avec beaucoup 
de curiosité et d' impatience . Encore uh 
coup de piume , et je vous enverrai le Ma- 

chiar 



Inedite. 21 

chiavel , qui est d'allieurs toat achevé . 
Pour vous amuser en attendant, j'ajoute a 
cette lettre deux épltres sur V usage de la 
Fortune , et sur la constance dans les dif- 
ficultés de la vie , et dans l' adversité , aveò 
un conte auquel un niédecin a donne lieu . 
Vous trouverez ces amusemens assez frivo- 
les , vous qui étes dans un pays où V on 
ne gagne que des batailles , et oìi l' on ne 
frappe que de ces grands coups qui deci- 
dent de la fortune des Einpires et du sort 
des Nations . Je voudroìs pour raa satisfa- 
ction que vos libraires fussent aussi dili- 
gens que vos généraiix . Pine me fait ex- 
tréniemeut languir. J' ai la Henriade prè- 
te, et je n'attens que cette feuille eter- 
nelle de Virgile , qui paroit étre collée pour 
jamais dans son imprinierie. Il me semble 
au moiiis qu'on devroit quelque préféren- 
ce à Voltaire , car 

Virgile lui cédant la place 
Qu' il obtint jadis au Parnasse , 
Lui devoit bien le méme honneur 
Chez maitre Pine 1* iinprimeur . 

J' attens de vos nouvelles , et je me flatte 
que vous voudrez bien avoir soin de lout 

lì 3 re 



33 Lettere 

ce qui regarde ces impressions aux quelles 
je ni' interesse beaucoup . Adieu, mon cher 
Algarotti , vous pouvex ètre persuade de 
toute mon estime . 



VI. 

à Remusherg ce ig de Mai ij^o. 



k 



ma Muse vive , et légere 
Ne fais pas trop d' attention ; 
Mes vers ne sont faits que pour plaire , 
Et non pour la dissection . 

Yous entrez dans un détail des épltres 
que je vous ai envoyées , mon cher Alga- 
rotti , qui me fait trembler . Vous exami- 
nez aveo un microscope des traits grossiers 
qu' il ne faut voir que de loin , et d' une 
maniere superiicielle . Je me rends trop 
justice pour ne pas savoir jusqu'oìi s'eten- 
dent mes forces . Indépendamment de ce 
que je viens de vous dire , vous trouverez 
dans cette lettre deux nouvelles épitres , 
l'une sur la necessità de l'ótude, et l'an- 
tro 



Inedite. ù.3 

tre sur l'infamie de la fausseté . J'y ai 
ajouté un conte sur un mort qu'on n' a 
point enterré, parce que un prétre avoit pro- 
mis sa résurrection . Le fond de 1' histoire 
est vrai au pied de la lettre , et sembla- 
ble en tout a la maniere dont je l' ai rap- 
porté ; r imagination a achevé le reste . 

Vous , qui naquites dans ces lieux 
Où Virgile parla le langage des Dieux , 

Qui l'apprites dès la nourrice , 

Jugez avec plus de justice 
De mas vers négligés et souvent ennuyeux . 
Entouré de frimats , environné de giace 

La lire tombe de mes mains . 

Non , pour cultiver l' art d' Horace 
Il faut un plus beau ciel , et des plus doux destins . 

Je suis persuade que la vie de Cesar que 
vous composez fera honneur à ce vainqueur 
des Gaules . 

Ce généreux usurpateur 
Me plaira mieux dans vos ouvrages 
Qu' à Rome au milieu des hommages 
D' un peuple dont il fut vainqueur . 

Gomme je m' appercois des délais de Pine , 
) ai pris la résolution de faire imprimer V 
Ariti- Machiavel en HoUande, et je vous 

B 4 pi'i® 



^4 Lettere 

prie en méme temps de vous inforni er com- 
bien couteroient tous les caracteres d'ar- 
gent les plus beaux que l'on a, et qui font 
la collection d' une imprimerie compiette . 
J'ai envie de les acheter, afin de faire im- 
primer V Henriade sous mes yeux. 

De la bavarde Renommée 

Prenant les ailes et la voix 
Du Cigne de Cirey je louerai les exploits . 

La Henriade relimée , 
De nouvelles beautés sana cesse ranimée 

Jusqu' aux Bracmanes des Chinois 

Et des rives de l' Idumée 

Volerà ^ comme je prévois . 

Je ne sai que répondre à vótre charmante 
gazette , si non que la nótre jusqu' a pre- 
sent ne fournit que des sujets tristes , et 
qu* elle pourroit , comme je le prévois et 
le crains , fournir dans peu des matieres 
encore plus tragiques . Ce qu' il y a de 
sur , e' est que nous n' avons point de bals , 
ni de mascarades ; que nous ne conquerons 
point deroyaumes, mai aussi n'avons-nous 
point de guerre . C est à présent le tems 
de nòtre sommeil et de l' inaction . 11 faut 
crqire que lorsqu il aura dure son perio- 

de, 



Inediti. aS 

de, un autre lui succederà. Je sai bien 
que pour ce qui me regarde , je souhaite 
ayec beaucoup d' erapressement que mon 
tems Vienne de vous revoir . Vous étes 
trop aimable pour qu' on puisse vous con- 
noitre sans vous desirer . Faites donc , je 
vous prie , que je puisse bientòt me satisfai- 
re , et soyez persuade que Je suis plein d* 
estime et d' amitié pour vous . Adieu . 

VII. 

à Charlottenbourg ce z de Juin in^o. 

IVlon cher Algarotti, mon sort a changé, 
Je vous attends avec inipatience ; ne ma 
faites point languir. 

FÉOS AIO. 

Veriez , Algarotti , des bords de la Tamisa 
Partager avec nous nòtre destin heureux. 
Hàtez-vous d' arriver en ces aimables lieux , 
Vous y retrouverez Liberté pour devise . 

Ceci 



a5 Lettere 

Ceci doit vous faire entendre que depuis 
quatre jours Féderic II. a succede a Féde- 
ric Guillaume . 

Tout son peuple avec nous ne se sent pas de joie . 
Lui Seul, en tendre fìls» à la douleur en proie, 
Peu sensible aux attraits d'un destin si flatteur 
Mérite d' étre aimé , de regner sur ton coeur. 

iVe gaudia igitur nostra moreris . Algarot- 
ti 'venturo Phosphore redde diem. 
mille et mille complimens au digne raylord 
Baltimore . Je le salue par tous le cinq 
points de geometrie . 

Le Roi s' est declaré Ma^on , et moi de 
méme a la suite de mon Héros . Conside- 
rez-moi comme uà maitre Ma9on . 

Le Roi a commencé par répandre ses 
bienfaits sur son peuple ; il le nourrit , et 
ne fait de jour à autre que de donner à 
pleines mains. Après cela parlez-moi de 
Titus . Yenez bientót . 

Ce 3 Juin Ati de salut ijS^o. 
4."* jour du regne de mon adorable Maitre . 

Vótre tendre ami et terviteur 
A. KeyserIìINGs. 



Inedite. vJ 

Vili. 

à Charlouenbourg ce 21 de Juin x'j^o. 

IVlon cher Cigne de Padoue , j'ai regu 
vos lettres avec bien du plaisir ; mais ] 
avoue que j'ai encore dix fois plus d' em- 
pressement à vous voir vous-méme qu' à 
lire vos lettres . Je vous prie de ine sati- 
sfaire au plutót , et d' étre persuade que 
malgré l'accablement d'affaires dans le quel 
je me trouve, je sens cependant beaucoup 
que vous me manquez. Satisfaites^moi dono 
le plus promptement qu* il vous sera pos- 
sible. Ayez soin de l'imprimerie la meil- 
leure , et la plus compiette que vous pour- 
rez trouver , et soyez bien persuade de T 
estime que ) ai pour vous . 

• 0*0* 



a8 Lettere 

IX. 

à Remusberg ce 24 ^^ iìepc. 1740. 

iVlon cher Cigne de Padoue , Voltaire 
est arrivè tout étincelant de nouvelles beau- 
tés, et bien autrement sociable qu' à Cle- 
Ves . Il est de très-bonne humeur, et se 
plaint moins de son indisposition que d' 
ordinaire . Il n' y a rien de plus frivole 
que nos occupations. Nous quintessencions 
des odes , nous déchiquetons des vers , nous 
faisons l'anatomie des pensées, et tout ce- 
la en observant ponctuellement 1' amour 
du prochain . Que faisons nous encore ? 
nous dansons à nous essoufler , nous man- 
geons à nous crever , nous perdons nòtre 
argent au jeu , nous chatouillons nos oreil- 
les par une harmonie pleine de moUesse , 
et qui incitant à l'amour fait naitre d'au- 
tres chatouillemens . Chienne de vie , di- 
rez-vous , non pas de celie de Piemiisberg, 
mais de celle que vous passez dans des re- 
grets , et des souffrances . 

Enfin ,, voila comme le monde est fait ^ 

et 



Inedite. 29 

et voila comme V on vit dans la petite, 
contrée eie Remusberg . J' avois oublié de 
vous dire que Maupertuis est si amoureux 
des nombres et des chiffres, qu' il préfére 
A plus B minus Y à toute la société d' 
ici . Je ne sai si e' est qu' il aime tant V 
algebre , ou si nòtre monde V ennuye . 
Du moins soyez bien persuade que le Ci- 
gne de Padoue manque beaucoup à nòtre 
société, malgré le Cigne de Girey , et ce- 
lui de Mittau. Adieu, illustre invalide de 
l'empire de l'amour. Guerissez-vous des 
blessures de Cithére , et faites du moins 
que nous profltions à Berlin de vótre esprit, 
tandis que les put .... ne pourront profì- 
ter de vòtre corps. 




L E T T E It È 

X. 

à Remusherg ce ii de Octobre ij4^. 



M< 



-on cher Algarotti , j" ai vu par vòtre 
lettre que vous étiez content du décora- 
teur de Penne. Il faut qu'il attende nion 
arrivée , pour que je voie son ouvrage . 
Vótre lettre au coraédien est belle , et 
Hatteuse pour lui et pour moi, mais il me 
semble que vous n'auriez du tant appuyer 
sur la magnificence , car à présent il va 
demander le doublé de ce qu' il auroit de- 
mandò sans cela . 

J'ai toujours la fievre à peu près de me- 
me ; j' ai cependant fait 1' exorde du Poé- 
me que vous savez . Il faudra encore bien 
amasser des matèriaux , et arranger des 
faits avant que d' avoir arrangé et plié le 
sujet aux regles de l' epopee ; mais nous 
y aviserons . 

Je me retrouve ici chez - moi , et plus 
rendu à moi-raéme qu'à nul autre endroit, 
Dès que j'aurai encore fait un voyage à 

Ber* 



Inedite. 3i 

Berlin , je reviens ici pour ne plus quitter 
Remusberg . 

Faites mes complimens a Maupertuis , 
et dites-lui que j'avois arrangé dans ma té- 
te de quoi lui donner de l'occupation suf- 
fìsante . Je vais prendre ma fìevre . Adieu. 
Je vous reverrai , je crois , Dimanche , ou 
Mardi . 



XI. 

à Remusberg ce ao d'Octohre \n/[0. 

uini , le Sexe de Berlin 

Est ou bien prude ou bien catin , 
Et la sort de toutes les belles 
Est de passer par mainte inain . 
Plaire , aimer , paroltre fideles 
Est r effet de l'amour du gain; 
Mais faites à donner, à prendre, 
Leur générosité sait rendre 
Le soir tout 1' acquis du matin , 
De Naples un certain dieu mutin 
Dieu de douleur, de repentance 
Dit-on, s'assujettit la France, 

Et 



3a Lettere 

Et ravagea comme un lutin 
Tout e . . . friand , tout v . . . enclin 
Au plaisir de l' intemperance . 
Bientót du dieu la véhémence 
Le transporta cliez le Gerraain. 
Ce n' est que par reconnoissance 
Que quelque equitable put .... 
Vieri de restituer son bien 
Au gentil Cigne de Florence . 
J' en suis bien fàchè, car je paye ma quo- 
te part du malheur qui vient de vous aiTÌ- 
ver . Vous étes a Berlin , et je suis a Re- 
musberg . Vótre secret sera inviolablement 
gardé ; l' honneur de ma nation me tient 
trop à coeur pour que je ni' avise de di- 
vulguer qu'on maltraite à Berlin un hom- 
me que j' estime , et que je chéris . 

Prenez toutes les précautions que vòtre 
sante exige , et ne venez ici que lorsqu© 
vous le pourrez sans risque . Je travaille , 
en attendant, tantót à une ode, tantóc à 
quelque autrè piece; le tout cependant ló- 
gérement, car mon corps cacochime ne 
permet guère à mon ame de s' elevar aus- 
si haut que celie des Algarotti , et des 
Voltaires. La maladie enchaine mon esprit, 
jet tient mon imagination eu cage . 



Inedite. 33 

Je crois que nionsieur de Coinsi est très 
bien à Strasbourg, et qu' il seroit de trop 
ici. Ne prenons que la fleur du genre hu- 
maìn, et émondons les feuilles inutiles, et 
les racines pourries : un bouquet doit étre 
choisi . J' ai recu deux editions complettes 
du Machiavel. Gresset m'adresse une ode 
où il me démasque Toutou. Je ne saurois 
qu' y faire , je suis né pour étre decou- 
vert . Je 1' ai été cornine corate Dufour , 
je le suis corame auteur . Il n' y a de res- 
source pour moi que dans un fond iné- 
puisable d* effronterie . 

Du centre de la Faculté 
Ma fidelle fievre salue 
Votre nouvelle infirmité ; 
Mais craignez qu' \ pas de tortue 
» Sa douleur cuisante et aigue 

Pour quitter vòtre humanité 
Ne soit et rétive , et tétue. 
Comment vous quitter autrement ? 
Lors qu' on fait tant que vous connoìtre , 
Aimable Cigne , on ne peut ètra 
Qu' enclianté de vos agrémens , 
Vous connoissez mes sentimens . 11 seroit 
superflu de vous répéter combien je vous 
estime . 

To: XV. C 



o^. Lette 

XII. 



à Remusbeìg ce 2 5 de Octobre 1740. 



M, 



-on cher Algarotti , j" ai vu par vótre 
lettre la facon favorable dont vous jugez 
de niou éhauche de Machiavel ; mais je 
me rends assez justice en méine tems 
pour me dire , que voiis avez desarmé v6- 
tre critique à catte lecture , et que vous 
avez cru que e' est toujours beaucoup , 
lorsque 1' ouvrage d' un Roi peut atteindre 
au mediocre . 

Je passe au sujet le plus solide de vó- 
tre lettre , oi^i il s' agit de vótre persoii- 
ne et de mes interéts. Je vous avoue que 
je connois peu , ou pour mieux dire , per- 
sonne qui ait autant que vous de talens 
pour toutes les choses généralement . Je 
suis sur que vous étes capable plus que 
qui que ce soit pour étre employé dans 
des affaires solides ; mais par cela méme , 
mon cher Algarotti , souvenez-vous à\x cac- 
cia riserbata . Il faut vous reserver pour 

des 



Inedite. 35 

^ès bonnes occasions. Ma négociatìon avec 
r Angleterre se terminerà vers le retour 
du Cap.*«" en Angleterre , et vraisembla- 
blement alors tout doit etra fini et regie. 
Mais il se pourra trouver des endroits où 
vous me serez infiniment plus nécessaire, 
et oìi il s'agirà de connoltre prémierement 
le terrein . Je vous reserverai pour les 
bonnes occasions. Mais cependant si entre 
ci et ce temps-la vous avez envie de Tai- 
re quelque voyage , je m' offre volontiers 
à vous en fournir les frais d' une facon 
convenable , et de vous donner un titre 
qui pourra vous acheminer a quelque cho- 
se de plus haut. Parlez moi naturellement, 
et soyez persuade que je me ferai un plai- 
sir de vous obliger , et de faire vótre for- 
tune . Mais soyez toujours rond et since- 
re . Parlezmoi sans détour , et ne me ca- 
chez jamais vos viies et vos idées ; tant 
qu' elles seront faisables , je n' y serai ja- 
mais contraire . Mais il est bien naturel 
que je coramence par penser à moi - mé- 
me , et que je ne me prive point du plai- 
sir de vous voir sans que j' en aie une 
raison d' interét suffìsante , ou que vous 
C z ayez 



56 Letteri 

ayez envie de faire un voyage pour quel- 

que temps . 

Vous connoissez l'amitié, et 1' estime que 
)' ai pour vous . 



Xlll. 

à Remusberg ce 28 d' Occobre 1740. 

IVlon cher Algarotti , je conviens de très 
bon coeur que mon Machiavel coatient 
les fautes que vous m'indiquez; je suis me» 
me très persuade qu' on ponrroit y ajouter 
et y diminuer une infinite de choses qui 
rendroient le livre beaucoup meilleur qu' il 
n' est . Mais la mort de 1' Erapereur fait 
de moi un trés mauvais correcteur. C est 
une epoque fatale pour mon livre , et peut- 
étre glorieuse pour ma personne . Je suis 
bien aise que le gros du livre vous ait 
più ; je fais plus de cas du suffrago d' 
un homme sensé et pénétrant , que de V 
èXoge ou du blàme du vulgaire des auteurs. 

De 



Inèdite. 3^ 

De tous ces vils auteurs dont la vaine cohùe 
Creasse dans la fange aux pieds de l' Hólicon , 
Se poursuit par envie , et se traine en tortue 

Sur le pas d' Apollon . 

Vous pouvez garder le livre en toute sù- 
reté , car j' en ai re^u aujourd' hui une 
vingtaine d' exemplaires . 

Nous faisons ici tout doucernent les Ce' 
sars , et les Antoiaes, en attendant que 
nous puissons les imi ter plus réelleraent . 
C* est ce que 1' on appelle balloter en at- 
tendant partie . 

Je suis bien aise que les images de ces 
grands hommes vous aient fait plaisir au 
cabinet des Medailles . J' aurois souhaitó 
seulement que leur viie eùt eu 1^ merita 
de vous guerir , comme on le prétend de 
r image miraculeuse de la Sainte Dame 
de Lor .... 

Je n' irai point à Berlin . Une bagattel- 
le comme e' est la mort de l' Empereur ne 
deraande pas de grands mouvemens . Tout 
étoit prévu , tout ètoit arrangé . Ainsi il 
ne s' agit que d' exécuter des desseins que 
j'ai roulé depuis long tems dans ma téte . 

Les medecins m' ont promis que dans 
C 3 quinze 



58 Ij F. T T E n É 

quinze jours la fìevre feroit divorce aveó 
moi , et je leur ai jiromis de les payer com- 
me un Roi Catholique paieroit en pareil- 
le occasion un Pape qui lui donneroit di- 
spense . 

Mons. de Beauveau a du feu au cui qui 
le presse de venir ici . 11 croit quitter Ber- 
lin au plustót; mais je suis sur qu' il n'en 
bougera pas les premiers six inois . Voltai- 
re arriverà ici dans quinze jours . Emilie 
est à Fontainebleau , et lui il part de la 
Haye. Ne pouvant aller en France, la Prus- 
se sera le pis aller . 

J' attens toujours que vous vouliez vous 
déclarer sur votre sort . Dites-moi, je vous 
prie, ce quii vous faut , et ce que vous 
voulez pour que composition se fasse , et 
que je puisse voir jour à vòtie établisse- 
ment . J' attens le tout avec impatience , 
vous assurrant que je suis tout à vous . 






Inedite. 2rg 

XIV- 

à Beinusberg ce 2. de Nov. 1740* 

IVlon clier Algarotti , dans ce teius de 
crise je n' ai guère eu le temps de vous 
écrire . Les grandes nouvelles qui depuis 
huit jours se succedent si prompteiuent , 
donnent de 1' occupation à la politique , 
et les affaires commencent à prendre un 
traili si sérieux , qu'il ne suffìt pas d'une 
prudence ord inaire pour se couduire, et 
que pour bien faire il faudroit percer dans 
r avenir , et lire dans le livre des destins 
les conjonctures et les combinaisons des 
tems futurs . 

La premiere de vos lettres n'est pas 1' 
himne d'un cigne inourant, mais e' est le 
chant d' une Sirene , qui étant trop flat- 
teur séduiroit très facilement quiconque 
voudroit se croire tout ce qu' une imagina- 
tion italienne est capable de créer. 

La seconde est à peu près telle qu'An- 
toine l'éut ecrite à Cesar , dans le tems 

C 4 ^^® 



4© Lettere 

que ce dernier faisoit la consuete de I'Ar- 

gleterre . 

Je suis persuade que e' est pour vous le 
plus grand plaisir du monde d' ótre à la 
veille des plus grands événemens de l'Eu- 
rope , et de voir débroùiller une fusée 
qui assurement ne sera ni facile ni prom- 
pte à mettre eu ordre . Les tableaux de 
nos tems vous fourniront des crayons de 
ce qu' étoient ces grandes révolutions du 
tems de la République Piomaine , et vous 
donneront peut-étre encore plus de force 
pour les décrire, comme de certains peintres 
qui se proposent le sujet de Troie en flam- 
mas, Sont bien aises de voir des embrase- 
mens pour en avoir l'imagination plus frappée. 

Expliquez-vous un peu plus clairement 
sur vótre sujet , je vous prie , alln que je 
puisse vous satisfaire selon votre facon de 
penser . Quant au titre , ce sera pour cet 
hi ver à Berlin ; quant au reste je voudrois 
un langage un peu moins enigmatique . 

Adieu , cher Gigne: Je vous sou baite le 
retour de votre sante , et des vos forces , 
en vous assurant de raon amitié , et de 
mon estirae . 



Inedite. J^i 

XV. 

à Remusberg ce ^ JNov. 1740. 

Xon Apollon te fait voler au ciel , 
Tandis , ami , qua ranipant sur la terre 
Je suis en butte aux carreaux du tonnèrre, 
A' la raalice , aux dévots dont le fìel 
Avec fux'eur cent fois a fait la guerre 
A* maint liumain bien moins qu'eux criminel. 
Mais laissons là leur imbecille engeance 
Heurler l'erreur, et précher 1' abstinencé 
Du sein du luxe et de leurs passions. 
Tu veux percer la* carriere immense 
De r avenir , et voir les actions 
Que le destin avec tant de constance 
Aux curieux bouillans d' impatience 
Cacha toujours très scrupuleusement . 
Pour te parler tant soit peu sensément, 
A* ce Palais qu' on trouve dans Voltaire, 
Tempie où Henri fut conduit par son pere, 
Ou tout paroit nud devant le destin, 
Si son autcur t' en montre le chemin, 
Entierement tu peux te satisfaire . 
Mais si tu veux d' un fantasque tableau , 
En ta faveur, de co nouveau cahos 

Je 



43 Lettere 

Je vais ici te barboiiiller 1' histoire, 

De Jean Calot emprunfaiit le pinceau . 

Premieiement vois bouilloiier la j];loire 

En feu d' Eufer attJsé d'un demon ; 

"Vois tous les fois d' un nom dans la mémoire 

Boire a V excès de ce fatai poison ; 

Vois dans ses mains sccoiiant un brandon 

Spectre hideux , femelle affreuse et noire, 

Parliint toujours langage de grimoire , 

Et s' appuyant sur le sombre soujiron. 

Sur le secret, et marchant à tàtons , 

La politique implacable harpie, 

Et r intèret qui lui donna le jour 

Insinuer toute leur troupe impie 

Auprès des Rois , en inonder leur cour, 

Et de leurs traits blesser les coeurs d'envie, 

SouHer la baine , et broiiiller sans retour 

Mille voisins de qui la race amie 

Par maint himen signaloit leur amour. 

Déjà j' attends T orage du tarabour. 

De cent héros je vois briller la rage 

Sous les beaux noms d'audace, et de courage; 

Déjà je vois envahir cent états , 

Et tant d' huxnains moissonés avant V age 

Précipités dans la nuit du trépas . 

De tous cotés je vois croìtre l'orage, 

Je vois più» d'un illustre et grand naufrago. 

Et r univers tout couvert de soldats . 

Je 



I N E D I T ìì . 4^ 

Je vois .... (i) Petit- Jean vit blen davantage. 

A' vous , à vòtre iniaginatiou 

C est à finir; car ma muse essouflée 

De la fureur , et de 1" ambition 

Te crayonnaiit la désolation, 

Fuyant le ineurtre . et oraignant la mèìée 

S' est promplemeut de ces lieux envolée . 

Voila une belle histoire des choses que 
vous prévoyez . Si don Louis d'Acunha, 
le cardinal Alberoni , ou 1' Hercule mitre 
avoient des conunis qui leur iissent de pa- 
reils plans, je crois qu' ils sortiroient avec 
deux oreilles de moins de leurs cabinets. 
Vous vous en contenterez cependant pour 
le présent. G'est à vous d' imaginer de plus 
tout ce qu'il vous plaira. Quant aux affai- 
res de vòtre petite politique particuliere, 
nous en aviserons à Berlin, et je crois que 
i" aurai dans peu des nioyens entre nies 
mains pour vous rendre satisfait et con- 
tent . 

Adieu , cher CIgne. Faites-moi entendre 
quelquefois de vòtre chant, mais que ce 
ne soit point seion la fiction des poetes 

en 

(i) De la Comédie des Plaideurs . 



44 h z r T i R t 

en rendant Fame aux bords du Ximois. 
Je veux de vos lettres , vous bien "portant 
et raéme mieux qu' à présent. Vous con- 
noissez et étes persuade de l' estime que 
j" ai pour vous. 



XVL 

à Reìnusberg ce i3 de JSfov. \']^o. 

iVxon cher Cigne, vous étes né, je crois , 
pour voir arriver de vos jours de grands 
evéneraens . Voila dono l' Imperatrice de 
toutes les Russies morte , ce qui va faire 
un terrible changement dans les affaires 
de cet immense empire . En Saxe on joue 
aux osselets , et T on est plein de T or- 
gueil le plus parfait qu'il y a dans le mon- 
de : en France on joue au plus fin , et X 
on guétto sa proie: en HoUande on trem- 
ble , et r on fait pis encore : à Vienne on 
se tourne de tous cotés pour prendre une 
bonne resolution ; on a la cangrene dans 
le corps , et l' on craint une opération dou- 

lou- 



Inei>ite. /\5 

loureuse, seul remede qui pourroit la gué- 
rir : à Reniusbcrg on danse , on fait de 
vers , et l' on n' a plus la fievre : à Berlin, 
les cignes qui se sont brulé les ailes se les 
font guérir : et en Danneinarc le Roi et 
ses sujets mangent du gruau et du sarra- 
sin à en crever . Voila la gazette d'au- 
jordhui. Adieu cher Cigne . A Berlin uà 
quart d' heure d' entretien sur vos affaires 
les mettront, j" espere , dans une situation 
que vous pourrez étre coment . 



XVII. 

à Remusberg ce 16 de Nov. 174®' 

IVlon cher Algarotti , je suis fait pour le 
tristes événemens . Je viens d' apprendre la 
TOort de Shum mon ami intime, qui m'ai- 
moit aussi sincérement que je l'aimois, et 
qui m' a témoigné jusqu' à sa mort la coa- 
iìance qu' il avoit en mon amitié et dans 
ma tendresse dont il étoit persuade . Je 
youdrois plutòt avoir perdu de* millions. 

Ou 



4^ Lettere 

On ne retrouve guère des gens qui aient 
tant d'esprit avec tant de candeur, et de 
sentimens. Mon coeur en porterà le deuil, 
et cela d' une facon plus profonde qu' oxi 
ne le porte pour la plus part des parens . 
Sa mémoire durerà autant qu' une goutte 
de sang circulera dans mes veines , et sa 
famille sera la mienne. Adieu, je ne puis 
parler d'autre chose. Le coeur me seigne, 
et la douleur en est trop vìve pour pen- 
ser à autre chose qu' à cette plaie. 



XVIIL 

à Ruppin ce 29 de Nov. 174®* 



M. 



-on cher Algarotti , je ressens autant 
de plaisir de vous revoir après une longue 
absence qu' en pouvoit trouver Médor de 
se rapprocher de sa chere Angélique, avec 
la difference que mon esprit tout seul par- 
ticipe à cette volupté, et qu' il n'aime à 
courtiser le vótre que pour se réchaufer 
aux feux de vòtre brillant genie. 

Moa 



• Inedite. é^'j 

Mon arrivée à Berlin produiroit, je pen- 
se, un aussi mauvais siijet tle médaille, que 
le nom d' Hercule pouvoit établir une con- 
foimité entra le cardinal Roi et le liéros 
paìen. Cependant il se trouveroit des mé- 
dailleurs capables de graver 1' un« , coinme 
il s' est troiivé un Le Moine asseis flasque 
pour peindre l'autre. 

Les Anglois enfin vont faire les héros , 
et les ordres du cabinet royal ont rendu 
les vents favorable* à l' ainiral Noris . Re- 
Tiiarquez seulenient que lors qu' il s' agis- 
soit de roter à Torbay, le due de Cum- 
berland y étoit , et qu' il est absent lors 
qu'on niet actuellement à la voile. Il dan- 
se à s. James au lieu de conibattre à la 
Jamaique. Je ne sais pas trop encore ce 
que feront les troupes de terre; mais je 
presume qu' elles n' auront pas les vents 
contraires , et '] ai assez de foi pour croi- 
re que les circostances nouvelles et les 
combinaisons futures rempliront bien les 
quatre pages des gazettes . Heureux Alga- 
rotti ! que vous allez avoir de plaisir sans 
avoir de peine , ni le rude soin de vótre 
gioire à conserver . Vous verrez la tragè- 
die, 



48 Lettere 

die , et vous siflerez les acteiirs qui ne 
représenteront pas bien ; tandis que la 
Gaussin , du Fréne , Grebillon , ou Voltai- 
re tremblent pour les succès de la piece , 
et employent toute leur capacité et leurs 
talens pour la faire réussir . 

C est ainsi que dans le monde le ciel 
partage les destins ; les uns sont nés pour 
travailler, les autres pour jouir. Je vous 
souhaite , et ne vous envie point tout ce 
que la Providence a daigné faire pour vous , 
à condition que vous m' aimiez _, et que 
vous soyez persuade de 1' estime que j" ai 
et que j'aurai toute ma vie pour le Cigne 
de Padoue . Adieu . 

FÉD E RI e . 

Keyserling doit étre à présent à Berlin sain, 
et gueri de toute infìrmité . 

*o*o*o* 
*o*o* 



Inedite. ^g 

XIX. 

à Milcaii ce ao de Decemhre 1740. 

Vous allez dono partir, et vous négocio* 
rez taudis que nous combattrons . Je suis 
sur le point d'investir Glogau, et dès que 
je commencerai le siege, cela ira bien vi- 
te, lls ne peuvent tenir que trois jours, 
et de là nous volerons à Breslau , où ] es- 
pere de trouver des intelligences , et de 
pousser cet hiver /usqu' à la Niesse . 

Adieu, voyagez en paix et négociez avec 
«uccès, et soyez aussi heureux que vous 
étes airaable . Quelques services que vous 
me rendiez, ils n' approcheroat jamais du 
plaisir que me fait vótre présence. 

•o*o* 
•o* 

Tom. XV. D 



Bo Lettere 

XX. 

à Otmacliau ce l'j de Janvier l'J^i. 

ó ai commencé à régler la figure de la 
Prusse . Le contour n' en sera pas tout à 
fait regulier; car la Silésie entiere est con- 
quise ^ hors une misérable bicoque que je 
tiendrai peut-étre bloquée jusques au pria- 
tems qui vient. 

Tonte cette conquéte n' a couté jusqu' à 
présent que la perte de 20 hommes , et; 
de deux offioiers, dont l'un est le pauvre 
Purege que vous avez vu à Berlin . 

Vous me manquez beaucoup . Dès que 
V£>us aurez parie d' affaires , vous voudrez 
bien me l'écrire. Dans tous ces 60 milles 
que j'ai faits, je n'ai trouvé aucun humaia 
comparable au Cigne de Padoue . Je don- 
nerois volontiers dix lieues cubiques de ter- 
re pour un genie semblable au vòtre. Mais 
je m'appercois que je vais vous prier de re- 
venir me rejoindre, lorsque vous n'étes pas 
encore arri ve. Hàtez-vous dono d'arriver, 

d' exé- 



Ineoitb. 5i 

d' exécuter vótre commission , et de revo- 
ler a moi . Je voudrois que vous eussiez 
le chapeau de Fortunatus ; e' est la seule 
chose qu'on puisse vous souhaiter. 

Adieu , cher Cigne de Padoue. Pensez, 
je vous prie , quelquefois à ceux qui se 
font échiner ici pour la gioire, et sur tout 
n' oubliez pas vos amis qui pensent mille 
fois à vous. 



XXL 

au camp de HermsdoTf ce i5 de Juin 1741 « 

IVJLon cher Algarotti, jo vous attends avec 
bien de l'irapatience, plus aise de vous 
posseder comme arai, que de recevoir de 
vos lettres comme ministre . Vous étes à 
présent à Lyon oìi je vois vótre esprit en- 
richi de tout ce que l' industrie des ma- 
nufacturiers a produit de rare et d' utile 
dans cette ville . Je he sais pas trop ce 
que r on dit de moi en Franco , mais tant 
sais -/e bien que ma réputation ne flaire 

D 2, pas 



62 Lettkké 

pas baume à Vienne. On fuit des prières 
publiques contre moi, et peu s' en faut 
que ceux qui consultent Fort i'apocalipso 
ne me débitent pour l'anteclirist. 

Vous pouvez venir en toute sùreté de 
BerlJQ à Bresiau , et de là vous ne vien- 
drez au camp qu' à bonnes enseignes . Ne 
craignez point le sort de Maupeituis. Il 
se r est attiré en quelque fa9on , et je vous 
répons corps pour corps de vótre sùreté, 

Adieu, cher Cigne de Padoue. Dès que 
je vous saurai arri ve, vous aurez de nies 
nouvelles, et cela atnplement. Ne doutez 
pomt de r eàtime c^ue j'ai pour vous. 




ry,->/>/,t ,,„/• 



Inedite. Bd 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
XXIL 

à Dresdeh ce 39 Janvier ij^z. 
SIRE 



Y 



. M. fut elle aux trousses des Autri- 
chiens voudra bien me permettre de la fé- 
liciter sur l'Etnpéreur, qu' elle a fait èli- 
re , et dont elle va conserver les états . 
Les Césars donnoient tantòt un roi aux Da- 
ces et tantót aux Parthes: V. M. donne un 
empéreur à la plus puissante partie de 1' 
Europe . Voila encore une batallle que 
V. M. a fait perdre k la Reine de Hon- 
grie à Francfort , bataiD.e après laquelle 
il faut bien qu' elle songe sérieusement à 
la paix . Ce ne sera pas cette paix què 
nous peignent les poètes déesse airaabl© 
mère des arts et de l' abondance , et sui- 
vie des plaisirs ; mais un squélete de di- 
vinile mutilò ea grande partie , et tout 
D 3 estro- 



54 Lettere 

estropié, enfant de la dure nécessité. Ili 
voyent maintenant a Vienne, Sire, la pio- 
pbétie de V. M. accomplie dans tonte sa 
plenitude; et il n'a fallu pour cela ni des 
siecles , ni les semaines de Daniel. Cet 
homme, Sire, dont V. M. a battu le prin- 
ce par des manoeuvres d' esprit si éléi^an- 
tes et si fines , a dit une chose d' ailleurs 
que V. M. vient de fortement prouver , 
qu' il fait beau de prophétiser quand on 
est inspiré par 60 mille hornmes, Voila 
donc V. M. roi prophéte autant par sa 
science dans la musique , et par la beante 
de ses vers, que par l'accomplissfìment de 
ses prédictions : et plus prophéte encore 
par raport à la force de 1' inspiration . Je 
ne sai pas au reste sì ce roi tant vanté 
gagnoit en passant les coeurs d'une ville 
entiere, cornine V. M. vient de faire à 
Dresden. Elle s'est élevée un tempie doht 
tous les honnétes gens aimables sont les sa- 
crificateurs, et qui retentit continuellement 
du concert harraonieux de ses louanges . 
On se flatte. Sire, que V. M. va repasser 
par ici après sa belle expedition , dans la 
quelle elle va im.iter Cesar par la profon- 

deur 



I N K D I T E . 55 

deur du dessein autant qua par la célérité 
de r éxécution . Puisse-je, Sire, la voir 
bientót couroniiée de nouveaux lauriers 
faire succeder ìes plaisirs aux travaux, re- 
passer de Thrace à Cythere . 

*o*o* 0*0*0*0*0*0*0* o*o*o* 

DEL RE. 

XXIII. 

Cigne le plus inconstant , et le plus léger 
du monde, 

JL ie Lutili qui promene ma vagabonde de- 
stinée ma conduit à Olmutz , de là à la 
téte des armées , et me conduira de là 
dieu sait où . Les Francois cut donne uà 
Empéreur aux AUemands ; les Autrichiens 
ont excroqué son héritage à cet Empéreur; 
les Saxons veuleiit les en chasser de leur 
canapé : les Prussiens veuleut courir au se- 
cours de leurs alliés au travers des boues, 
des frimats , des travaux et des dangers . 

D 4 La 



06 Lettere 

J_ia paix s' ensuivra si elle peut; mais tant 
sais-je bien qu'elle sera toujours très agréa- 
ble à tout le monde; que la Reina du bai 
paìera à la vérité les violons , mais qu' el- 
le sera trop heureuse de se délasser de la 
fatioue de la danse. 

J'ai vu Dresde en lanterne magique; je 
ne sais quand j' y repasserai. Gomme je 
n'aime point à faire les choses à demi, 
je ne partirai d'ici qu'après avoir bien con- 
solide mon ouvrage. Cela fini, et paix ve- 
nne je me rendrai aux arts, et Berlin aux 
plaisirs . Pour vous , papillon inconstant et 
volage, je ne sai ce que vous deviendrez, 
Emporté par le feu de vótre imagination 
peut-étre irez-vous griller sous le brasier 
de r équateur ; peut - étre irez - vous aveo 
Maupertuis greloter en Islanda . Que m' 
importe quel climat vous habiterez , dès 
que ce n'est pas le mien? 

Adieu, ne demandez rien d'une téte dont 
les traits d' imagination ne consistent qu'ea 
paiile hachée , en foin , et en farine . Je 
donne le métier à tous les diables, et je 
le fais cependant volontiers . Voila à quoi 
X on peut connoitre les contradictions do 

Ves. 



Inedite." Sy 

V esprit huraain . Adieu encore une fois , 
aimable, mais trop léger Algarotti; ne m* 
oubliez pas dans Ics gla^ons de la Mora- 
vie ; et de 1' opera de Dresde envoyez- 
moi, s' il se peut, par le soufle de zéphir 
quelques bouffées des roulemens de la Fau- 
stine. 

Fede Rie. 

Mes complimens à ce J^suite qui seroit 
un hojnme aimable s' il n étoit point ec- 
clésiastique , et qui a asse2s de mérite pour 
étre paien comme nous. 




^8 Lettere 

BEL CONTE 

ALGAROTTI 
XXIV. 

à Dresclen ce 9 Fevrier inJ^z. 
SIRE 

Oi je ne savois pas combfen d'ames il y 
a dans le corpj de V. M. je serois éton- 
né de tout ce qu' elle petit faire à la fois ! 
Quoi donc! dans le tems que V. M. va fai- 
re la plus importante marche qu' on ait 
peut - étre fait depuis Pharsale et Philip- 
pes; dans le tems qu'elle court sauver l'Em- 
pire, l'Empéreur, la France et les alliés, 
elle trouve sous sa main les comparaisons 
et les traits que Chapelle et Chaulieu ne 
trouvoient que dans le seia du Tempie , et 
dans le repos de Paris ! La palile haché© 
et le foin deviennent entro les mains de 
V. M. du mirte et des roses , en atten- 
dant qu' ils se changent en lauriers . Les 
Graces mélées avec les grenadiers suivent 

Ana- 



Inedite. 5g 

Anacréon qui marche sur les traces de 
Cesar . V. M. a donne peut - étre ba- 
taille à r heure qu' il est, et a remporté 
une seconde victoire dans sa premiere an- 
née militaire. C est bien , Sire, le plus 
brillant róle que priiice ait jamais joué, 
que celui que Y. M. joue à présent. Mai- 
tre des de.stins dont elle tient le livre en- 
tre ses niains, elle va en faire chanter une 
page aux autrichiens sur la basse continue 
du canon . Rien de plus glorieux pour 
V' M. que de finir à la téte de ses alliés 
une guerre qu' elle a commencé sans en 
vouloir aucun : et de redonner la paix à 
cette Europe qu' elle a mis en feu . Puisse 
cette paix aimable venir bientót méler son 
Olivier aux lauriers dont V. M. est couron- 
née; et puisse Berlin après avolr été aussi 
long tems la Sparte de l' Europe en de- 
venir r Athenes! Que les beaux arts main- 
tenant arretées peut -étre en quelque mé- 
chant cabaret sur la route arrivent enfia 
à sa residence , et que mes inscriptions 
pour les trois bàtimens qui ne sont enco- 
re que sur les tablettes de leur Apollodo- 
re soyent bientót gravées dans le bronze ! 

Mais 



6o LetteJiè 

Mais surtout qu* ApoUon lui méme, après 
avoir quitte ses fleches , rainistres eie la 
mort) reprenne sa lyre , ergane du plai- 
sir, et nous redonne de ses chansons qui 
seront aussi immortelles qiie ses campa- 
gnes. Il m'étoit tombe dans l'espiit dtì di- 
re de ces chansons, que seront aussi iiU' 
morteileSj (jue ses blessures sont ruortelles. 
Mais n' est - ce - pas , Sire, que le jeu de 
mot auroit-été fade? n' est - ce - pas , Prin- 
ce aimable , à qui l' on peut proposer un 
probléme d' esprit à la tranchée , et qui 
peut faire une épigramme sur les hUssards 
aux quels il donne la chasse? Ces chansons 
immortelles m' attireront toujours à Berlin 
soit du brasier de l' équateur , soit de la 
glaciere de l'islande, et Frédéric sera tou- 
jours pour mei ce que Lalagé étoit pour 
Horace . Il est, Sire, je crois ridicule de 
découvrir de la sorte ses senti niens et sefs 
foiblesses aux princes autant qu' aux fenl- 
mes . C est le plus sur inoyen de ne ja- 
inais coucher avec les unes, et de geler 
toujours dans 1' antichambre des aurres : 
mais le moyen dei conserver son sang troia 
ayec un Prince qui après avoir éié les délices 

de 



Inedite. 6v 

de fous les particuliers, a été la maitresse 
de toutes les puissances de l'Europe: d'un 
Prince qui a dans l'esprit toutes les graces 
de la coquetterie , cette mère charmante 
de la volupté : d'un Prince enfia qui sait 
faìre tourner la téle aux jé^uites iiiémes, 
quand il le veut? Tout ce que je prends 
la lib^rré de dire là à V. M. , qui feroit 
une déclaration dans toutes les formes en 
cas de besoin, prouvera au moins à V. M. 
la con.stance du gout de ce cigne qu' il 
lui plait d'appeller le plus inconstant et le 
plus léger da monde. Quand il seroit pos- 
sible que les princes pussent avoir des torts 
avec les patticuhers , et quand il seroit 
possible, ce qui ej>t plus inipossible enco- 
re , que V. M. les eut tous avec moi, j© 
l'aimerai toujours; par ce qu'elle est l'hom- 
me le plus aiinable qu'il y ait au monde. 
Voila, Sire, toute royauté à part, ma con- 
fession de foi, dont je serois, s' il le fal- 
loit, l'apótre et le martyr. Si la divinitó 
doit quelque reconnoissance aux raortels , 
que V. M. aime un peu son iìdele cro- 
yaut, et qu'elle se souvienne de tems à 
autre au milieu de ses trophées, et de ses 

vi- 



63 Lettere 

victoires de celui qui aura toujours 1' Iion-« 

neur d' étre etc. 

P. S. Le p. Guarini pénétré des bontés 
de V. M. se met à ses pieds : il ne lui 
manque qu'un plumet blanc et un panier, 
et des cheveux frisés : il ne lui manque 
enfìn que l' uniforme des gens airaables . 
Que dirai • je a V. M. de la Faustine ? lea 
éxtases des nations qu' elle a cause ne luì 
paroissent rien en comparaison des applau- 
disseraens de ce Prince, dont on ne sau- 
roit entendre parler sans l'admirer, et qu' 
on ne sauroit voir sans l'aimer. Voici un 
air, Sire, avec ses passages favoris qu'elle 
prend la liberto de lui envoyer. J' ai eu 
beau appeller zéphir afin qu' il en fut le 
porteur , il n' y a eu que borée qui m' ait 
répondu . On se prépare ici à donner un 
nouvel opera à V. M. méme au milieu du 
caréme, oìi la musique chez nous n" est 
que pour les anges et les ames dévotes . 
Que le liberateur de l'AUemagne, que le 
sauveur de la ligue veuille bientót chan- 
ger les tambours et les trompettes contre 
la flùte et les violons ; et Lobkowita coor 
tre la Faustine. 



Inedite. 63 

DEL RE. 

XXV. 

à Znahiic ce a-j de Fevrier ly^z, 

IVXon cher Cigne , 1' homme propose , et 
r événement dispose , Je vous avois écrit 
une grande lettre moitié vers , moitié pro- 
se, assurément point pour étre lue de mes- 
sieurs les liussards; cependant ces malheu- 
reux me l'ont escamottée, de fagon qu* il 
ne dépend que de vous de la leur rade- 
mander. J' ai ici un travail prcdigieux, et 
d'un détail enorme, de facon que les mu- 
ses se reposent attendant partie . Je na 
sais si je pourrai si tòt quitter residence , 
à cause qu' il arriva tout plein d' événe- 
mens qui demandent prompte résolution , 
et que, si je partois, et que par la négli- 
gence de 1' un ou de l' autre les choses 
tournassent à mal , tout le monde m' ea 
chargeroit . L' on paie bien cher ce desir 
de réputation, et il en conte bien des pei- 
xies, et des soins pour l'^cquerir, et pou?» 

s^ 



64 Lettere 

se la conserver , Adieu , ma page ne me 
pennet pas qua je vous en dise davan- 
tage. 

FÉDÉRIC. 

Mas complimens au Jésuite par excel- 
lence. , 

XXVI. 

à Selovitz ce zo de Mars i'j/\2, 

IVXon cher Algarotti , je suis ici dans un 
cndroit qui appartenoit au chancelier de 
cour Sinzendorf. Cast una maisou de plai- 
sance extrémement belle , attachéa a un 
jardin qui auroit été beau si le maitre 1* 
avoit achevé. Le tout situé aux bords d* 
une riviere qu' on appella la Swertza , et 
aux pieds d' une montagne qua sa recondi- 
te a randu fameusa parmi les meilleures 
Vignes de ce pays. 

Cette live toujours au doux repos Edèìe 
Semble au bruit du canon étrangere et nouvelle. 

Au 



Inedite. 65 

Au lieu des voluptés , de la profusion , 
Tout s'appréte au carnage, à la destruction. 
Ces arbres qu'une main hienPaisante cL soigneuse 
Cultivoit pour orner cetfe campanile licureuse 
Sont d' aboid destiiiés pour combler ces fossés 
Qu'à Brinii les ennemis autour d'oux nnt crrusés; 
Etces troupeaux nombrcuxqui couvroient la pralrie 
De nos soldats vainqueurs calment la faim liardie; 
La vigne se transforme en fagot de sarment, 
Et par tout en soldat se change le paysan . 
Ainsi lorsque les veiits précurseurs des orages 
Du nord, et du couchant rassemblent les nuages , 
Que la tempéte gronde, et le ciel s'obscurcit, 
Le choc des elémens se prepara à grand bruit. 

Nous nous atteadons dans peu à une ba- 
taille qui aura pour objet les interéts de 
l'Europe entiere divisée. 

La victoire deciderà du sort de l'Empe- 
reiir, de la fortune de la maison d'Autri- 
che du partage des alliés, et de la pré- 
séance de la France cu des Puissances ma- 
ritiraes. Ses influences s'étendront des gla- 
cons de Finlande , jusqu'aux vents étésiens 
de Naples . 

On verrà dans ce jour immortel pour 1' histoire 

Ce que peut le courage et l'amour de la gioire 

To: XV. E Contre 



65- Lettere 

Contre le fréle orgueil, l' interét , le devoir, 

I.a rage , la fureur avec le désespoir. 

O champs de la Morave I émules de 1' Epire 

De r univers entier vous fìxerez l'empire, 

Et vos flots teints du sang des belliqueux Germains 

Iront vers les deux mers annoncer les destins. 

De Cadis à Vibourg , d' Albion à Messine 

Tout attend des iios bras sa gioire , cu sa ruine . 

Dans une crise de cettfe iraportance vous 
me passerez, j" espére, (juelque négligenco 
dans mes vers. Il est bien difficile de toi- 
ser des sillabes , et de faire niouvoir un© 
machine plus compliquée que celle de Mar- 
ly en mérae tems . 

Maintenant je dois vous dire que dans 
cette lettre que je vous avois adressée , 
mais que les husards ont sans doute lue, 
je vous priois de m' envoyer un air de 1' 
opera de Lucio Papirio , dont les paroles 
sont: All' onor mio rifletti etc. Souffrez que 
je vous réitére la prière que je vous fai- 
sois de me l' envoyer. 

Je vous crois encore à Dresde occupé à 
entendre la Faustine , à converser ce Jé- 
suite par excellence, à manger niuigre , et 
k faire tant bien que mal le catholique et 

l'ampu- 



I ^ K b I T t . é'jf 

l'amoureux zélé. Il ne faut point de vigueur 
pour l'un de ces métiers, et beaucoup de 
tempérement pour l'autre. Je souhaite que 
vous réussissiez en tous les deux , pourvu 
que vous n' oubliez pas des ainis absens 
qui rameilt à présent conime des miséra- 
bles sur la grande galère des evénemens 
de r Europe. 

Je suis aveo bien de 1' estime vòtre ad- 
mirateur, et vòtre ami. 




68 Letteri: 

DEL CONTE 

ALGAKOTTI 
XXVII. 

à Dresden ce 3 Avril 1742- 
SIRE 



V. 



'■ci l'air que V. M. demancle, et qui 
étoit assurement le jilus beau de l'opera. 
Il est grand et noble , et tei qu' il con- 
vient à la dignité d' uti dictateur qui pré- 
che la sévérité; et il tàche par ses sons 
màles et vigoureux d'atteindre le voi maje- 
stueux de l'aij^le romaiue. Mais cela s'ap- 
pella porier des vases à Samos , que par- 
ler niusique à V. M. e' est- à - dire à un 
prlnce qui sait fait- la dessus le procès à 
l'Italie, et qui peut douner du vigoureux 
et du màie aux sous de la flute rrolle et 
efféminée. V. M. me j)ardontiera donc cet 
écart . jMais il me semble d'étre avec elle 
quand j' ai l' horineur de lui écrire, et je 
me rapelle toujours ces couversations char- 

xaaates 



lNEI>IT£é 6g| 

mantes que nous avons eues ensemble de- 
puis la Vistule jusqu'au Rhin pleines de 
feu d'imagination et d'une variété infinie : 
conversations que toutes les lettres de V. M. 
réveillent toujours dans mon esprit . Eh 
bien ! Sire, voila dono V. M. à la velile 
d' une bataille aussi gai et gaillard que si 
le bai ou l'opera l'attendoient. On a beau- 
coup admiré des héros qiii dormoient pro- 
fondément la nuit avant une bataille; que 
sera -ce de V. M. qui se préparant au com- 
bat, fait des vers , de la rnusique, des en- 
trecliats peut-étre? Pour moi chetif j' ai 
vécu pendant quelque tems dans la douce 
espérance de la revoir ici . On avoit pre- 
parò un opera pour V. M. et on lui au- 
roit donne Titus , tandis qu' elle leur au- 
roit fait voir Cesar. Pour dieu, Sire, V. M, 
veut elle dono faire la guerjre toute sa vie, 
camper toujours, élre au milieu de la dé- 
solation, pester contre les hussards, et fai- 
re pester ceux à qui ces malheureux enle- 
vent ses ordres et ses lettres? Il-y-a des 
moraens, épargnez - moi , Sire, 1' excom- 
munication militaire, où je trouve presque 
qu'on a eu r^ison de dire: 

E 3 Altro 



7^ Lettere 

Altro non è la gtìerra, 
Che r orror della terra . 
Altro non è l'onore, 
•^ Che noja ed errore ; 

E s' imita il Tonante 
Sol con l'essere amante. 

Voila , Sire, en tout cas , des paroles que 
Y. M. pourra mettre en musique pour s' 
amuser, car de la fa^on dont elle y va, 
elle ne m' a pas l'air d' en approuver le 
sens. Je les ai écrites mei -inéme en trem- 
blant, craignant que le dieu Mars ne vint 
me tlrer par l'oreille, coinme Apollon Ut 
à Hóraco qui se mèloit de batailles, et de 
guerre. J' attendrai , Sire, ses noui'eaux 
triomphes pour en parler, quoiqu' il n' y 
alt personne qui put mieux chanter ses 
conquétes que V. M. méme, corame ces 
Frangais de la lienriade : 

Fran^ais vous savez vaincre, et chanter vos conquétes; 
Il n'egt poìnt de lauriers qui ne ceignent vos tétes. 

•o*o*o* 

• 0*0* 



Inedite. yi? 

DEL RE. 

XXVIII. 

Chrudim en Boheme ce iS d' Avril 1742. 

IVxon cher Cigne de Padoue , vos conje- 
ctures ne sont pas sans fondement. Bel- 
lone ne goute point vos raisonnemens sur 
la guerre . Elle dit 

De Rome et de l' antique Grece 
D'où sortoient autrefois des peuples de héros, 

O Mars , qu' est devenu 1' espéce? 
A' ces héros fameux comparons les nouveaux . 
Nos modernes Romains sont bardaches et sots, 

Des baladìns pleins de bassesse 

Coi . • . , boug . . . ou bigots . 

Si ] ai conduit la piume de Bellone ce 
n'a été qu'en tremblant, dans l'appréhen- 
sion de meritar les foudres d' Epicuro et 
de Cithére. 

O vous leur ministre charmant » 
Dont r esprit et le sentiment 
Dans la debauché et la foiblesse 
Sait menager l' assortiment 

E 4 Du 



7» Letterx 

Du gout , de la délicatesse , 
Et qui pour vos opinions 
Trouvez toufours avec adresse 
De si convainquantes raisons 
Qu'elles nous entraìnent sans cesse; 
Faites ma paix avec vos dieux, 
Et que leurs foudres radieux 
Dont vous avez senti la rage 
N' abiment point en leur ravage 
Un mortel qui fut né pour eux . 

Nous ferons la guerre selon toutes les ap- 
parences jusqu' à ce que l'ennemi voudra 
faire la paix. Mons. de Broglio m' a envo- 
yé des rapports moyeunant les quels il 
prétendoit que les enneuiis alloient l'atta- 
quer , et que vu sa grande foiblesse il se- 
roit obligé de se retirer , et de montrer 
à l'ennemi une partie qu'il n'est pas hon- 
péte de nommer. Je suis venu à son se- 
cours à portée de Prague , à quoi les Sa- 
xons qui ne trouvent aucun gout à la Mo- 
ravie, et moins encore à la guerre, m'ont 
engagé . Je suis sur la défensive en Mora- 
vie, et je prépare ici une offensive vigou- 
reuse pour la campagne que nous ouvri- 
rons dans six semaines, 

Voila 



Inedite. y!5 

Voila une gazette militaire que je vous 
fais pour vou:. inettre au fait de nos opé- 
rations , et afin qu' indépendammei.t des 
gazettins de Vienne vous sacliiez a quoi 
vous en tenir. Les Autricliiens ne desirent 
point de publier la veritéj dans les circon* 
staiices fi\cheuses où ils sont ils voudroient 
se faire illusion à eux mèmes. 

A' la sevère vérité 

Qui dans un noir chagrin les ploiige, 

Ils préférent la fausselé 

Et les flatteurs écarts d'un agréable songe. 

11 y a quelquefois des erreurs plus douce» 
qu'uii grand uombre de vérités; telles soiit, 
par exeniple, l'opinion d'étre aiiné de cer- 
taines personnes ; les distractions qui vous 
transportent aupiès d'elles, et vous font eroi- 
re que vous les voyez , parlez , et que vous 
vivez avec elles; la force de l'imagination 
qui vous représente d' agréables objets , 
souvent lorsque pour le locai vous vous 
trouvez dans les déserts de la Thebaide ; 
d'agrèables sons, de beaux airs dont on se 
souvient. A" propos de beaux airs, j'ai recu 
celui que vous m avez envoyé , dont je 
fais un grand cas . Je vous prie de féli- 

citer 



■y4 Lettere 

citer il Sassone de ce qu' il en est au- 

teur. 

Vous pourriez me fa ire un grandissime 
plaisir si vous vouliez vous charger d' une 
commission, la conduire aveo beaucoup do 
secret et vótre dextórité ordinaire, et choi- 
sir bien vos biais pour la faire réussir . 
C est de me faire avoir Pinti dont la voix 
me charme. Gela sera diffìcile, vous ren- 
contrerez des difficultés ; rnais e' est par 
cela méme que je vous prie de vous en. 
charger, puisque je ne connois que vous 
capable de vaincre ces obstacles. Vous pou- 
vez offrir jusqu' à 4000 écus a ce Pinti, 
€t faire l' accord comma vous le trouverez 
le plus convenable . 

Troupe des doux plaisirs enfans chéris des dieux 
Accourez pour remplir mes sens voluptueux: 

Ouvrez - vous , portes de la vie , 
Assouvissez 1' ardeur que promettent mes feux . 

Et vous parfums de l'Arabie, 

Et vous nectar de la Hongrie 
Prodiguez-moi tous deux vos gouts délicieux. 

Vous ravissante melodie , 

Dont les effets miraculeux 
Des organes au coeur font sentir leur magie. 

La 



Inerite. y5r 

La flatteuse douceur d'une mélancolie, 
Oli les accès plus vifs de sentimens joyeux, 

Où Fame en soi-méme tranquille 

Se dégageant du soia futile 
Sait gouter cetre extase, et ces momens heureux 

Dont jouit le peuple de cieux. 
Venez troupe des ans, troupe à jamais utile, 
Etablissez chez moi vòtre immortel asile. 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 



XXIX. 

à Dresden ce 2. Mai 1742. 
SIRE 

J-outes les lettres dont V. M. ra' honore 
sont assurément dignes du cedra ; mais je 
voudrois, Sire, que la deniiere fut écrite 
sur du linge incombustible; afin que dans 
la suite des siecles victorieuse mérae du 
feu elle put étre à jainais un monument 
des bontés dont V. M. daigne m'honorer. 

La 



y6 Lettere 

La posterité y verroit les trésors de son 
esprit ouverts plus que jamais dant les 
beaux vers dont elle est enrichiej elle y 
admireroit les grands projets dont son ame 
est reniplie ; et elle m' envieroit des badi- 
nages et des expressions de la part d' un 
Roi qui fera ses délices et son admiratioii: 
des expressions, dis - je , qu' on n' est ac- 
coutumé d' entendre que dans la bouche 
de celles dont on est le plus aimé. Quels 
commentaires et quellcs recherches ne fe- 
xoit on pas sur moi? Je serois perpéruellc- 
ment dans les bouches des liommes: mon 
nona vivroit à coté de celui de V. M. et 
en parlant d' Achille on se souviendroit 
quelquefois de Patrocle . Par quel endroit. 
Sire , ai - je niérité ces nouvelles faveurs 
de la pai t de V. M. ? Est - ce parceque j' 
aime et admire V. M. ? mais, Sire, si la 
craiiite doit augmetirer à proportion de la 
quantité de rivaux que Fon a, dans quel- 
les inquiétudes ne dois-je point vivre? j' en 
ai pour le moins tout autant que le nom- 
bre de ceux qui ont eu l' honneur de la 
voir, ou qui lisent la gazefte, ne fut-ce que 
eelle de Vienne . Mais , Sire , V. M. non 

con« 



Inediti. 77 

contente de tant de marques de boote , 
non contente de me faire vivre d^ns des 
tableaux poétiques que le Correge fran- 
cals avoueroit lui niéme ; elle m' honore 
encore de ses ordres . Ce seroit, Sire, met- 
tre le comble à mon bonheur, si je ne 
troll vois pas dans moi-inéme des obstacles 
insurmoiitables pour les éxécuter : et il 
faut bien , Sire , que je me plaigne du 
sort , en ce que de ttint de comniissions 
dont V. M. pourroit m' honorer, il m' en 
fait justement tomber une eu partage, dont 
je ne saurois faire gioire , et pour la quel- 
le je me sens tout à fait inepte . Tout ce 
qui peut me con.->oler, Sire, e' est que $i 
je n' obtiens pas par le succès le plaisir 
de lui obéir, je ne saurois pas assureinent 
perdre par l'aveu de mon incapacité le 
trésor inestimable de son estinie , que je 
regarderai toujours comme ce que je puis 
posseder de plus précieux dans le monde. 
D'ailleurs, Sire, si V. M. me permei d' 
ajouter encore deux mots la dessus > j'e 
erois que le plus sur moyen d' avoir ce 
qu' elle souhaite , e' est de le demander, 
ou de faire insiauer ses inCeutlons à la 

Cour. 



^8 Lettere 

Cour. Ils ne pourront que savolr gre à 
V. M. de ce qu' elle leur procurerà uà 
moyen de serrer plus que jamais avec V. M. 
les noeuds d' une amitié qui leur doit «tre 
et si agréable et si utile. Pour moi, Si- 
te, je prépare mon adinirution pour tout 
ce qu' elle va nous faire voir dans un 
mois . Je suis sur qu' elle taillera de la 
bonne besogne aux Autrichiens e.t à la Re- 
nommée. 

Tout le monde est convaincu , Sire , 
que la destinée de 1' Empire et de 1' Eu- 
rope est entre vos mains . Lancez la fou- 
dre , Sire, corame Jupiter, mais rendez 
aussi come lui, la paix à la terre, et la 
sérénité au elei dòs que sa justice est sa- 
tisfaite . 



•0*0*0*0* 

•o*o*o* 



Inediti. 79 

DEL RE. 
XXX. 

à Chrudint ce 10 de Mai l'J^tì. 

_L/oux Cigne, vous me dites très-eloquem- 
ment que vous voudriez que ma lettre fut 
écrite sur uue matiere incombustible pour 
iramortaliser vòtre nom . Je m' étonne de 
cet excès de modestie chez un italieii qui 
s'est fait imprimer, et qui est affìchè cora- 
me bel esprit en vers et en prose par 
toute r Europe . Je pensois que vous me 
demanderiez d'étre grave en bronze pour 
vous étre bien acquitté de la comraission 
que je vous avois donnée . La chronique 
scandaleuse public que vous devenez ré- 
sident du roi de Pologne à Venise, et que 
vous avez obtenu cette faveur par la pro- 
tection du pére Guarini . Je vous félicite 
de ce nouvel emploi : apparemment e' est 
pour cette raison que vous n' avez pas osé 
parler à Pinti. Monsieur l'italien polonois, 
VQUs aliez donc professer la politique dan§ 

VÓtre 



8o Lettere 

vótre terre natale , et faiie deux fois par 
mois une utile gazette à vótre roi du Nord 
des evéneinens de l'orient. Je me verrai 
ancore dans le cas de vous dire a\ec cet 
illustre romaiii : Ciceron philosophe saliie 
Atticus homme d'état. 

Je ne pensa pas que l'oa ose vous char- 
g^r de quelque autra commission à Vani- 
se, si non de complimenter l'aurore que 
vous voyez, pour ainsi dire, à la toilette, 
étant aux portes de l'orient. Dites-lui, je 
vous prie, d'étre un peu plus matinale, et 
de nous bien chauffer, car nous en au- 
rons grand besoin . 

Je m'attends à vous voir bientót briller 
dans les gazettes , et que vótre nom fera 
oublier dans peu ceux des Tarocas, des 
eh. Temples, et des Ormées . Des soins 
qui n'ont pas le bonheur da vous plaire, 
j'entends des occupations militaires m'em- 
péchent de vous en dire davantage pour 
cette fois . Vous ne pouvez attendre de 
moi qìie de la guerre. C'est à vous autres 
ministtes à négocier la paix; si vous la 
souhaitez tant, vous n' avez qu' à vous y 
employer. Je vous admirerai si vous y réus- 

suissez y 



Inedite. 8i 

sfssez , et je n' en serai pas moins avec es- 
time et amitié. 

•o*o*o*o*o*o*o*o*o*o*o*o* 
DEL CONTE 

ALGAROTTI 
XXXL 

à Dresden ce ao Mai ij^z. 
SIRE 

Voila l'objet que je m'étois propose dans 
mon séjour de Dresden bien rempli . Je 
voulois étre à portée des nouvelles , et 
V. M. nous en donne de bien grandes et 
de bien importantes . V. M. a commencé 
la guerre, et selon toutes les apparences 
elle va la finir par la glorieuse victoire qu' 
elle vient de remporter dans les plaines de 
Chotusitz . Ne diroit-on pas, Sire, que 
V. M. a choisi ce champ de bataille exprès 
pour la commodité des poètes qui trou^t- 
ront dans Molwitz ^ et dans Chotusitz ('cs 
To: XV. F riuie5> 



fla Lettere 

rimes toutes faites? Je l'en félicite , Sire, 
et fais mon compliment à ni. de Broglio, 
qu'elle a tire ù! imhrcgUo ; k Prague qu'elle 
a sauvé, et à la Saxe qu'elle vieiit de ga- 
rantir . On prépare ici des canonades et 
des te deuni ; et assurément ils ne sau- 
roient employer pour une plus belle oc- 
casion leur orchestre et leur poiidre . Je 
ne crois pas , Sire , qu' on ait jaraais don- 
ne de bataille qui ait décide de tant da 
choses à la fois , et il étoit réservé a V* M. 
de la gagner, corame à la téte et au bras 
tout ensemble de la ligue . Je féliciterois 
V. M. encore davantage sur ce nouvel ac- 
croissement de gioire , si je connolssois 
moins les qualités de son ccEur. La perte 
de tant de bravcs gens , et le triste état 
surtout de celai qui s'est toujours rendu 
si digne de son estime et de sa faveur, 
doit avoir diminué le jour méme de son 
triomphe la vivacité du plus grand plaisir, 
dont le coeur humain soit susceptible; et 
que V. M. auroit raérité de ressentir dans 
tonte sa pureté et son étendue. 

V. M. sent bien qu'après avoir parie de 
ses actions , tout ce que j" ajouterai na 

peut 



Inedite. 83 

pelit étre que fort court , quoiqu' il me 
regarde personellement . La chroniqiie qui 
ine niet si avant dans les bonnes graces du 
pére Guarirli , et qui me donne des lettres 
de creane e pour le Senat de Venise , m' 
honore trop, et n' est pas assez bien infor- 
mée . Les égards que le p. Guarini peut 
m' avoir témoigné je les dois reconnoltr© 
de V. M. qui a daigné lui parler de moi 
avec quelque bonté ; et quant à ce mini- 
stere enfant suppose de cette no avelie fa- 
veur , ni à aucune autre chose qui puisse 
lui ressembler ni de près ni de loin , il 
n' en a pas été jamais question : je n' y ai 
pas plus songé qu' à me faire chartreux, 
cu à louer une maison de plaisance à Tra- 
chineen . Si V. M. avoit daigné éxaminer 
la vérité de ce fait , elle n' auroit pas as- 
surément crù que ma prétendue ambassa- 
de fut la cause de ce que je me suis ex- 
cusé de la commission de parler à Pinti : 
elle m' auroit rendu la justice , au lieu de 
cherclier la raison de ines excuses dans 
une fausse histoire , de la trouver dans 
jnon véritable caractère . 

Ayant de faire mes adieux à l' Allema- 
F 2 fine 



S4 LETTeRi 

gae à qui il doit suffìre pour toute gioi- 
re d' avoir donne la naissance à V. M. 
avant, dis-je, de lui faire mes adieux, ce 
qui sera bientót , j* aurai 1' honneur d' in- 
forraer V. M. au vrai de mes marches, afin 
qu'elle puisse rectifìer, au cas qu' il en va- 
lut la peine , leti articles de la chronique 
qui pourroient me regarder. L'étude et 
lei> inui>es vont m' occuper tout entier; et 
je doute que V. M. puisse voir m<>a uom 
ailleurs que dans qnelque journal iitterai- 
re , cu au bus de mes lettres . 




Inedite. od 

DEL RE. 

XXXII. 

da camp de Brzezi ce 29 de Mai iy^2. 



Ci 



(igne harmoaieux , vous savez donner 
tant de relief aux matieres qui passent par 
vos niaias , que je ne m' étonne point que 
la bataille de Chotusitz en ait participi. 
La relation que vous en lirez est de ma 
piume , et exacte , et conforme à la plus 
sevère véri té. 

Quelles réfléxions ne fournlt point là 
maison d'Autriche sur la destinée des gran- 
des monarchies ! Que si les malheurs des 
particuliers nous font rentrer en nous mé- 
mes, combien plus l' infortune d'une fà- 
mille , et d'un état qui depuis qiielques 
siecles étoit en possession de dotiner des 
loix à la plus grande partie de l' Europe 
chrétienne ! Ce sont de ces événemens qui 
font conuoltre la fragilité des fortunes ter- 
restres , et la perpétuelle vicissitude par la 
quelle les destijis produisent des nouvelles 
F 3 dé^ 



86 II E T T E h É 

décoratlons sur ce théàtre dont nous tous 
sommes les acteurs. 

Vous trouverez peut-étie ces réflexions 
trop morales : e' est cependant la guerre 
qui apprend à en faire de sérieuses . Les 
jours de la plus part Jes liommes coulent 
d'une allure assez egale, et se ressemblent 
presque tous . lei ce sont des hazards per- 
pétuels plus ou moins grands, selon qu'on 
les sait diminuer par la prudence , et une 
vigilance infatigable . Ce sont des momens 
critiques, où la sagesse humaine se trouve 
impuissante , et d' autant plus embarrassée 
dans le choix du parti qu' elle doit pren- 
dre, qu' il est diffìcile de déinéler entre 
vingt projets , qu'on iraagine , quel est le 
véritable de l'ennemi. C est un abime de 
détails où souvent les fautes des plus pe- 
tits membres rejaillissent sur la totalité du 
corps . En un mot il est bon que la guer- 
re ait des périodes dans le monde, comme 
les contagions en ont parmi les humains; 
sans quei une vie abissi pleine de travaux, 
d'inquiétudes, et de soins absorberoit bien- 
tót et les forces, et la capacité de ceux 
qui s'y sont voués. 

Les 



Inedite. §-7 

Les chirurgiens assurent que Rohteii- 
bourg est hors de dangerj je le tronve 
très-bien pour son état. Je ne sai si e' est 
que r on se flatte de ce que l'on desire; 
toutefois j' espere bien de lui . 

Les Francois ont eu un petit avantagé 
sur le Prince Lobkowitz ; ils ont envoyé 
à ce sujet plus de couriers aux Cours 
etrangères qu' ils n'ont tue de soldats à 
r enneini . Ce sont les premiers lauriers 
qu' ils cueillent cette campagne, d' autant 
plus précieux qu' ils osoient à peine j as- 
pirar. 

Vous voila dans les sentimens que )e 
vous ai toujours desirés, j'eutends, devoué 
aux lettres. Soyez sur que vous avez choisi 
non seulement le bon parti , mais l' uni- 
que à prendre . C'est, je crois , de tous 
les genres de vie le plus heureux, que co- 
lui de* l'étude, puisque l'on apprend à se 
sufiìre à soi-raéme, et que des livres, de 
r encre , et des refléxions ne font jamaià 
faux bond dans quelque état que l' on se 
trouve . Dès que la guerre sera terminée 
vous ine verrez philosophe , et plus atta- 
ché à r étude que jamais . 

F 4 J'ai 



i58 Letterk 

J'ai bien pnrcouru la carte de l'Allema» 
gne et je l'ai examinée toute la matinée. 
Ce qui"rti'a fait grand plaisir dans catte 
étude, e' est que je crois avoir trouvé que 
le plus court chemin de Dresde en Italie 
passe par Czeslau . Je vous invite dono de 
passer par mon camp , et de vous y repo- 
ser quelques jours, afìn que je puisse jouir 
pendant ce temps - là des graces de vótre 
esprit, et des traits diserts qu' aiguise vó- 
tre pénétration et vótre langue. 

Vous connoissez toute V étendue de 1' 
amitié que j' ai pour vous ; e' est pourquoi 
je n' en ripete rien . Fale . 



•o*o* 



I N E ,1> I T E t 6^ 

BEL CONTE 

ALGAROTTI 
XXXIII. 

à Dresden ce 2.3 Jiiin tj^z. 
SIRE 

ue félicite les beaux arts , la musique, et 
la philosophie , de ce qu' elles voiit k la 
fin posseder V. M. Elles regagneront aisé- 
ment le tems perdu si V. M. se prend 
pendant la paix, comme elle à foit à la 
guerre. Apollon , Minerve et V. M. vont 
étre logés dans tonte la magnifìcence de V 
ancienne Rome. La ciiriosité de V. M. va 
exciter l'Académie à des nouvelles décou- 
vertes, et ses exploits vont fournir au Par- 
nasse matiere à des chants nouveaux : mais 
quels beaux vers n'entendroit-cn pas, s' il 
étoit permis aux héros de se chanter e\x% 
mémes ? 



9^ Letteiik 

DEL MEDESIMO 
XXXIV. 

a Dresden ce ix Juillet 174^* 

SIRE 

J e me trouve précisement par raport à 
V. M. dans un cas tout semblable à celui 
où se trouvat jadis Hórace par raport à 
Tibere . Puisque Septiinius , lui écrivoit- 
il, me force, seigaeur, à vous le recom- 
mender, et croit que ma recommendation 
sera puissante pour lui faire obtenir une 
place auprès de vous , il sait apparement 
beaucoup mieux que moi méme, le crédit 
que je puis avoir auprès de vótre person- 
ne. J'ai eu beau faire pour éviter une pa- 
reitle commission, il m'a fallu enfìn ceder: 
et risquer, seigneur, de vous étre peut-étre 
importun , pour ne point paroitre peu ser- 
viable à mes amis . Si V. M. veut main- 
tenaut jmbstituer a Septimius m.'' le m.i'' 
Galeazzo Arconati milanois qui est auprès 

du 



Inedite. ^t 

da nonce à Cologne , et à la place auprès 
de Tibere la prépositure du b.°" de Fur- 
steinberg, elle saura de quo! il s' agit . Je 
prends la libeité d' en écrire à V. M. for- 
ce par les instances d' une personne à qui 
je ne saurois le refuser, et qui éxige de 
inon amitié d'en écrire seulement à V. M. 
persuade dailleurs que la grace sera ac- 
cordée . V. M. verrà par là si 1' Italie est 
le pays de la foi . Pour moi , Sire, qui 
respire depuis long tems l'air ultramontain, 
je lui ai écrit , que le nombre des aspi- 
rans k ces places étoit duus ses états fort 
nombreux, comme il le seroit par tout ail- 
leurs : que je ne croyois pas que Y. M. 
vouloit préférer un étranger et un incoa- 
nu à des gentilshommes ses sujets, et qui 
avoient peut-étre verse leur sang à son 
service : que d' ailleurs je ne voyois nulle- 
ment les raisons qui le feroient juger que 
ma recomniendation auprès de V. M. va- 
lut mieux que celle de tout autre ; bref 
qu' il pouvoit croire tout ce qu' il vouloit, 
mais qu' il n' auroit rien, et qu' il pouvoit 
regarder la prépositure comme un vérita- 
ble objet de la foi. J' espere que V. M. 

voudra 



g2 Lettere 

voudra bien en grace au moins du verita- 
ble jugement que j'ai porte sur tout ceci , 
me pardonner dcpositum , come dit Hóra- 
ce, ob amici jussa piidorem; et qu'elle me 
pennettra de la féliciler encore une fois 
sur la prépositure que V. M. a sur les af- 
faires d' Europe , qui est un objet réel et 
véritable . Si ses augustes Ancétres, pour 
me servir d' un morceau de harangue de 
V. M. , levoient leurs tétes sacrées et pou- 
dreuses du fond de leurs réspectables tom- 
beaux, que de belles choses ne diroient 
ils pas h. V. M. pour avoir porte la gran- 
deur de sa maison, et la gioire de ses ar- 
mes k ce point d'élevation que V. M. seu- 
le pouvoit atteindre, et saura conserver! 
Ils diroient de V. M. en style à la vérité 
un peu gothique, la valeur à peu près , 
de -ce que Virgiie disoit d" Aui;i.T,le : 

lìnperiuTìi tetris animos c^cjuahit olympo . 
Je commence à parler à V. ?vl. le langage 
de ces muses, qu'elle va cultiver et cares- 
ser, pour qui la Spree va dc^enir l'Hip- 
pocrene , et Reinsberg le Parna^se. A pro- 
pos de ces muses que V. M. va loger aus- 
si superbement à Berlin, je la prie de me 

per- 



Inedite. gS 

perroettre de lui envoyer moi-mérae les 
trois inscriptions que j'avois imaginées pour 
le trois bàtiinens que l'on va construire à 
la requéte de son architecte Apollodore: 
elles sont un peu changées depuis le tems 
qu' elles ont été faites: 

Pour le Théatre. 

Federicus Borussorinn Rex, composi tis armis , 

Apollini et Musis ilonum dedit . 

Pour l' Académie des Sciences. 
Federicus Borussorinn Rex, Germania pacata, 
Minervee reduci asdes sacravit . 

Pour le Palais. 
Federicus Borussorum Rex, amplificato imperio 
Sibi et urbi . 

La première, Sire, qui éxprime le présent 
que V. M. fait du Théàtre à ApoHon et 
aux Muses après avoir pose la foudre, est 
imitée d' une inscription qui est sur uà 
obelisque qu' Auguste transporta d' Ei^ypte 
à Rome , et dont il fit présent au soleil 
dans le champ de Mars , après avoir réduit 
ce royaume en provìnce rornaine. Il ne 
falloit pas , je crois , Sire , pour ce qu' 
on doit faire à Berlin chercher des ino- 

déles 



§4 Lettere 

dt^Ies autre part que dans Rome triom- 

phante . 

La seconde exprime, corame V. M. voit, 
d'une maniere simple et antique, la dédì- 
cace que V. M. come Grand Pontife, fait 
d'un tempie à Minerve, qui est de retour 
après la pacification de l'AUemagne, ou- 
Vrage de ses mains . 

La troisieme aussi courte que son palais 
sera vaste, dit que V. M. aprés avoir re- 
culé les bornes de son empire a bàti pour 
son usage particulier autant que pour l'or- 
nement de la ville en general. lei enco- 
re , Sire , je puise dans Rome et appelle 
Berlin la ville tout court, ou la ville par 
excellence, ainsi qu'en usoient les anciens 
par raport à Rome . J' appelle aussi les 
états de V. M. Imperiiun , suivant la lati- 
nité de Ciceron, plutot que de celle de la 
Bulle d'or. 

Si V. M. permettoit qu' après son nom 
on ajouta le titre de Silesiacus les inscri- 
ptions n' en seroient que mieux : on ren- 
droit à V. M. tout ce qu' on lui doit ; 
V. M. a assurément mérité co titre mieux 
que beaucoup d'empéreurs n'ont mérité ce,- 

lui 



Inedite. ^5 

lui de Dacicus ou Parthicus , et autant que 
Drusus a mérité celui de Gernianicus . 

Il est peut-étre un peu ridicule qu' un 
auteur se commente lui inéme , surtout de- 
vant un lecteur aussi éclairé que V. M. : 
mais , Sire , j' ai dans mes commentaires 
en viie plutót que de la convaincre de la 
bonté de mes inscriptions , de lui faire 
sentir l'adrairation et le profond respect 
avec le quel je suis etc. 



DEL RE. 

XXXV. 

à Potzdani co 18 de Juillet \j/\z. 

v^igne harmonieux tant ultramontain qu'à 
Padoue, vons avez malheureusement devine 
trop juste: La Prevóté de Sost étoit donnée 
il y a trois seraaiaies au jeune comte de Fine; 
ainsi elle n'est plus k donner actuellement. 
Vous mandeiez donc à vótre italien qu' il 
daignera attendre à une autre fois. Je crois 

qu'un 



96 Lettere 

qu' un certain autre italien de Dresde ne 
sera pas non plus trop content de moi; 
mais il y a de.s cas dans le monde oìi il 
est bien difficile de satisfaire un cliacun , et 
souvent ceux qui se plaignent , à le bien 
examiner, ont à se reprocher eux-mémes 
la raison de leur mécontentement. 

Vous faites les plus belles inscriptions 
du monde; mais il leur faudroit et d' au- 
tres sujets, et d'autres palais pour les fai- 
re briller. Une paix salutaire à l'Europe, 
et dont l'epoque prevenoit d« trois semai- 
nes en vitesse celle que mes alliés auro- 
ient faite, ne peut manquer de faire fleu* 
rir les arts , et les sciences . Je crois que 
je ne puis mieux eraployer mon tems qu' 
en leur consacrant mes veilles. Il faut que 
mes occupations de la paix soient aussi uti- 
les à r état que l' ont pu étre raes soins à 
la guerre. En un mot, e' est une saison 
ditférente de la vie politique. La paix qui 
produit tout est semblable au printems , 
et la guerre qui détruit est semblable à 
l'automne où les moissoris et les vendan- 
ges se font. 

J' aurois ic'pondu à vòtre lettre précé- 
dente 



Inedite. 97 

dente si j'en avois eu le tems. Mes occu- 
pations après une assez longue absence se 
sont beaucoup accrues, et poiir n'avoir pas 
fait d' affaires de long tems il en a fallu 
faire beaucoixp à la fois. J'attends tout ce 
qu'il y a de bon en fait de chanteiirs d'Ita- 
lie; enfìn j'aurai les meilleurs chapons har- 
inonieux de l'AIlemagne. Nos danseurs sont 
presque tous arrivés . Le tliéàtre sera ache- 
vé au mois de novembre, et l' année qui 
vient les comédiens arriveront. 

Les acadéraiciens les suivront cornine de 
raison . La folie marche avant la sagessej 
et des nez arraés de lunettes et des mains 
chargées de compas, ne marchant qu'à pas 
graves , doivent arriver plus tard que des 
cabrioleurs Francois qui sautent avec des 
tambourins. Ja vous souhaite sante, vie, 
et contentement, et que dans quelque sphè- 
re que vous gravitiez, vous n'oubliez point 
ceux qui vous ont admiré lors qu' ils ont 
vecu avec vous , et qui dans vos lettres 
célébrent la comraémoration de vòtre ai» 
mable compagnie. Adieu. 



Te: XV. 



g8 Lettere 

XXXVL 

Au beau Cigne de Padoue. 

Xia Sagesse , il est vrai , nous dénote le sage ; 

Mais , ami , dans notre jeune age 
L' orgueil premature de se faire admiret 

Ne vaut pas la joyeuse vie , 
NI les écarts brillans de 1' aimable folie 

Que les Catons peuvent biàmer , 
Mais que le vrai bon seus très prudemment allie 

Avec la: vraie pbilosopbie , 
Et r art heureux de plaire , et de se faire alm«r . 

Aiiisi xnèlant au badinage 
De tes cbarmans propos la force de l' image 

Et le nerf des bonnes le^ons, 
Qu' en tes moiielleux discours à table , ou en voyag* 

Avidement nous écoutons , 
Ton esprit me transporte en une galerie 

Où des plus précieux tableaux 
Le spectacle enclianteur sans cesse se varie , 

Où les derniers sont les plus beaux , 
Où Correge et Poussin étalent leur genie 

Avec les Lancrets , les Vatteaux . 
Tantót tu me transportes en ces champs pleins d'allarmes 

Où le comédien et V auteur 
Au sein de Melpomene ont fait verser des larmes. 

Tanto t daiis ces lieux pleins de cbarmes 

Où 



Oh le correct et doux censeur 
Fait mème en le jouant , rive le spectateur. 
O mortel tiop charmant, o mortel tiop aimable! 
Sacrifiez pour moi ìes Scha , les Koulicans , 

Laissez l' Islanda , et les Volcans ; 
Et que j' aie à jamais le plaisir ineffable, 

Durant la trame de mes ans, 
D' entendrc vos discours , de lire vòtre prose , 

Et de chanter vos divins vers . 
Ami , que ce parti que mon coeur vous propose 

Vo'us tienile lieu de 1' univers 



XXXVII. 

à Potzdam ce io d' AoìU ly-i^- 

iVlon clier Algarotti , ] ai été foit aise 
de r espece de prophétle que vous me fai- 
tes dans vótre lettre, comme si l'i^llema- 
gne , et la Prusse pouvoient se ilatter de 
vous revoir un jour dans leur froid cliinat. 
Quelque mauvaise opinion que vous ayez 
du gout de ces nations , je puis cependant 
vous assurer qu' elles vous considéreront 
comme une aurore boreale qui vient éclairei' 
leurs ténébres. Ce phénomene nous seroit 

G a plus 



100 Lettere 

plus agréable encore si le public osoit se 
ilatter que nous devrions vótie présence à 
nous- iTìémes , et point aux influences at- 
trayantes de Plutus qui réside dans ces 
contrées. Apparamment que vous aA'ez cu- 
bile toutes les offres que je vous ai faites 
à tant de différentes reprises de vous fai- 
re un établissement solide , dans le quel 
vous auriez méme eu lieu d' étre content 
de ma générosité. Mais le mépris que vous 
faisiez d' une nation trop sotte pour avoir 
le bonheur de vous posseder, vous a fait 
constamment refuser tous les avantages que 
j' avois intention de vous faire ; de fagon 
que e' est à vos propres refus que vous 
avez.Iieu de vous en prendre si vótre in- 
terét n' a pas trouvé son compie à Berlin ^ 
Vótre merite, il est sur, est impayable; 
mais e' est par cette méme raison que , 
tout roi que je suis , je me trouve dans 
r insuffìsance de le récompenser, et re- 
duit à la simple admiration . Il ne me re- 
ste qu'à cherir vótre esprit malgré l'absen- 
ce , et d' estimer vótre personne que vous 
m'avez jugé indigne de posseder. Ce sont 
les sentiniens que je vous conserverai tou- 

joursj 



Inedite. lOi 

jours; incapable de presumer trop bien de 
jnoi - méine pour le langage flatteur que 
vous tenez, mais aussi incapable de vous 
faire injustice sur vótre esprit, et vos ta« 
lens, dont je serai toujours l'admirateur. 
Adieu. 

•*O*0*O*0tV0*O*O*O*0*O*C-*0* 
DEL CONTE 

ALGAROTTi 
XXXVIIL 

à Dresden ce 24 ^oiit xjj^z. 
SIRE 

Je ne fatiguerois pas V. M. par mes let- 
tres s' il ne me sembloit que V. M. me 
fasse un reproche, que je ne crois pas mé- 
riter. Elle parolt croire que le dieu Plu- 
tus puisse me ramener dans ses états . Je 
crois , Sire , d' étre assès esprit fort envers 
qette divinile , l' objet des voeux de 1' uni- 
vers , tandis que V. M. parolt me suppo- 
G 3 $er 



toa Lettere 

ser bigot à brùler bien attaché à sa reli- 
gion. Mais comme la plus part des esprits 
forts ne laissent pas pourtant de rendre uà 
certain eulte à l' ètre suprème ; celui que 
}e rends à ce dieu est de tàcher de ne 
point dissiper le peu de bien qu' il m' a 
donne. Voila , Sire, l'objet de ma lettre 
dans la quelle ]' ai pris la liberté de lui 
représenter l'argent que j'ai dépensé dans 
mon séjour à Berlin et en Silésie , où il 
plùt à V. M. de m' appellar . D' ailleurs , 
Sire, si V. M. croit que je mérite avoir 
dépensé 16 à 17 cent ducats pour avoir 
osé refuser la cent écus par an , et con- 
serve ma liberté , je in' en rapporte aux 
yolontés de V. M. d'autant plus que tous 
ces détails son tout aussi ennuyeux pour 
elle , qu' ils sont inutiles pour celui qui 
est avec le plus profond respect. 



• 0*0* 



Inedite. lo5 

DEL RE. 

XXXIX. 

à Salzthal ce io de Septembre 1742. 

Oi je ne consultois que les bienséances, 
je ne devrois pa« répondre à la derniere 
lettre que vous venez de m'écrire. Le sti- 
le, et les expressions en sont si peu mesu- 
rées , qii' assuréinent je ne pouvois niieux 
faire que de garder le sileace . Mais un 
reste de bonté que j'ai pour vous, et le 
plaisir de confondre vótre suffisance me 
portent à vous demander, assurément pour 
la derniere fois de ma vie , si vous voulez 
vous engager chez-moi, et à quelle con- 
dition . Ne peusez point aux affaires et 
aux emplois qui ne vous convieunent poiat; 
luais à une bonne pension , et à beaucoup 
de liberto . 

Si vous refusez ce parti , je vous prie 
de ne plus penser à uioi ni pour vótre 
établissement , ni pour vos affaires , ni 
pour vótre interét . 

G 4 



io4 Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
XL. 

à Dresden ce ay Sepcemhre ij^z, 
SIRE 

ti e serois inconsolable toute ma vie si je 
croyois inériter en. la moindre chose , je 
ne dirai pas la colere de V. M. mais un 
refroidissement des bontés dont il lui a più 
jusqii'à présent de m'honorer. J'ai été, Si- 
te , interdit en lisant sa lettre , et j' ai d' 
abord cu recours à la minute de celle que 
j'ai eu l'honneur de lui écrire en dernier 
lieu, pour me condamner tout le premier 
au cas que j'eusse manqué au profond re- 
spect qui est dù, et que je rends à V' M. 
avec ce plaisir que l'on sent en faisant les 
choses aux quelles on est plus porte par 
inclination qu' oblile par devoir . Aprés 
avo ir relu cette lettre 4 ou 5 fois avec 
toute l'attention et la critique imaginable, 

j'ai 



Inedite. io5 

j'ai cru m'appercevoir, Sire, que l'expres- 
sioii tandis que f\ M. paroìt, me supposer 
bieii attaché à sa rcligion; si V. M. l'a pri- 
se dans le sens que cette religion se rap- 
porto à elle méme, et non au dieu Flatus 
dont il est parie la ligne d' auparavant , 
e' est ce qui a dù clioquer V. M. Mais je 
lui proteste sur mon honneur que mei je 
l'ai rapportée au dieu Plutus, par une espé- 
ce d'italianisme peut-étre qui m'a fait dire 
en francais la religion de Plutus, comme 
on dit en italien la religione degli Dei, et 
en latin religio Deoruvi , J'avoue, Sire, 
que la rigoureuse gramraaire selon la quel- 
le V. M, a pris mou expression me con- 
damne , mais l' équité selon la quelle je la 
prie de juger de moi-méme, doit m'absou- 
(Xtq : car il faudroit que je fusse le plus 
fou et le plus étourdi de tous les hommes 
pour aller de propos deliberò écrire des 
choses peu mesurées à V. M. : et il fau- 
droit que j' eusse bien d'autres folies re- 
marquables dans le monde pour en venir 
à une Hussi considérable , et aussi dange- 
reuse que celle là . C est bien à moi , Si- 
re^ dans ce cas cy à dire avec Lucrece: 

Tantum 



lo6 Lettere 

Tantum religio potiiit suadere ìtialorunt . 
D'ailleurs, Sire, tout homine qui est étran- 
ger à la France ne parie pas , et n'écric 
pas le francais cornine fait V. M. Par ra- 
port à moi j' ai écrit mes dialogues sur la 
lumiere, mon Cesar, et beaucoup d'autres 
bagatelles en italien , sachant ne pas con- 
noltre assés la correction et l' élégance du 
francais pour le faire dans une langue qui 
est plus répandue en Europe , et qui par 
conséquent auroit ilatté davantage la péti- 
te anibition d'un auteur qui écrit au bouE 
du compte pour étre lu le plus qu' il lui 
est possible. Je me suis vu méme estro- 
pier dans une traduction francaise, et je 
\\ ai pas osé , malgré l' amour propre en 
entreprendre une moi - méme , craignant 
peut - étre de m' estropier davantage . Cet 
aveu de mon ignorance que je fais à V. M. 
et que je suis prét à faire au public, V. M, 
aura senti mille et mille fois combien il 
est sincere par beaucoup de fautes qu'ello 
aura remarqué dans mes lettres . J'ai beau- 
coup compté et je compte encore sur soa 
indulgence en écrivant à V. M. dans cet- 
te langue : et si je l' ai autrefois chérie 

comme 



Inedite. 107 

comme une langiie qae V. M. a cornine 
adoptée, et dans laquelle elle a écrit tant 
de belles choses , je ne saurois plus la ché- 
rir, lorsqu' elle a pu faire croire k V. M. 
que j" aye voulu l'offenser. 

Après tout cet egoisnie , que je prid 
V. M. de Youloir bien pardonner à la vé- 
rité, je passe aux offres qu'elle veut bien 
ancore me faire , et qui me font sentir 
que la main du seigneur ne s'est pas tout 
à fait retirée de dessus ma téte . V. M. 
m'offre une bonne pension , et beaucoup 
de liberto, choses naturellement contraires 
que la bonté de V. M. pour moi veut bien 
concilier ensemble . Je suis bien éloigné , 
Sire , de refuser un parti qui m' approdi© 
de la personne de V. M. Elle sait que , 
quant à présent, je m' en vais chez moi, 
où mas affaires m'appellent, et m'obligent 
d' étre pour quelque tems . Je serois char- 
me, Sire, d'aller passer de tems en tems 
ime année à Berlin : ce seroit pour moi 
une année de réjouissance, comme le re- 
tour des Olimpiades l'étoit pour les Grecs, 
et des Jeux séculaires pour les Romains . 
Je regarderai tout ce que V. M. voudra 

biea 



io8 Lettere 

bien m' accorder cette année la pour les 
frais des voyages et de mon séjour à Ber- 
lin, cornine une grace d'aiitaut plus grande 
de V. M. qu'elle viendra par là à me pa- 
yer de mon propre plaisir . Mais la cho- 
se , Sire , dont je la suplie le plus ar- 
demment , e' est de ne point imputer à 
mon coeur les fautes de mon esprit : e' est 
le retour de cette grace sans laquelle tous 
mes projets seroient vains , et toute la 
douceur que je pourrois espérer dans la 
vie, ne deviendroit que chagrin et amer- 
tume . Hélas ! Sire , que je puisse enco- 
re me flatter que V. M. redeviendra pour 
moi ce prince aimable, dans le visage de 
qui je lisois mon bonheur ; qui me per- 
mettoit de l' approcher à toute heure , et 
qui faisoit les délices aussi bien que Thon- 
neur de ma vie. Comment, Sire, aurois- 
je pu penser à l'offenser! assurément, Si- 
re, si V. M. pouvoit me pardonner une 
pensée aussi peu pardonnable que celle -ci, 
je ne me la pardonnerois jamais à moi-mé- 
me. Si j'ai erre en quelque chose , je suis 
plus à plaindre qu'à condamner; et j'espé- 
re que V. M. daignera se rapeller que 



Inedite. log 

Errer est d'un morrei, pardonner est divin. 

Je suis avec le plus profond respect. 



DEL RE. 

XLI. 

à Potzdam ce 18 de Mars 1747* 

J ai été bien aise d'apprendre que vous 
étes arrivé à Berlin , et je serai plus ré- 
joùi encore lorsque je vous verrai ici. Vò- 
tre brillante ima^ination, vòtre genie, et 
Vos talens sont des passeports qui vous fe- 
ront bien recevoir dans tous les pays qui 
ne seront pas barbares. Depuis six ans que 
vous avez fait le plongeon pour mei , je 
n'ai appris de vous nouvelles que par la 
cinquierne ou sixieme main . Mais je n'en 
suis pas moins charme de vous voir reve- 
nu sur r eau . Ferez • vous encore sr)uvent 
le plongeon? irez-vous à Dresde , à Veni- 
se, à Vienne, ou à Rome? étes vous con- 
seiller de guerre du roi de Pologne, cu 

6on 



no Lettere 

son ambassadeur nommé auprès de vòtre 
patrie? Ea un mot jusqu'où peuvent aller 
les prétentions qua nous avons à faire sur 
vótre personne? Adieu , j" attends toutes 
ces reponses de vótre propre bouche, et 
j'aurai alors la satisfaction de vous assurer 
de mon estime. 



DEL CONTE 

ALGAROTTI 
XLII. 

à Potzdam ce ii de Mai 1748- 
SIRE 

Je renvoye à V. M. un écrit dont j'au- 
rois bien voulu garder copie. J'y ai vu les 
differents états da Brandembourg par ra- 
port à r industrie , au progrès des arts et 
des sciences; mais ]y ai vu encore mieux 
ce genie qui ayant égalé les plus grands 
homraes de Sparte par ses expioits , ea 

égale 



Inedite. ih 

^gale malntenant les plus grands d' Athe- 
nes par ses écrits . Piien de mieux raison- 
né, de plus varie, de plus rapide que le 
corps de l'ouvrage; rien de plus beau que 
r introduction et la conclusion . C est un 
édifìce admirable orné d' une superbe fa- 
9ade, et dont le fond de la cour est dè- 
cere par de somptueux portiques . Réfle- 
xions, comparaisons, tout est de la dernie- 
re justesse , de la premiere beauté . L' eru- 
dition fortilìe le raisonnenient , et on y 
goute les fruits sous l'agrément des Heurs. 
Le conquérant de la Silésie, lo It'gislateur 
de la Prusse, 1' architecte de Sans- scuci, 
le compositeur des plus beaux airs de mu- 
sique , le philosophe le plus élégant, le 
poète le plus raisonnable; enEa le prince 
le plus humain et le plus aimable du sie- 
de; tout cela est peint dans cet ouvrage. 
Ce que V. M. dit du progrès des beaux 
arts dans le Nord , elle le verifìe . Un 
dieu qui prophétise, accomplit en mérae 
tems ses oracles. 



iis Lettere 

DEL MEDESIMO 
XLIII. 

à Potzdani ce 9 d' Aoiit 1749- 
SIRE 

Voici quelques esquisses de maisons que 
j'ai tracées, Sire, crasso penicillo , afia que 
V. M. put avoir des mouches pour celles 
qu'elle a déjà fait bàtir. Elles ont chacu- 
ne autant de front à peu près qu' en a 
chaque terrein qui reste depuis la derniè- 
re nouvelle maison a maia droite jusqu' à 
la maison de m. de Kleist. Celle qui est 
au milieu des trois, est la maison que Pal- 
ladio s' est bàtie pour lui - méme et que V 
on voit à Vicence. Je me la suis rapel- 
lée , et je crois , Sire , qu' elle feroit un 
}oli effet pour un petit terrein , et qu el- 
le répandroit de la variété dans le tout, 
sana trop sortir du gout des autres bàti- 
mens. Si V. M. qui sait mieux que person- 
ne au monde ce que e' est qu'harmonie et 

unite, 



Inedite. ii3 

unite , cette àme des beaux arts , en juge- 
ra beancoup mieux qiie tout autre . Pour 
noi , Sire , je sai bien que , fut on Apol- 
lodore niéme, on ne devroit présenter qu' 
en tremblant des desseins d' architecture 
k un Trajan qui sait étre lui jiiéme son 
ApoUodoie. 



DEL mp:desimo 

XLIV. 

à Berlin ce ay yioilt 1749- 
SIRE 

IVlon livre ^tant tout prét paur l'impres- 
sion , j' espére que V. M. voudra bien me 
permettre de rester à Berlin le tems qui 
sera nécessaire pour le faire imprimer. En 
méme tems, Sire, je profìterai de cet in- 
tervalle pour me mettre à un regime de 
vie tei que les médecins jugent le plus 
convenable à ma sante . Nótre sante fait 
Tom. XV. H nòtre 



Ii4 Lettehé 

nótre philosophie, dit FAnacréon du Tera« 
pie. J espére que l'usage des diaphoréti- 
ques , des martiaux , beaucoup d' exercice , 
et une dféte fort sevère, en redonnant à la 
circulation du sang toute sa vivacité, m' af- 
ferra iront plus que jamais dans la philoso- 
phie aimable de Sans-souci , que V. M. 
sait précher en nouvel Horace avec toutes 
les graces de l' imagination, aussi bien qu' 
^ivec toute la force du raisonnement . 

• 0*0*0*0*0*0*0*0 *o*o*o*-o* 

DEL MEDESIMO 
XLV. 

à Berlin ce 3i Aoilt xyj^g. 

SIRE 

JTAyant eu ces jours passés deux foibles- 
ses, m. de la Metrie, Sire, a bien voulu 
rester ici pour avoir soin de moi . Mais 
ne voulant pas abuser de son tems, je l'ai 
prie moi-niéme de se rendre à Potzdam 

après 



Inedite. iiS 

après avoir concertò avec lui les remédes 
ies plus convenables à ce qui demande 
chez moi un plus prompt secours. Ce sont 
les bouillons de vipere que je commence- 
rai demain ; je ne discontinuerai pas les 
eaux: mais ce seront celles de Seltzer que 
je mele avec un pevi de vin à mon di- 
ne. M. de Lieberkùn avoit opiné pour cel- 
les d' Egra : mais il me faudra avant tout 
tàcher de remettie de la vigueur dans la 
machine qui est totalement abattue . Les 
pous sont bas , le sang Gomme engourdi, 
la respiration la pluspart du tems einbar- 
rassée . Je demando pardon à V. M. de 
lui présenter des idées aussi tristes ; mais 
j' ai cru , Sire , que 1' intérét que V. M. 
daigne prendre à mon état , m' imposoit le 
devoir d'entrer dans ce détail . Au cas , 
Sire , que mon heure soit venue , je serai 
trop heureux si j' emporte quelqije regret 
de V. M. 






H 2 



no LiETTERE 

DEL RE. 

XLVI. 

à Potzdam ce \ Sepcembre 1749^ 

' J e connois si bien les maux dont vous 
vous plaignez, j'en ai été incommodé si 
longtems , que e' est moins moi que l' ex- 
perience qui vous parie par ma bouche . 
Ce n' est point une maladie dangereuse. 
Le principe ea est un sang acre et épais- 
si qui circulant mai s' arréte dans les pe- 
tite» veines du bas ventre , où , corame 
vous le savez, la circulation est naturelle- 
ment plus lente que dans les autres par- 
ties du corps . Cette arrétation cause des 
constrictions dans les boyaux qui, au lieu 
de faire leur raouvement vermiculaire, se 
resserrent en différentes parties , arrétent 
les vents , pressent et soulevent le dia- 
phragme, et causent les anxiétés dont vous 
vous plaignez. Les eaux de Seltzer ne sont 
pas suffisantes pour y apporter un remédo 
suffìsant. Il faudra que vous en veniez 

aux 



Inedite. 117 

aux eaiix d'Egra, aux quelles je crois de- 
voir la principale obligation de mon réta- 
blissement. Vos medecins vous auront con- 
seillé sans doute de vous garder de tous 
les mets qui gonflent, cornine des légu- 
mes des fruits etc. Il faut peu manger le 
soir, tenir benne diète, boire un peu d' 
eau la nuit quand les anxiétés vous pren- 
nent, avoir beaucoup de patience , vous 
dissiper l'esprit, et vous garder do toutes 
les choses qui échauffent. Vòtre principa- 
le attention doit étre de vous conserver le 
ventre libre, et de vous egayer par tout 
ce qui peut vous distraire de vòtre mal . 
Je ne vous dit pas un mot que je n' aie 
pratiqué, et dont je ne me sois bien trou- 
vé moi-méme. Vous avez cru que c'étoit 
encore beaucoup de vous servir d'un mé- 
decin , et sùrement vous n' imaginiez pas 
que je me mettrois de la partie. Mon cher 
Algarotti , je vous plains véritablement , 
West -ce pas assez d'étre malade, et faut- 
il encore essuyer pour surcroit les mau- 
vais raisonnemens de vos raédecins à ga- 
ge , et de ceux qui s' en mélent encore 
d'ailleurs? Mais un mal ne vient jamais 
H 3 sans 



Ii8 Lettere 

sans l'autre, et l'on ne pouvoit mieux ac- 
compagner la souffrance qu' en y associant 
la facilitò . 

Je souhaite d' apprendre de bonnes nou- 
velles de vótre sante. Gardez la Métrie ou 
renvoyez-le selon qu' il pourra vous amu- 
ser, et si les véritables inédecins l'approu- 
vent, prenez vers la fin de ce luois les 
eaux d'Egra avec raoi. 

*o*o*o*o*o*o*o*o*o*o*o*o* 
DEL CONTE 

ALGAROTTI 
XLVII. 

à Berlin ce z de Septemhre ly^g- 



SIRE 



B 



ien loin qu' un mal ne Vienne jamais 
sans l'autre, V. M, m' a bien prouvé le 
contraire par la lettre dont elle daigne m' 
honorer . Je vois , Sire , que Jupiter n' a 
pas tant verse sur moi de ce tonneau qu' 

il 



Inedite. iig 

il a apparement à sa gauche , qu' il n' ait 
encore voulu ouvrir celui qui est à sa droi- 
te. La consultation que V. M. veut bieii 
m'envoyer, car Apollon est aussi méde- 
cìa , est une émanation divine de ce ton- 
neau bienfaisant , et sera probablement un 
beaume à mes maux. Malgré l'abattement 
Oli je suis, la confiance qu'un nialade doit 
avoir en son raédecin ne me manque as* 
surément pas , car je me fie presqu' au- 

tant à Fédéric sisrné au bas d' une consul- 

o 

tation , que je me fierois à Fédéric mérae 
k la téte de 60 mille homnies . J' ai déjà 
commencé, Sire, à suivre les prescriptions 
de V. M. Ma diete est très sevère , et je 
me suis retranché absolument le souper , 
L'impression de mon livre ni' est une dis- 
sipation agréable, à moins que la lenteur 
des imprimeurs ne dérange la sécrétion de 
ce sue si nécessaire à l' equilibro de l'oeco- 
nomie animale. Je rends à V. M. les plus 
humbles graces de la permission qu' elle 
tn' accorde touchant m. de la Metrie, et 
bien plus encore de ce quo V. M. vout 
que j' acheve ma guérison sous ses yeux 
uiémes . C est une bien forte raison pour 
H 4 ha ter 



i20 Lettere 

hàter mon iinprimeur afin de pouvoir me 
rendre auprès de l' auguste médecin dont 
j'ai r honneur d' ótre le malade. 



DEL RE. 

XLVIIl. 

à Potzdam ce 6 de Septembre 1749> 

Voici un canevas très en abrégé de l'ope- 
ra de Coriolan. Jè me suis assujetti à la 
voix de nos chanteurs, au caprice des dé- 
corateurs , et aux regles de la musique . 
Lia scene la plus pathétique est celle de 
Paulino avec son pére ; mais comme le ré- 
citatif n' est pas son fort , il faut mettre 
ce qu'il y a de plus touchant dans la bou- 
che de l'Astrua; ce qui pourra fournir un 
récitatif avec accompagnement. Vous ver- 
rez que Je n' ai pas voulu faire un long 
opera; s' il dure trois heures et un quart 
avec le ballets , cela suffit . Je vous prie 
de le faire étendre par Filati; mais d'avoir 
l'oeil qu'il n'ait de longs récitatifs qu© 

dans 



Inedite. isli 

clans la scene cinquieme du troisieme acte. 
Le récitatif de l' Astrua du premier acte 
n' a pas besoin d' étre trop long . Le récit 
du senateur Benedette à la fìn de 1' opera 
doit étre touehant sans accompagnement, 
parceque ce senateur le fait sans passion ; 
mais cependant il faut que le poéte tou- 
che tous les points que j'indique. 

Quant aux pensées, je vous prie de les 
lui fournir , et de faire que cette piece 
tienne un peu de la tragèdie frangaise. 
Au poéte • permis de piller tous les beaux 
endroits applicables au sujet; et lorsque le 
poéte n'aura plus besoin de mon brouil- 
lon , il faut le remettre à Graven , par- 
cequ' il y a toutes sortes de choses pour 
les airs dont le détail le regarde nécessai- 
rement. Soyez le Prométhée de nótre poé- 
te . Soufflez - lui ce feu divin que vous 
avez pris dans les cieuxj et que vótre iu- 
spection suffise à produire d'aussi belles 
choses que les grands talens en ont pu 
metrre au jour . Le public et moi vous 
aurons V obligation d' avoir illustre nótre 
spectacle^ et de nous avoir fourni des plai- 
sirs raisonnables . 



12Z Li E T T E H E 

DEL CONTE 

ALGAROTTl 
XLIX. 

a Berlin ce 1 1 Septemhre 1 749» 
SIRE 

«Je supplie V. M. de me permettre de la 
féliciter sur son opera de Coriolan , dont 
elle va voir l' effet beaucoup mieux enco- 
re que V. M. n' à pu faire à la l«cture . 
Je r ai enlendu répéter deiix fois ; tout 
r intérét s'y trouve raalgré la briéveté des 
récitatifs ; et V. M. a donne ses ordics 
pour la musique de facon qu'aii milieu de 
la variété la plus agréable ce méme in,té- 
rét y est augmenté au point, que Coriolan 
va tirer presqu'autant de larmes des beaux 
yeux de Berlin , qu' en a tire Iphigénie le 
carnaval passe . Y. M. a trouvé la plus 
sùre méthode d' avoir les plus beaux opé- 
ras du monde : e' est de les faire elle 
méme : 

to- 



Inedite. i23 

— totamtjjie infusa per artus 

Mens agitaù moleni . 
Si après Coriolan , Sire , il est permis de 
parler de rnoi , je dirai à V. M. que in. 
Lieberkùn a voulu absoluraent que je com,- 
mence à preiidre les eaux d' Egra depuis 
quelques jours. Il regarde ce reinéde tout 
conime V. M. la base fondamentale de ma 
guérison : il me semble méme que je com- 
jneace à en ressentir les bons effets. V. M. 
aura vu sans doute le speciflcum universa- 
le, pour ainsi dire, dans une lettre de m. 
Cataneo dont ra. le comte de Podewils 
m' a parie : quoique jc soye aussi incredu- 
le sur ces sortes de remédes que je le suis 
sur le mouvement perpetuel, et sur les 
quadratures du cerele qu' on nous donno 
tous les jours , je m' en vais pourtant écri- 
re à Venise pour tàcher des savoir au ju« 
ste quelques particularités la dessus . Mais 
ea méme tems. Sire, je regarde cette es- 
pece de foi que je trouve inaintenent en 
mei méme corame un symptorae de ma 
maladie. 

Mon impression ne va pas aussi vite que 
je le voudi ois , mais autant qu' il m' est 

pos- 



ia4 Lettere 

possible de la faire aller . Il parolt que 
mon iinpriraeur ait pris la devise festina 
lente . 

Oserois - je demandar à V. M. dont les 
instans valent les années des autres, quel- 
le épitre, quelle ode, quel poéme elle a 
mainteaant entre les mains? Nous consu- 
mons notre vie à tourner quelques phra- 
ses , à arranger des mots : V. M. dans ses 
heures perdues peut créer les plus belles 
choses , qui feront à jamais les délices de 
ceux qui sauront ce que e' est que de raa- 
rier la philosophie la plus utile à la plus 
agréable poesie. 



•o*o*o*o* 
•o*o*o* 



Inedite. ia5 

DEL RE. 
L. 

à Potzdam ce iz de Septembre i749' 

J e suis bifiii aise de vous savoir aux eaux 
d'Egra. Je suis sur qui après la cure vous 
vous sentirez soulagé de .beaucoup . Vous 
faites bien plus sagement que moi avec 
vos ouvrages ; vous les liraez, et après cela 
vous 1-es faites imprimer; pour moi j' im- 
prime , je me répens , et puis je corrige- 
Vous me demandez ce que je fais . J' effa- 
ce beaucoup. J'eu suis à ma huitieme epl- 
tre / et pour n'y pas revenir si souvent, 
je les Iciisserai encore reposer toutes ; je 
les reverrai dans quelque tenips , eusuite 
de quoi on procederà à l'impression. Nous 
aurons cette après ^dinée l'epreuve de Co- 
riolan. Je pourrai vous ea dire des nou- 
velles lorsque je l' aurai entendu . 

Voltaire vient de faire un tour qui est 
indigne . Il mériteroit d' étre lleurdelisé 
au Parnasse . C est bien dommage qu' un 

ame 



ia6 Lettere 

ame aussi làche solt unie à un aussi bea*! 
genie . Il a les gentillesses , et les malices 
d'un singe . Je vous conterai ce que e' est 
lorsque je vous reverrai ; cependant je ne 
ferai semblant de rien , car j' en ai besoin 
pour l'étude de l' élocution francaise. On 
peut apprendre de bonnes choses d'un scé- 
lérat . Je veux savoir son francais ; que 
m' importe sa morale? Get homrae a trou- 
vé le moyen de réunir les contraires . On 
adniire &on esprit en inéme tems qu' on 
méprise son caractère . La Duchatelet est 
accouchée d' un livre , et l' on attend en- 
core l'enfant; peut-étre que par distra- 
ction elle oubliera d' accoucher , ou si 1' 
erabrion parolt , ce sera des oeuvres raé- 
lées . 

Je vous prie , ne vous servez point du 
panacee que Cataneo annonce. Je ne crois 
aucune des nouvelles qu' il mande, quand 
méine elles sont vraies; je ne voudrois me 
servir d'aucune médecine qu'il loue, quand 
méme il eu auroit fait l'épreuve, et sur 
tout d'un panacee. Ce sont des chimistes 
qui les inventent. On y a grande foi quand 
ils parolssent, mais on ne tarde pas à s'ea 

de- 



I JT E D I T E . 12J 

Jesabuser. Je vous recommande la belle 
humcur, le regime, la dissipation , et d* 
avoir soin de cette machine qui vous fait 
si bien penser. Adieu. 

* o * o * o *o * o * o * o * o * o * o • o * o * 
DEL CONTE 

A L G A R O T T I 
LI. 

à Berlin ce i5 de Septembre i'j49- 
SIRE 

-Lja dernière lettre dont V. M. in' a hono- 
ré est si remplie de bonté gu'il m'est im- 
possible d'en remercier V. M. autant que 
jfe suis capable de sentir combien je lui 
dois . Ma sante , Sire , à laquelle V. M. 
daigne prendre autant de part, iroit mieux 
si le mauvais tems qui est survenu, n'avoit 
troublé r effet des eaux . J' en suis à la 
fin , et je m' en vais me niettre au vin de 
vipere, en gardant toujours un regime fort 

éxact; 



ia8 Lettere 

èxact; et surtout le soir oii je ne soiipe 
point du tout. Ce que V. M. m' à fait V 
honneiir de me mandar touchant ce beau 
genie qui fait tant d'honneur au siede me 
fait gémir sur l'humanité. L' embrica dont 
m.*'« du Ghatelet doit accoucher est char- 
mant. V. M. donneroit bica de la beso- 
gne à plus d'un Plutarque s' il falloit écri- 
re toutes ses belles actions et recueillir 
tous ses bons mots . 

Tartini me mande, Sire, que son meil- 
leur écolier Pasquale Bini a été obligé de 
quitter le service qu' il avoit à Rome , et 
qu' il en cherche ailleurs . Il a la confian- 
ce de s' adresser à raoi pour que je tàche 
de piacer un homme auquel il s' interesse 
comme à un de ses meilleurs ouvrages . L' 
orchestre de V. M. est trop bien pourvue 
pour qu' il puisse aspirer à son service ; 
J' ai cru pourtant , Sire , qu' il étoit du de- 
voir d'un serviteur de V. M. de ne pas re- 
coram.ender ailleurs un tei homme, si re- 
commendable par la supériorité de son ta- 
lent, avant que V. M. seut qu'elle étoit la 
maitresse d'en disposer. 



Inedite. 12^ 

DEL MEDESIMO 
LII. 

à Berlin ce xj Septembre 1749» 

SIRE 

JLie Prince de Lobkowitz m* a invite , Si- 
re , d'aller passer sept ou huit jours à Sa- 
gan : il soutient , Sire , que le raouvement 
du voyage et de la vie active que l'on me- 
ne chez lui, fera beaucoup de bien à ma 
sante: et les m^decins en conviennent. 
Ainsi , Sire , si V. M. a la bonté de 1' 
agréer , j' irai prendre ce remede qui ne 
sera point du tout amer, comme le sont 
ceux de ra. de Lieberkiin . Je redoublerai , 
Sire , mes soins à mon retour afìn que 
mon impression aille plus vite encore, s' il 
est possible ; et tàcherai de regagner le 
tems employé à cette cure qui sera toute 
prise de la médecine gymnastique. Le tems 
s' étant mis au beau, j" éspere que les eaux 
feront beaucoup de bien à V. M. : quoique, 
Tom. V. I Sire, 



l3o Lettere 

Sire, la sante de V. M. pourroit s'en pas- 

ser graces à Dieu ; et elle est à présent 

aussi bien remise, qu' elle a été toujours 

précieuse : 

Tene magis salvum populus , an populum tu , 

Servet in aìnbigiio qui consulit et sihi et urbi 

Jupiter . 

Si nous étions dans les beaux tems de 1' 
antiquité l' on ne verroit que sacrifìces ht 
la deesse Hygia que feroient les sujets de 
V. M. pour remercier cette divinité bien- 
faisante d'avoir répandu ses dons sur leur 
Titus . Mais quels seront les sacrifìces ou 
plutót les évocations que fera le pauvre 
Voltaire ? Je le plains réellement d' avoir 
perda ce qu' il ne retrouvera peut - étre 
jamais : la perte d'une femme qu'on aime, 
et avec qui on passoit sa vie est irrepara- 
ble pour ceux que ne coraraandent pas des 
arraées , et ne gouvernent pas des états. 
J' en suis d' autant plus fàché , Sire , que 
ce malheur dérangera peut -étre son voya- 
ge , et retardera le plaisir que V. M. se 
proposoit avec ce grand maitre dans un 
art dans lequel V. M. 1' est d' autant plus 
qu' elle en veut convenir le moins . 

J© 



Inedite. iSi 

Je recoìs dans le moment, Sire, les 
Amazones du madame Duboccage, qu' elle 
ine charge de présenter à V. M. comme 
un hommage, ce sont ses propres paroles, 
qua tout auteur doit à celui qui les stir- 
passe et les protege . 



DEL RE. 
LUI. 

à Potzdaiìi ce 19 de Septemhre 1^43' 

\J e vous suis fort obligé de la tragedie que 
vous m'avez envoyée . Je ne l'ai pas lue 
encore. Il dépendera de vous d'aller à Sa- 
gan , à condition que vous me donnerez 
aussi huit jours ici . J'aime mieux vous en- 
tendre , que de vous lire dans une Lingue 
que je ne suis qu'en hésitant . Voltaire dé- 
clame trop dans son affliction , ce qui me 
fait juger qu'il se consolerà vite. Je vous 
souhaite un heureux voyage, et de la san- 
te. Vous faites ce que les honnétes ^,ens 

I 2 doi- 



iSai Lettere 

doivent faire, qui est de vous divertir avec 
vos rivaux, et de remettre la décision des 
préférences au sentiment de vótre mai- 
tresse . 



DEL CONTE 

ALGAROTTI 
LIV. 

à Berlin ce 23 de Septemhre 1749* 
SIRE 

J_ie mauvais tems qu' on a eu , Sire , les 
derniers jours et la crainte où étoit le Prin- 
ce de Lobkowitz d' exposer Salimbeqi aux 
injures de l'air ont été cause que nóti'e 
retour a été retardé . Les plaisirs de la 
campagne ont été chez moi troublés par 
quelques attaques de ma maladie : et sur- 
tout par deux consultations de médecine 
que ] ai recues d' Italie . Tout effrayantes 
qu'elles sont, je pourrois biea, Sire, m'ea< 

mo« 



I I^ E D I T E . l33 

mocquer, si malgré les remédes, je ne res- 
sentois pas toujours du poids dans le corps, 
de petites sueurs , des especes de foibles- 
ses, et des suffocations surtout quand je 
suis en compagnie à table, et qua je maa- 
ge : ce qui fait des sensations bien désa- 
gréables dans un tems où l' on en devroit 
éprouver de tout autre*. La chaleur de la 
chambre, dans une saison où elle devient 
si necessaire, aiiginente encore toutes ces 
incommodités. Je suis condamné unanime- 
ment à la diete la plus médéciuale, et je 
me vois interdit, dieu sait nienie pour 
combien de tems, le souper, ce tems" de 
plaisir, avec quoi ceux quos ^quus ama- 
'vit Jupiter couronnent la journ'ée . Voilà 
un serviteur bien accomodé que V. M. a 
dans ma personne . J' irai bientót faire ma 
cour à V. M. esperant qu' elle daignera 
bien me plaindre si je suis obligé de me 
retrancher la meilleure partie des plaisirs 
de la vie pour me soumettre aux peines 
d'une cure devenue trop nécessaire. Mais 
je voudrois bien , Sire , que V. M. dut 
croire que je lui ferai daignement ma cour 
devaut le public en continuant l' impres- 
1 3 sion 



x34 Letteue 

fcion d' un ouvrage pour lequel je n' ai re- 
pris tant de fois le rabot et la lime , que 
pour le rendre moins indigne de tout ce 
que renferrae en soi le nom de Fiédéric. 



DEL RE. 
LV. 

à Potzdam ce 2,5 Seprembre 1749» 

Assidu courtisan du beau dieu de Cithére, 
Du gout , des Graces, et des ris, 
Algarotti , qui savez plaire 

Auxbelles, aux savaiis, à toiis genres d'esprits, 
D' où vous vieti t cette hipocondrie 
Que le médecin par flatterie 
Appelle je ne sais comment ? 
Moi , qui ne suis pas si scavant 
Je pense que la maladie 
Qui vous rend inquiet et réveur, 
Au lieu d' attaquer vòtre vie 
Ne s' attaché qu' à vòtre coeur. 
Oui , cette fievre qui le brulé 
Pendant la nuit, pendant le jour 

Pa- 



Inedite.' i3I 

JParolt à mon oeil incredule 
Certain mal qu' on nomme 1' amour . 

Que je suis irrite que ce mal vous excede ! 
Lors qu' on possedè vos talens , 
Tant d' esprit , et tant d' agrémens 

Il ne tiendroit qu'à vous d'y trouver du reméde. 

Si vous ne vous trouvez pas mieux de 
vótre voyage de Sagan , e' est que ce n' 
n'etoit ni à la chasse , ni à Diane de vous 
guérir, mais à oertaìne D<^esse qui se ma- 
nifeste dans les beaux yeux de la Denis, 
qui avoit jadis un tempie à Gnide, et qui 
recoit à présent un eulte égal par 1' hom- 
mage quo tout homme sensible rend à la, 
beante . Je souhaite que vous ayez moins 
besoin de médecins que de maquereaux ; 
de diète, que de plaisir; et du galbanum 
des chimistes que du vin d' Aix , qui fait 
circuler le sang plus rapidement, et porte 
la joie au cerveau . 

Je serai bien aise de vous voir ici . J' 
aime mieux l' auteur que l' ouvrage . Vos 
couches seront differées de quelques jours j 
mais le livie parviendra toujours à ter- 
me, et le plaisir de vous entendre est plus 
vif que celui de vous lire . Adieu . J' es- 

I 4 psre 



j36 Lettere 

pere que vous porterez vòtre réponse ver- 

baliter. 



BEL CONTE 

■ j 

ALGA 11 OTTI 
LVI. 

a Berlin ce 24 Novembre 1749* 

SIRE 

«Je prends la liberté d'envoyer à Sans-souci 
des graines de Broccoli qui me sont arri- 
vées d' Italie . Je souhaite , Sire , que pour 
r honneur de raon pays , et pour le plai- 
sir de V. M. elles viennent à bien . Mon 
livre est venu de son coté tant bien que 
mal ; ] en suis presqu* à la iln , à force de 
corriger tous le jours des épreuves , et d' 
aller à la chasse des points et des virgu- 
les; chasse bien ennuyeuse après avoir tue 
des cerfs et des sangliers . Je suis bien 
aise. Sire, d' étre dehors de cette galère 
de la litterature, à présent que le tems 

des 



Inedite. 107 

des plaisirs va coniinencer. Tout répéte, 
tout se prépare à célébrer les fétes de Bac- 
clius . La paix se mentre aux sujets de 
V. M. tonte aussi gaie et magnifique, que 
la guerre a été redoutable à ses enneinis. 
Mais V. M. qui taudis ménie qu'elle avoit 
les armes à la main , manioit la piume 
pour faire des desseins dans le gout des 
plus grands maltres , et des vers dignes de 
Voltaire; que fait elle maintenant si j'ose 
le lui demander? quelque nouvelle épltre 
telle qu' Horace l' auroit faite , s' il avoit 
écrit en fran^ais , quelque nouvelle come- 
die peut - étre que Molière auroit voulu 
avoir imaginée , s' il avoit été à Berlin, se- 
ront le fruit de ses heures de loisir. Il y 
a bien long tems , Sire , que je n' ai assi- 
stè à ces lectures, oiì le roi , le législa- 
teur, le conquérant disparoissent pour Tai- 
re place au poéte et au bel esprit qui seuls 
dans ces moraens là absorboient nótre ad- 
miration . Elle augmente à l' infini quand 
les idées de tout ce qu'est V. M. se pré- 
sentent en foulè à nótre imagination ani- 
nlée. C'est bien de votre ame, Sire, que 
r on doit dire : divince particulam auree . 



i38 Lettere 

DEL RE. 

LVIT. 

à Potzdam ce 2.5 de Novembre 1749- 

-Il y a entre nous ce commerce qu' Hé- 
siode dit qu' il y a entre la terre et le 
ciel . Je vous donne quelques vapeurs , et 
vous me rendez une rosee abondante . Je 
ne travaille qu'à des misères, et vous avez 
la complaisance pour mes ouvrages qu'ont 
les cardinaux courtisans pour les mande- 
mens de nutre bon Pape . Je vous remer- 
cie des graines de Brocoli ; e' etoit le seul 
moyen d'en raanger de bons. Vous en au- 
rez les prémices . Mais je serai plus aise 
encore de voir la nouvelle edition de vó- 
tre newtonianisme , sur tout sì vous vous 
donnez la peine de vous traduire. J'ai une 
ebullition de sang mélée avec de petits ac- 
cès de fievre qui dérangent mon genre de 
vie . On ne travaille pas facilement lorsqu 
on se sent presque continuellement óchauf- 
fé. 

Je 



Inedite, jSg 

Je serai lundi à Berlin où j' admirerai 
l«s scappate de l'Astrua, et les cabrioles de 
la Denis, Je vous ai envoyé une nouvell© 
besogne pour Filati. Cela n'occuperà qud 
la centieme de vos ames , et fournira un 
beau spectacle au public. Adieu, en vous 
reraerciant de vos graines et de vos soins. 
J' espere de vous revoir lundi . 



DEL CONTE 

ALGAROTTI 
LVIII. 

à Berlin ce 28 de Novembre 1749* 
SIRE 

Jlin éxécution des ordres de V. M. ] ai 
travaillé avec m. Filati pour F opera do 
niars . En voici , Sire , le pian redige seloa 
les instructions et le canevas que m. Dar- 
get m' a envoyé par ordre de V. M. Le 
trop peu de tems que l' ou a eu ( vu la 

ré- 



i4o Lettere 

répétitlon qui s' est faite raéme hier au 
soir) n' a pas permis de copier le Cahier 
que j'ai 1' honneur d' envoyer à Y' ^^- ^^ 
où il a été nécessaire de faire des corre- 
ctions ce matin . V. M. aura la bonté de 
le faire renvoyei' aveo ses ordres ultérieurs, 
et les corrections qu' elle jugera nécessai- 
res afin que le poète puisse proceder à la 
versifìcation : il a déjVi comiuencé à y met- 
tre la mairi . Je lui ai fait sentir au mi- 
lieu de ses catharres et de ses fluxions que 
r ame et la célérité de Cesar doivent pas- 
ser autant qu' il est possible dans ses ser- 
viteurs. Je suis au désespoir, Sire, que la 
sante de V. M. ne réponde pas tout k fait 
à nos voeux, quoique j' espere, Sire, qu' a 
présent elle sera rétablie. V. M. ne sait 
peut-étre pas (qu'elle me permette de le 
lui dire) combien cette sante est nécessai- 
re au progrès des arts et des scieiices , à 
la gioire de sa nation, au bonheur de 1' 
Europe. Au nom de tout cela, Sire, je 
supplie V. M. d' en avoir ce soin qui soit 
proportionné à la conservation d' une sante 
aussi précieuse. M. Schmidt que je viens 
de voir, est après les planches qui doivent 

orner 



Inedite. i/^i 

orner ce livre qui sera dans la bibliothe- 
que d'Apollon relié dans le cedre. Il volt 
déjà japer dans sa chambre la levrette quo 
V. M. veut bien lui donner, et se J)répa- 
re à la dessiner et à la graver méme . 



*o*o*o*o*o* 0*0*0* 0*0*0*0* 

DEL mp:desimo 

LIX. 

à Berlin ce %z de Janvier iy5o. 
SIRE 

\Jn gros rhume de poitrine m'a empéché. 
Sire , ce matin de faire ma cour à V. M. 
et m'empéche aujourd'hui d'assister à une 
lecture qui charmera autant qu'elle instrui- 
ra r académie et le public . V. M. pour- 
roit bien m'en dédommager; car il faudra 
attendie bien long tems avant de voir cet- 
te excellente piece imprimée. Je n'ose pas 
demander cette grace à V. M. : mais si l'en- 
vie que j'ai de relire le mémoire de V. M. 

pou- 



1^2 Lettere 

pouvoit m* ea obtenir la lecture , je n' ea- 
vierai assurément pas le bonheur du pu- 
blic . J'ai r honneur d' envoyer cl-joint à 
V. M. une lettre que je viens de recevoir 
de madame Duboccage ; V. M. verrà com- 
ment une muse francaise chante les louau- 
ges de V. M. ea italien . 

DEL RE. 
LX. 

à Potzdam ce ii de Février ijSo, 

J e dirai demain à Darget de vous envo* 
yer mon essai sur les loix ; vous l'avez en- 
tendu une fois . Gomme il y a encore à 
attendre avant qu'on l'imprime, vous me 
ferez plaisir de me dire vótre sentiment 
sur ce que vous jugerez qui exige àe& cor- 
rections . Je vous dois des remarques ex- 
cellentes , que vous m' avez fait faire sur 
une infinite de mes pièces, et vous aug- 
menterez l' obligation que vous ai , en me 

par- 



Inedite." i/^'5 

parlant sincerement sur ce nouveau me- 
moire . 

L' italien de madame Duboccage est si 
fran^ais que je n'en ai pas perdu un mot. 
Elle me fait bien de l'honneur d'augmen- 
ter mes titres . On est généralement de l' 
opinion que les princes Allemands n* en 
sauroient jamais assez avoir. Je me flatte 
que vótre rhume n'étant pas de Cithèr© 
passera bientót, et que le Cigne de Pa- 
doue chantera encore longues années avant 
que de mourir. 




^44 Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
LXI. 

à Berlin ce i3 de Février lySo. 
SIRE 

Je viens de relire le mèmoire sur les loix: 
il m' a serablé tei qu' à la premiere lectu- 
re; e' est à dire plein d'érudition et d'es- 
prit; et qui plus est, de raison et d'huma- 
nité . L' éxemple des grands hommes qui 
ent échoué en traitant des loix dans de 
gros volumes, et celui d'un législateur qui 
va au but en fort peu de pages, prouve 
bien la vérité de ce qu'on a dit : heureux 
les arts , s' il n'y avoit que les artistes qui 
en jugeassent . Je félicite , Sire , l' Acadé- 
mie dont les rnémoires seront enrichis par 
un morceau aussi précieux . Voila , Sire , 
les reraarques que fait faire une pareille 
lecture , qui m' a comblé de reconnoisance 
autant que d' admiration. 



Inedite. i^S 

DEL MEDESIMO 
LXII. 

à Berlin ce z de Mai lySo. 
SIRE 



fj ai r honneur d' envoyer à V. M. dome 
boutargues que j' ai refues de Veiiise : et 
je prends la liberto d' envoyer en méme 
tems à V. M. un écrit que je ne voudrois 
pas qu' elle jugeat digne d' envelopper ces 
mémes boutargues. C est la lettre qui est 
devant le Cesar de m. de Voltaire refon- 
due et telle que.je voudrois qu'on la réim- 
priraat à la première édition de ses oeu- 
vres. Il y est parie du théatre fran^ais, 
et si V. M. qui mérite une des premières 
places sur le Parnasse de cette nation trou- 
voit que ce que je dis de leur théatre est 
juste , couvert de son egide , je ne crain- 
drai aucune critique , l' abbé Desfontaines 
revint-il en vie. 

C est peut-étre téméraire à moi , Sire, 
To: XV. K d'oser 



i46 Lettere 

d'oser interrompre le tems préciéux eie 
V. M. par de semblables bagatelles : mais 
elle a souvent la bozité de dcbcendre jus- 
qu'à nous, et je puis par là rendre com- 
pte d' une certaine fagon à V. M. de la 
, maniere dont j' employe mon tems à Ber- 
lin . Je fais des alternatives; des éxercices 
du corps et de ceux de l'esprit, et pria* 
cipalement du manége à l' étude . V. M. 
va rire ; mais Boerahave, ce grand docteur, 
alla au manége à 60 ans : et après une 
telle autorité , y allant par les mémes rai- 
sons , je ne fais point diffìculté d' y aller 
à l'age de 3y ans; et en effet, Sire, il se- 
roit trop ridicule , si montant à cheval 
pour donner du jeu au sang dans les anas- 
tomoses des vaisseaux capillaires , on allat 
se casser les vertebres du col. Le ma- 
tin depuis dix heures jusqn'a midi, et le 
soir depuis neuf jusqu'à minuit je travaille 
à des lettres qui roulent cu sur quelques 
matieres philosophiques, ou sur la poesie ou 
sur la peinture et les beaux arts ; et j' en 
ai bien une vingtaine de prétes . Ce sont 
des lettres à la posterité, autant que des 
lettres à des amis : et si jamais elles sonc 

jea- 



Inedite. i/^j 

^endues à leur adresse, ce qui me fait le 
plus grand plaisir, Sire, e' est qu'on y li- 
ra le nom de V. M. qu'on ne sauroit pas 
plus taire en parlant de sciences et de 
beaux arts, qu' en parlant de guerre et de 
politique. Elles prouveront autant que ines 
dialogues que j'ai eu le bonheur de voir 
V. M. et que j*ai su la voir. 

• 0*0*0*0*0*0*0*0 •*o*o*o*o* 

DEL RE. 

LXIII. 

à Potzdam ce 5 de Mai ijSo, 

O ai bien recu vótre lettre du s- de ce 
Tnois , et je vous.remercie du présent que 
vous me faites de douze boutargues de Ve- 
li ise . Je suis egalenierit sensible à l'atten- 
tion que vous me marquez en m'envoyant 
vótre lettre sur le Cesar de Voltaire . Ce 
xnorceau aura sans doute l' approbation de 
tout le monde puisqu'il est de vótre gout. 
Sur ce je prie Dìeu qu' il vou& ait en sa 
sainte et digne garde . 

K 2 



i43 L E T T E R K 

DEL CONTE 

ALGAKOTTI 
LXIV. 

à Potzdam ce 19 de Févner ijS^. 
SIRE 

Voici une lettre du Pape (1) que je viens 
de recevoir, et que j'ai l'honneur d'envoyer 
à V, M. Je suis bien sur, Sire, que V. M. 
entendra aussi bien la prose du Sainl-Père, 
qu'elle entend les vers de Metastasi©. Les 
sentimens remplis d' admiration , qu' il a 
pour V. M. il les a de commun avec tous 
les fidelles et les infidelles aussi , et l' on 
n'attaquera jamais son infaillibilité de ce 
coté- là. Les soins paternels qu' il a pour 
les catholiques sujets de V. M. et qu' il 
recoramende à sa protection, doivent étre 

bien 

(i) La lettera di Benedetto XIV. che qui 
si accenna, si trova stampata nel Voi. XJII. 
pag. 265 di questa edizione . 



Inedite. 149 

bien remplis par les graces dont V- M. 
comble ces mémes catholiques . J' eus oc- 
casion, Sire, dans mon dernier voyage en 
Italie d'en faire un detail exact au cardi- 
nal Doria legat de Boiilogne , qiii me Rt 
plusieurs (juestions là-dessus, et me fìt voir 
une longue lettre qu' il avoit recue ces 
jours-Ià du Pape, dout une partie rouloit 
sur r église catholique de Berlin . Ce que 
dit le S. P. dans la lettre que ] ai 1' hoa- 
neur d* envoyer à V. M. n' est sans doute 
que l'effet d'un zèle qui deraande à V. M. 
la continuation de ses graces et de ses 
bienfaits . 

Je prends , Sire, cette occasion pour de- 
mander à V. M. la permission d'aller pas- 
ser quelques jours à Berlin , et suìs avec 
le plus profond respect. 



• 0*0*0* 

*0*0* 

•O* 



K 3 



l5o Li E T T E R E 

DEL RE. 

L X V. 

à Potzdam ce zo de Février lySi. 

J e vous renvoie la lettre da Pape , et je 
vous suis tout à fait obligé tlu soin que 
vous avez pris de m' en rendre compte . 
Je suis charme de voir l' estime qu' il fait 
de vótre personne , et de vos oiivrages . 
Quoìque /e sente combien je suis éloigné 
de mériter les choses ilatteuses que ce 
prince vous dit pour raoi , je n' en suis 
pas moins vivement sensible au bonheur 
d'avoir quelque part dans son souvenir, et 
dan5 son attention . Vous savez la manie- 
re dont je pansé sur ce qui interesse ce 
grand homme, et combien j'admire en lui 
ces qualités éminentes qui nous retracent 
tout ce qu' on a venere le plus dans les 
Athanases , les Cirilles , les Augustins, et 
tous ces hommes célébres qui réunissoient 
à la fois les talens les plus distingués de 
l'esprit, et les vertus les plus dignes du 

Pon- 



ì N E O I T £ . ibi 

Pontiflcat. Vous pouvez mieux qu'un au- 
tre étre le garant de mon adiniration et 
de mes sentimens pour le Saint -Pére, et 
de la facon dont les catholiques sont non 
seulement tolerés, mais méme protegés dans 
mes états . Je permets bien volontiers que 
vous le fassiez connoitre à Rome quand 1' 
occasion s' en presenterà . Je trouve bon 
aussi que vous alliez à Berlin pour quel- 
ques jours suivant la perni ission que vous 
ni' en demandez , et sur ce je prie Dieu 
qu'il vous ait en sa sainte et digno garde . 




K 4 



i5it Lettere 

DEL CONTE 

A L G A R O T T I 
LXVl. 

à Berlin ce 19 de Avril iy5i. 
SIRE 

Xar la lettre que j'ai l'honneur d'envoj'er. 
Sire, à V. M. elle verrà l'usage que j'ai 
fait de la permission que V. M. me don- 
na de faire savoir ses sentimens au Pape : 
et la joye dont il en a été pénétré. V. M. 
lui a mis du beaume dans le sang : et si 
les protestans , Sire , doivent à V. M. la 
conservation de leurs droits et de leurs li- 
bertés ; les catholiques devroiit à V. M. la 
prolongation des jours du Saint -Pére. 



*o*o* 



Inedite. i53 

DEL MEDESIMO 
hXYll. 

à Potzdain* ce 4 Aoiit l'jSi. 

SIRE 

Oelon les ordresde V. M. j'ai écrit, Si- 
re, pour le palais Pitti, et pour le nou- 
veau Palladio qu'ou imprime à Venise: et 
j" espere que V. M. voudra faire aux archi- 
tectes de Venise le méme honneur qu'^el- 
le a falt à ceux de Piome et de Versailles, 
de naturaliser, pour ainsi dire, quelques 
unes de leurs productions , et de les en- 
treméler aux sieunes . Potzdam va devenir 
une école d'architecture , autant qu' il est 
une école de guerre. C est ainsi que le 
champ de Mars étoit orné d' édifices su- 
perbes , et que des guerriera poudreux se 
mettoient à P ombre d' un portique qui 
étoit en niénie tems dessiné par un appren- 
tif A23ollodore . Je supplie V. M. de trou- 
ver bon que ) aille pour quelques jours à 
Berlin . 



i54 Lettere 

DEL RE. 
LXVIII. 

à Potzdam ce 6 de Aoìlt 1751. 

J ai recu vótre lettre du 4 <le ce mois. 
Je trouve fort bon que vous fassiez venir 
de Rome les desseins du palais Pitti , et 
de Venise le nouveau Palladio j e' est un 
soin dont /e vous suis obligé. Je piacerai 
volontiers ces ouvrages dans ma bibliothe- 
que . Tout ce qui est boa a chez mot 
droit de bourgeoisie, et vous savez que je 
n' ai là dessus de préjugés ni pour les 
pays , ni pour les auteurs . Vous pouvez 
au reste demeurer quelques jours à Berlin 
suivant la permission que vous m' en de- 
mandez . Sur ce je prie Dieu qu* il vous 
«it en sa saiate et digne garde . 



Inkoitk. i5S 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
LXIX. 

à Berlin ce i3 de Decemhre lySi. 
SIRE 

-Lar la lettre cy-jointe ^ue j'ai l'honneur 
d'envoyer à V. M. elle verrà comme le 
cardinal Querini va nous envoyer 5oo du- 
cats d'or pour nótre église, et comme il 
espere que ce bel exemple sera suivi par 
les cardinaux ses confreres , et par le Pa- 
pe .méme. 11 a pris l'aFfaire si fort à coeur 
qii' il semble n'avoir que cette pensée ea 
téte : ce qui me feroit presque bien augu- 
rer du succès. V. M. verrà dans la méine 
lettre l'envie qu'il a de présenter à V. M. 
deux de ses médailles, et de les accompa- 
gnar d'une lettre. Il me demande mon 
avis la dessus ; et roon avis ne sera que 
conforme aux ordres de Y. M. J'ai re^i, 
en méme tems. Sire, une lettre d' Angle- 
terre , 



i56 Lettere 

terre, par la quelle oq in© raande qu' oa 
doit avoir envoyé à V. M. les thermes de 
Palladio, le palais de Chiswik, et la sale 
egyptienne bàtie en York, que j' avois de- 
Ttiandés à ruylord Burlington pour V. M. 
j' espere que V. M. les aura recus , ainsi 
qu' un petit chien extrémement joli que 
m. de Villiers a envoyé à V. M. dès le 
printems passe . M. de Villiers , Sire , se 
met aux pieds de V. M. et ajoute ces mots 
qui ne sauroient étre affoiblis par la tra- 
duction. To express what I feel would he 
almost as difficult as to return the obli- 
gation : et voila cornine V. M. a fait des 
conquétes en Angleterre supérieures à cel- 
les de Cesar. 



•o*o*o*o* 

• 0*0*0* 

*o*o* 

•o* 



Inedite. iSy 

DEL RE. 
LXX. 

à Berlin ce iS de Decembre ijSi. 

O ai bien regu vòtre lettre du i3 de ce 
mois. Je vous sais gre de l'avis que vous 
m' avez donne de la gi^nérosité du cardi- 
nal Querini ; et lea voeux qua vous for- 
mez pour qu' elle soit imitée par ses col- 
legues sont une preuve de 1' intérét que 
vous prenez k V élévation de vòtre église . 
Quant à la lettre du cardinal Querini que 
vous m'annoncez, et que je vous renvoie 
ci -dose, je laisse le cardinal le maitre de 
faire la dessus toUt ce qu'il croira lui con- 
venir. Je suis tout à fait sensible aux té- 
moignages de dévouement de la deVilliers, 
et vous me ferez plaisir de le lui faire con- 
noitre. Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait 
e» sa sainte garde . 



*58 LETTEne 

l> E L CONTE 

ALGAROTTI 
LXXI. 

à Berlin ce 6 de Février^ ijSz. 
SIRE 

O e prends la liberté d' envoyer à V. M. 
une lettre du m.i" Grimaldi ministr© d' 
Espagne à Stockolm. V. M. y verrà la no- 
ble ambition d'un homme qui s'est acquis 
de la réputation panni les savans , et qui 
voudroit l'augmenter. C est m. Bonamici 
qui a écrit la campagne de Velletri , de 
rebus ad Telitras gestis , et trois livres de 
hello Italico . Il voudroit à présent , Sire , 
remonter jusqu' à la mott de Charles VI. 
et donner , soiis les auspices de Y. M. 1' 
histoire generale de la dernière guerre . 
Les connoisseurs assurent que son histoi- 
re ressemble quant au style aux comnien- 
taires de Cesar : et V. M. rendroit la res- 
semblance bien plus parfaite , s' il avoit le 

boa- 



Inedite. iB^ 

bonheur d* éxécuter son projet . J' attends , 
Sire , les ordres de V. M. pour faire ré- 
ponse au m.i" de Grimaldi. 

* o * ^^ o *• cb * o * o ♦ o * o * o * o ♦ o * o * 

DEL RE. 

LXXII. 



J ai recu deux des vos lettres , de la boù- 
targue , des truffes, et des dédicaces de 
livres . Je vous remercie des boutargues 
qui fctoient admirables; les truffes ont pa- 
rti aux coniToisseurs semblables aux nótres; 
et quant aux dédioaces il depend d' un 
chacun de me dédier des livres ou de ne 
les point dédier. Je ne connois point l'au- 
teur; et je crois que s' il s'adressoit au 
cardinal Querini , son epitre dédicatoire 
seroit renue avec plus d'empressement. Je 
vous avoue que je suis fort indifférent sur 
ce petit sujet de vanite , et que j' aime 
niieux vous voir ici, que de lire la dédi- 
cace la plus louangere . 



a6o Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
LXXIII. 

à Potzdam ce 1 1 de Avnl i ySa. 
SIRE 

J ai l'honneur d'envoyer à V. M. le plaa 
de la maison de m. Wade, que m. Vil- 
liers vient de in' envoyer . Mylord Bur- 
lington me mande, Sire, qu' il a fait re- 
mettre à m. Michel secrétaire de V. M. 
à Londres le livre des Thermos de Palla- 
dio , et d' autres differents plans d' archite- 
cture, et je ne doute pas, Sire, que V. M. 
ne les ait incessamment . M. de Mauper- 
tuis me mande que malgré la belle saisoa 
il n'y a aucun changement en bien tou- 
chant sa sante . Il souhaiteroit que je fis- 
se un tour à Berlin; et j' espere que V. M. 
voudra bien que j'y aille voir un homme 
dont la cendre seroit honorée des larmes 
de V. M. 

Si 



Inedite. i6i 

Si V. M. daignoit réfléchir pendant 3 
ou 4 minutes sur le sujet de l' operetta , 
nous serions sùrs , Sire , d' avoir deux heu- 
res d'un spectacle charmant. Je prendrois 
avec moi le canevas, et je ferois de mon 
inieux , Sire , pour que le poéte remplisse 
les vùes de V. M. , et que sa viole se 
monte au ton de la lyre. Je suis avec le 
plus profond réspect. 



DEL RE. 

LXXIV. 



S- 



i vous parlez à Maupertuis je vous prie 
de lui dire qu' il ne boive point de caffè, 
point de liqueurs, et qu' il s'assujetisse aux 
loix d' Hippocrate ; car après tout il faut 
guérir ou raourir dans les régles . Quant 
au canevas de l' operetta je verrai demain 
après -midi comme nous pourrons l' arran- 
ger : je vous remercie des desseins que 
vous me procurez d' Aagleterre ; on ine 
luande que le tout est en chemin. 

Tom. XV^. L 



iC2 Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
LXXV. 

à Potzdam ce 8 de Mai ijSz. 
SIRE 

Voici une lettre du cardinal Querini, et 
les médailles que vous avez bien vaulu , 
Sire , lui permettre de presentar à V. M. 
Il est allume de zéle pour nótre église 
catholique, et un mot de V. M. seroit 
une flararae celeste qui l'embraseroit tout à 
fait . Je vois , Sire , le dehors de nótre 
église achevé de sa facon, pourvu qu'oa 
grave dans la frise de l'entablement de la 
facade : A. 31. C. Qiierimis inchoatum per- 
fecity ou quelque pareille quittance pour 
son argent . 

Mon admiration et ma reconnoissance , 
Sire , augmentent à proportion que je relis 
l'ouvrage immortel dont V. M. a daignó 
me faire part. C'est bien V. M. qui pou- 

voit 



Inedite. iG3 

voit prendre pour devise : omne tulit pun» 
ctmn qui miscuit utile dulci. C est Miner- 
ve qui chante sur la lyre d' ApoUon ; ce 
sont les le9ons de la plus profonde philo- 
Sophie emraiellées par les charmes des plus 
beaux vers . Quantité de ces beaux vers se- 
ront retenus sans doute par ceux qui ont 
le bonheur de les lire: mais ne leur sera-t- 
il pas pm'mis de les redire aux autres? ne 
leur seroit - il pas permis de citer ce qui 
inerite tant de l'étre? Je demando cetle 
grace à V. M. : quelques gouttes de ce beau- 
me précieux poiir faire durer mes foibles 
écrits . 



■*0*0*0"*r 

• 0*0* 



L 2 



i64 Lettere 

DEL RE. 
LXXVI. 

à Pòtzdam ce z^ de Septembre l'jSz, 

J e vous envoie ci-jointe une réponse de 
ma part à la lettre clu cardinal- Querini 
que vous m'avez fait tenir. Vous pourrez 
la lui envoyer, et le remercier encore eri 
méme tems de sa générosité et des senti- 
inens qu' il veut bien me témoigner. Si ce 
cardinal Querini n' est pas le premier car- 
dinal de l'univers, l' auteur le meilleur à 
lire, le savant le plus agrèable à fréquen- 
ter, il est toutefois un ben diable à qui 
l'amour propre, et le desir de l'iramortali- 
té font faire des actions charitables et uti- 
les au genre humain. Sur ce je prie Dieu 
qu' il vous ait en sa sainte et digne garde* 



•o* 



Inedite. i65 

DEL RE. 
LXXVII. 

Vyuoique je ne voie pas trop quelles af- 
faires pressantes vous pouvez avoir chez 
vous, cependant je ne vous empéche point 
de faire le voyage d' Italie . Vous pourriez 
partir au mois de février, et revenir à ce- 
lai d'octobre lySS. y voir le cardinal Que- 
rini , arranger vos affaires , passer à Hercu- 
lanum , ou bien où il vous plaira , revoir 
les lieux où Ciceron harangua, où écrivit 
Virgile , où soupira Tibulle , où rampa 
Ovide , et où des fainéans tonsurés don- 
nent à présent des béncdictions , aux quel- 
les on ne croit guére . 



•0*o*0* 



jG6 Letteiie 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
LXXVIII. 

à Leipsik ce y de Février iy53. 
SIRE 

'_je que V. M. jn' avoit prédit touchant 
les mauvais chemins ne s' est vériflé que 
trop . M. Greberi qui m' a joint à Dessau 
aura conte à V. M. une partie des acci- 
dens qui me sont arrivés en chemin . Ver- 
sar, casser la volture, étre i4 heures à 
faire trois milles cherchunt les chemins 
sous les neiges , ont été les suites du vo- 
yage : étant arri ve liier au soir après des 
peines infinies , avec un mal de gorge et 
un peu de fievre ; on m' a annoncé qu' il 
me seroit impossible d' avancer du coté de 
Cobourg. Les roues de devant de mon ca- 
rosse étant trop basses je n' aurois jamais 
pu faire chemin à travers les neiges qui 
étoient plus fortes que jamais : qu' en tral- 

nau 



Inedite. i6f 

tìàù Oli ne pouvoic pas aller : que la poste 
ordinaire avoit retardé plus eie douze heii- 
Ines inalgré la hautem- dcs roues de leurs 
chariots ; et que si les neiges vcnoient à 
se fondre j'aurois été obligé de rester dans 
queìque miserable village quatre cu clnq 
jours : fìiialement que la seule route qui 
ine restoit à prendre pour aller en Italie, 
qupique très longue , étoit celle de Dres- 
den de Prague et de Viexine , oiì les che- 
Jiiins étoicnt battus , et oìi je n' avois rieii 
à craindre des eaux . Aprés bien dcs con- 
sultations j'ai pris le seul parti qui me re- 
stoit à prendre , et je suis ai'rivé il y a 
un quart d' heure à Leipsik. J'ai cru de 
mon devoir, Sire, d' avertir de tout cela 
\. M. et quoique nion changement de 
route (koit une chose nécessaire , d' en at- 
tendre l' agrément de V. M. 



•o*o-*o* 



L 4 



i68 Lettere 

DEL RE. 

LXXIX. 

>^i vous ne pouvez pas passer par Cobourg, 
il vous convient sans doute mieux de pren- 
dre le chemin de Vienne , et je m' y op- 
pose d'autant moins, que je suis persuade 
que je n' ai rien à appréhender de vótrs 
part, et que vous agirez envers moi en 
honnéte homme . J' ai oublié de vous dire 
que si vous allez à Rome il convient d© 
faire au Pape un compliment très-poli de 
ma part, et de lui recommander nófre 
Eglise de Berlin . Quand vous serez arrivé 
en Italie, écrivez-moi, s' il vous plait, et 
inandez-moi de Venise ce qu'on y dit dui 
Ture . Adieu , je vous souhaite un plus 
heureux voyage que vous ne l' avez eu 
jusqu' à present . 



Ineòite. ib^ 

LXXX. 

à Potzdam ce zS de Mars 17 53. 

J ai recu avec plaisir la lettre que vous m' 
avez écrite. Donnez-moi de tems en tems 
de vos nouvelles . Parlez - raoi des specta- 
cles , et des nouveautez que vous remat- 
querez dans ce pays fertile en génies in- 
ventifs. Envoycz-moi la boutargue quand 
vous pourrez. Je serai toujours charme de 
vous donner des raarques de ma prote- 
ctìon, et de ma bienveiilance ; et sur ce 
je prie Dieu qu' il vous ait en sa sainte 
garde . 

Si vous allez à Herculanum , tachez , s' 
il se peut, de m'en apporter quelque bloc 
de marbré , comme les Juifs qui rovien- 
nent de la Palestine apportent de la terre 
où étoit leur tempie à leurs confreres. 






1/0 Lettere 

LXXXI. 

J e vous remercie de la belle musique que 
vous m'avez envoyée. A" l' entendre j' au- 
ra! cru que depuis Vinci, et Hasse , les 
Huns et les Gépides auroient ravagé la 
Lombardie , et en la détruisant y auroient 
porte leur gout bizarre , et barbare . On 
pourroit appliquer à vos coinpositeurs le 
mot de Waldsterchel , tu fais des notes 
sans faire de la musique. Je crains plus 
que jamais pour vótre sante depuis que je 
vous sais dans une université de méde- 
cins . Il faut qu' ils entendent bien mal 
leur métier s' il ne s' en trouve pas un d' 
assez adroit pour vous dépécher là bas. Je 
sens tous les jours aveo les progrès de 1' 
age augmenter mon incredulité pour les 
historiens , théologiens , et médecins . Il 
n'y a que peu de vérités connues dans le 
monde, nous les clierchons, et chemin fai- 
sant nous nous contentons des fables qu'on 
nous foi'ge , et de V eloquence des charla- 
tans. Vous n' allez dono point à Hercula- 
nuui . J' en suis fàché; e' est le phénome- 

ne 



Inedite. lyi 

ne eie nòtre siede; et si de si fortes en- 
traves ne me retenoient pas ici , je ferois 
5oo lieues pour voir une ville antique re- 
suscitée dessous les cendres du Vesuve. Je 
vous remercie des épreuves de marbres 
que j" ai bieii regues . Il m' en est venii 
une si bonne provision d' Italie ; si ce- 
pendant vous vouliez me commander delle 
agate gialle di colori diversi des morceaux 
assez grands pour faire a grandes tables, 
et a grandes cheminées , vous ine feriez 
plaisir . Adieu , Cigno de Padoue , éléve 
harnionieux du Cigno de Mantoue, j' espé- 
re de vous revoir ici au mois d' octobre 
en dépit de la faculté et de vos assassins. 






173 Lettere 

/ LXXXII. 

Vous ne trouverez pas étrange, nion cher 
Algarotti, que je me séparé de la confrai- 
rie des poétes , depuis qu' il se trouve de 
si grands faquins parrai eux . J' ai fait les 
poésies que je vous ai données pour m 
amuser . Cela n' etoit bon que pour cet 
obj'et; mais je ne veux ni étre lu, ni étre 
transcrit . Raphael doit étre copie , Phidias 
imité , Virgile lu . Pour moi je dois étre 
ignoré . Il en est de mes ouvrages comme 
de la musique des dilettanti. On doit se 
rendre justice, et ne pas sortir de sa sphè- 
re . Je connois la mienne qui est assez 
étroite , et je me ressouviens de la Sale 
qui après avoir più à Londres , fut sifflée 
depuis qu' elle s' avisa de dauser habillée 
en homme . Je souhaite que 1' Italie vous 
ennuye au point de vous la faire quitter 
bientòt . Vous voyez que les médecins de 
Padoue ont le sort de tous les autres de 
l'Europe. Si vos opéras sont mauvais, vous 
en trouverez ici un nouveau qui peut-étre 
ne les surpassera pas . C est Montézuma . 

J' ai 



Inedite. 175 

J' ai choisi ce sujet, et je l'acommode à 
présent. Yous sentez bien que je m'inte- 
resserai pour Montézuma, que Cortes sera 
le tiran , et que par consequent 011 pour- 
ra làcher en musique méme , quelque lar- 
don contre la barbarie de la r. e. Mais 
j" oublie que vous étes dans un pays d' In- 
quisition ; je vous en fais mes excuses , et 
j' espére de vous revoir bientòt dans un 
pays hérétique , oìi 1' opera mème peut ser- 
vir à refornier les moeurs, et à détruire la 
superstitioii . 




174 Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
LXXXIII. 

à Padoìie ce 12 de Nov. lySS. 
SIRE 

J_-ia lettre dont V. M. m' a honoré der- 
nièrenieiit ma encore tiouvé à Padoue , 
sur le point de faire un petit voyage pour 
essayer mes forces . J' ai été à Vicence où 
j" ai vu ce que j' espére bientòt revoir à 
Potzdam . Mais à peine ai - je donne un 
coup d' oeil à Palladio qu'il m' a fallu gar- 
der la chambre pendant deux jours . Le 
peu de nourriture qu'il me faut prendre, 
m^e rend extrémement sensible" à tonte sor- 
te d'intemperie d'air. Je n' écoute pas les 
médecins , Sire , surtout lorsqu' ils me ré- 
pétent qu' il faudroit absolument passer 1' 
hiver en Italie . Je me flatte d' étre en état 
de partir pendant le froid , lorsque les 
£bres ont plus de ton , et seront en état 

de 



Inedite. iya 

de soutenir la fatigue d' un long voyage . 
Je suis bien charme , Sire , que V. M. ait 
clioisi pour son opera le sujet de Monte- 
zuina. La difference des habits entre les 
Espagnols et les Americains , la nouveauté 
des décorations feront sans doute un spe- 
ctacle charmant : et je suis bien sur que 
graces à V. M. l'Aciierique fournira de nou- 
veaux plaisirs à nótre àme , ainsi qu' elle 
fournit de la matiere à nótre liixe , et des 
agrémens à nótre palais- 

Je dois, Sire, obéir aveuglement à V. M. 
sur ce qu' elle m' ordonne touchant ses 
vers . Mais quel beau champ n'auroit-on 
pas , Sire , s' il étoit permis de lui faire 
des représentations ? 

— - - Panini sepaitce distat inertice 
Celata virtus : 

Pourroit-on lui dire. Pourquoi , Sire, Oli- 
vier le plaisir d' adniirer le plus rare poè- 
te qui au milieu des plus grandes aflaires : 

Monta sur l' Hélicon sur les pas du plaisir: 

et y fait raonter sur les mémes pas les 
élus qu' il a bien voulu choisir pour ses 

le- 



176 Lettere 

lecteurs . Je dois ea remercier d' autant 
plus V. M. qu' elle a bien daigné me raet- 
tie de ce nouibre . Mais j'avoue, Sire, 
que je ne suis pas si selfish, comme disent 
les Anglais, que je ne souhaitasse que tout 
le monde fut enchanté de ces vers que 
V. M. a éciit tandis qu'Apollon chantoit. 



DEL MEDESIMO 
LXXXIV. 

à Fenise ce 11 de Janvier 1 ^5^- 
SIRE 



D. 



*ans le tems que je me flattois d' otre 
en chemin pour me mettre aux pieds de 
V. M. me voila encore à Venise . La sai- 
son qu' il fait ici depuis 5 mois est des 
plus affreuses , et à Venise on ne volt pas 
plus le soleil qu' à Londres . Ma sante est 
encore dans un état qu' il y a bien plus 
d' apparence que je serois tombe malade 

en 



Inèdite. 1^7 

cn chemin , qu' il n'y en avoit du cler- 
nier voyage qiie je fìs. Si jamais , Sire, 
y ai connu ce que vaut la sante e' est par 
ce que me coute à présent le peu qui 
m'ea reste. Il est bien sur, Sire, que dans 
tei état que je soye , d'abord que le teuis 
comniencera à s'adoucir je me mettrai en 
cherain , et j' irai faire ma cour à V. M. 

Ci/in zepìiyris , si concedes, et hìrundine pritna . 

J' ai envoyé à V. M. quelques boutargiies 
qu' oa ma donne come d'une pàté très 
fine ; je me flalte qu' elles agréeront à 
V. M. et elle en aura toujours de la mé- 
me espèce . 

Les plaisirs du carnaval sont des plus 
maigres . Les opera ne sont ni à voir ni à 
entendre . On est bien éloigné ici d' étaler 
aux yeux le spectacle magnifique du nou- 
veau monde, ou de l' ancienne Rome, et 
de toucher le coeur par les actions d' un 
Sylla, ou par les aventures d'un Montezu- 
ma; on est toujours réduit à la ressource 
déjà usée de changer le théatre dans la 
boutique d'un miroitier. 

J'ai été encore dernierement passer quel- 
To: XV. M ques 



178 Lettere 

ques jours à mon infirmerie de Padoue , 
et n' ai assurement pas regretté la capita- 
le . Je vois assez souvent m. 1' ambassadeur 
de France qui est bien fait pour représen- 
ter la plus aiinable nation du monde . Il 
$e /latte , Sire , que la route où il est en- 
tré pourra le menar encore faire sa cour 
à V. M. Il a bien des titres pour vous ad- 
mirer, Sire, comnie ministre, cornine un 
des quarante , comme homme d' esprit . Je 
le verrois encore plus souvent s' il n'avoit 
pas un si bon cuisinier : il est triste que 
ma raison ait toujours k combattre des en» 
vies qui restent toujours à un estomac 
qui n' a plus la force de les satisfaire . 






Inedite. 179 

DEL RE. 
LXXXV. 

à Potzdam ce 9 de Février ì.'jS^. 

Je m'étonne que les médecins d'Italie, 
et r air natal ne vous aient pas encore 
guéri . Je comprens que les médecins sont 
les méines par tout. Tant que leur art ne 
sera pas perfectionné ils ne seront que les 
témoins des lualadres . 

J' ai vu à Berlin un corate , ou je ne 
sais quei, qui se nomme Menefolioj à nous 
autres Allemands il a paru fou , je ne sais 
ce qu' il paroìtra aux Italiens . Il truvailie 
depuis trois ans k une coinédie dont il 
est lui-méme le sujet priticipal. Il dort 
tout le jour , se leve à sept heures du 
niatin, et tiavaille sa comédie. Il dit (sans 
cependant en étre cru) que tout le mon- 
de vivoit à présent ainsi en Italie. Gom- 
me il défait , et refait sans cesse sa co- 
médie , elle aura le sort de l' ouvrage de 
Penèlope, et je crois que ce beau phé- 
liix du liiéatre ne sera pas représenté de 

M a si 



iSb Lettere 

si tòt. Formey a hi a l' académie les élo- 
ges de m. d'Arniin, et de Munichau, et 
r académie s'est opposée à leur impression. 
J'ai été curieux de les lire. Jamais il n'y 
a eu bavardage plus inepte, et plus plat. 
Formey a voulu avoir de l' esprit : il a 
faìt assaiit coutre la nature , et certaine- 
ment cela n'a pas tourné à son avantage. 
Le fou s' est dit raort à Colmar pour en- 
tendre ce qu'on diroit de lui. Je vous en« 
voie son épitaphe. 

Ci git le signeur Arouet 

Qui de friponner eut manie . 

Ce bel esprit toujours adroit 

N' oublia pas son. intéret 

En passant mème à l' autre vie. 

Lorsqu' il vit le sombre Achéron 
II chicana le prix du passage de l' onde , 

Si bien que brutal Caron 
D'un coup de pied au ventre applique sans facon 

Nous r a renvoyé dans ce monde . 

Je vois bien que je ne vous reverrai qu 
avec les cicognes , et les hirondelles , et 
je compte que vous aurez si bien arrangé 
Yos affaires en Italie, que vous ne serez 
plus obligé d'y retourner de si tòt. Adieu. 



Inedite. i81 

BEL CONTE 

AI. GAROTTl 
LXXXVI. 

à Venise ce 8 de Mai l'J^^t 
SIRE 

J e ne saurois remercier assez V. M. des 
vers dont elle a voulu me faire part . Ils 
sont extréineiiient plaisans et de main 'de 
maitre. Oserois-je dire à V. M. qu' elle 
auroit dù aussi me faire envoyer l' éloge 
que r abbé de Prades a lu à T académie ; 
je m' imagine qu' il sera à mettre à coté 
des éloges de m. Stili et Jourdan et à co 
té de ceux de Fontenelle . Je suis bien 
fàcile , Sire , que V. M. ait été à méme 
de faire un pareil honneur au pauvre Kno° 
beldorff . Je ne verrai plus un homme 
avec lequel j'avois été lié de tous tems 
par l'amitié et par l' estime. Il avoit bien 
du talent, et si c'étoit un philosophe scy* 
the, il n' lionoroit pas moins les vertus d' 
M 3 Ale- 



/ 

/ 

iSa Ijettere 

Alexandre. Je connois si biea m. le coni- 
te McnefoUo par lo portrait que V. M. eii 
fait, que je le ticns vu : et pour sa co- 
médie, je la tiens lue. V. M. a bien rai- 
son de ne pas croire 1' Italie faiie cornine 
lui. Helas ! Sixe , j'aurois bien voulu en 
apportar à V. M. une relation plus exa- 
cte ! mais il faudroit que celui qui con- 
noit si bien l'Europe qu' il iaiporte de con- 
noltre, et dont il fait une si grande par- 
tie, se contenta de la relation de Padoue, 
et d'un petit quartier de Venise . J'avoue, 
Sire, qu'il a été bien douloureux pour moi 
d'avoir été si long tenis éloigné de V. M, 
pour étre .confine à Padoue. Ce n' est pas 
un moindre sujet de chagrin pour inoi , 
Sire , de voir que je ne saurois sortir du 
regime et de la vie medicale sans tralner 
une vie languissante qui ét«int la parcelle 
du feu divin qui est en nous, et sans es- 
suyer de ces incommodités qui sont pis 
que les maladies: 

quid enim ! concurritur : ho/ ce 

Momento aut cita inors venit, aut Victoria Ixta . 
Quoique l' aisance entiere dont je jouis 
ici, et l'air natal commencent à me fai- 

r© 



Inedite. i83 

re ressentir quelque bénéfice, mori coeur 
vole aiix pieds de V. M. J' y serai bientòt 
moi méme , et seconderai ses raouvemens. 
"V. M. verrà elle méme et jugera mon 
état. Je crains bien , Sire, <jue Y. M. ne 
saura que faire d' un homme qui ne peut 
étre pour ainsi dire au ton des autres . Ce 
qui doit me consoier en toute chose , e* 
est que je suis attaché non pas à un hom- 
me roi , mais à un roi homme J comme 
a dit m. Chesterileld de V. M. 

J'attends toujours apròs les ordres dont 
V. M. vouloit me charger touchant les 
agathes ; et serai charme de savoir si les 
boutargues ont réussi , afin d' en comman- 
der et d' en avoir toujours de la mèra© 
espèce . 



*o*o*o* 



M 4 



>84 Lettere 

DEL RE. 
LXXXVII. 

à Potzdam ce 26 de Mai 1754. 

«J e ne sais quand je vous reverrai ici . Le 
tems conimence à s'adoucir, les alouettes 
à chanter , les grenouilles à croasser ; il 
ne manque que les hirondelles, et les ci- 
cognes; j' espére que vous arriverez en leur 
compagnie . Moa opera comique qui vient 
de débarquer, m'assure que vótre sante se 
remet , et que vous xì attendiez que la 
beau teras , Je crois que vos médecins do 
Padoue sont comme le docteur Balouard 
de la comédie , qu' ils parlent beaucoup , 
et guèrissent peu . C est peut - étre leur 
nombre qui nuit à vótre sante . Mauper- 
tuis va revenir, il a triomphé de son mal 
en dépit des médecins , et a fait manquer 
une grande reputation à quelqu' un qu' il 
eut voulu charger de sa cure . On dit ici 
que vous aurez bientót de nouveaux trou- 
t>les en Italie \ ce sont des discours de 

l'ar- 



Inedite. i85 

l'arbre de Cracovie . Je ne m' ^tonnerois 
cependant pas qu' on se disputàt la posses- 
sion de ce beau pays . Si j" avois été de 
Charlemagne , au lieu de m'amuser à con- 
querir des paiens d' en deca l'Elbe, j'au- 
rois établi inon empire à Rome. Peut ètre 
serions-nous encore paiens de cette affai- 
re ; mais le malheur ne seroit pas grand , 
et on pourroit plaisanter sur Jupiter et 

Venus plus joliment que sur m... et j 

Yótre confrere en Belzebuth s' est brouil- 
le à Colmar avec les Jésuites - Ce n' est 
pas r action la plus prudente de sa vie . 
On dit qu'on pourra l' obliger à abando- 
ner l'Alsace. Il est étonnant que l'age ne 
corrige point de la folie , et que cet hom- 
me si estiraable par les talens de 1' esprit 
soit si méprisable par sa conduite . Il y a 
ici un chevalier macon venu de France 
qui paroit aussi sensé que nombre de ses 
corapatriotes qui l' ont précède m' on paru 
fous . Il est lettre , et semble avoir du 
fonds ; je ne le connois pas assez pour en 
juger avec certitude . Mon opera attend 
vótre retour ; vous lui servirez de Lucine 
pour que les s." Taillez et Gui en accou- 

chent 



iS6 Lettere 

chent heureusement . J' y ai mis tonte la 
chaleur dont je suis capable ; mais la cha- 
ieur de nous autres auteurs septentrionaux 
ne passeroit que pour giace en Italie . 
Adieu. Je compre que ce sera la dernière 
lettre que je vous écrirai , cu je prendrai 
vos mois pour des mois prophétiques du 
grand prophete Daniel .' 



DEL CONTE 

ALGAROTTI 
LXXXVIIT. 

à Penìse ce 12 de Juin ijB^. 
SIRE 

ti ai fait après Pàques uue petite tournée 
à Verone pour me remettre en train de vo- 
yager. Je comptois. Sire, aller au lac de 
Garda qui dans la belle saison est l' en- 
droit le plus délicieux de l' état de Veni- 
se : mais la saison étant encore trop rude, 

j'ai 



Inedite. 187 

J'ai été k Mantoue, revoir les bàtimens 
de Jules Roraain dont je pourrai apporter 
à V. M. quelqu' esquisse : et de là j'ai étó 
à Parme où j'ai vu le Correge, et n' ai 
point vu r Infant qui étoit à la chasse . 
Au retour de rnou petit voyage j'ai trou- 
vé k Padoue la lettre dont V. M. in ho- 
nore. Je suis charme d'entendre que Mau- 
pertuis jouisse d'une janté parfaite. Il me 
mande que les turbots et les soles de s. 
Malo r ont tout à fait rerais . II est bien 
heureux tandis que moi j'ai toujours de 
la peine à digérer les poulets : et je me 
vois exclus de la bonne chere et presque 
de la bonne compagnie. Les nouvelles qui 
occupent le plus ici sont nos différens 
avec la république de Génes qui seront 
sans doute terminés à l'amiable: et la né- 
gociation de m. de Lowendal pour entrer 
au service des vénitiens. L'opera de V. M. 
attend inon retour sans doute pour avoir 
un admirateur de plus. 

Quaiit à moi j' attends à tout moment 
des nouvelles précises touchant la qualité 
des chemins, et la hauteur cles eaux qui 
sont maintenant débordées par la fon^e su- 
bite 



i88 Lettere 

bite des neiges qu' il a fait, poiir me dé- 
terminer si ;e prendrai le chemin du Ti- 
rol ou de Vienne . Celai que jc croirai 
me mener le plustót aux pieds de V. M. 
est certainement celui que je croirai le 
meilleur, et que je choisirai. 

*o* 0*0*0*0*0* 0*0*0* o*o*o* 

DEL RE. 

LXXXIX. 

à Potzdain ce 3o de Juillet lyS^' 

J ai re9U vótre lettre par la quelle vous 
me marquez que vótre inauvaise sante vous 
oblige de ine deraander vótre congé . C 
est pour la seconde fois que je vous l'ac- 
corde . J' aurois cru que vótre air natal 
vous auroit mieux traité , et qu' il ne vous 
auroit pas fait perdre vótre sante qui me 
parut très bonne lorsque vous partites d' 
ici . Je souhaite qu' il repare le mal qu' il 
vous a fait, et sur ce je prie Dieu qu' il 
vous ait en sa sainte et digne garde . 



Inedite. iSg 

DEL CONTE 

ALGA ROTTI 
XC. 

à Tènise ce zy de Jiiillet lySS. 
SIRE 

Je me crois en devoir, Sire, de me met- 
tre aux pieds de V. M. à l' occasion de 1' 
arrivée et du départ de ce pays-ci de 
S. A. R, madame la Margrave de Bareith . 
Dans le séjour extrémeraent court qu' elle 
a fait à Venise le gouvernement s' est ex- 
tréraement empressé de lui rendre toute 
sorte d' honneurs . Ou alloit des honneurs 
passer aux fètes , si S. A. R. avoit pu ac- 
corder encore quelques jours aux empres- 
seraens du gouvernement . On auroit vou- 
lu , Sire , féter de méme que 1' on a ho- 
noré dans la personne de S. A. R. la soewr 
du plus grand des rois . 



IQO Lettera 

DEL RE. 

XCI. 

à Potzdam ce ig de Aoiit lySS. 

J e vous reraercie des nouvelles que vous 
me donnez à 1' occasion du passage de ma 
soeur madame la Margrave de Bareith par 
Venise . La politesse de vos compatriotes 
m' étoit connue , et vous seul auriez bien 
suffì pour m' en donner l' idée que je dois 
en avoir. Je conserve toujours pour vous 
le& inémes senlimens d' estime , et de bien- 
veillance que je vous témoignois lorsque 
vous étiez ici ; et sur ce je prie Dieu qu' 
il vous ait en sa sainte et digne garde . 






Inedite. 191 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
XCJI. 

à T^enise ce z'G de ^vril iy55. 
SIRE 

JLie livre que j'ai l'Iionneur de présenter 
à V. M. ne contient qu' une esquisse des 
sentiraens d' admirations enveis V. M. qui 
seront toujours présens à inon esprit com- 
me ceux de la reconnoissance seront tou- 
jours grav<58 dans mon coeur : et si ce li- 
vre avoit le bonlieur d' étre approuvé par 
V. M. n.]' oserois me flatter que non seule- 
ment il rendroit témoignage de mes sen- 
tirnens au public , mai* méme à la posté- 

rité. 

\ 



19* Lettere 

DEL RE. 

xeni. 

à Potzdam ce i5 de Nov. l'jSS. 

J e n'ai regu vótre lettre, quoique datée 
clu raois d' avril , que depuis fort peu de 
jours . Je vous remercie avant d' avoir lu 
vótre ouvrage; e' est pourquoi je ne vous 
en dirai rien . J'ai été pourtant trop à por- 
tee de vous connoitre pour que je ne pus- 
se pas déjà en porter un jugement qui ne 
s' éloigneroit guère de la verité . J' ai au 
reste toujours les mémes sentiaiens à vó- 
tre égard ; et sur ce je prie Dieu qu' il 
vous ait en sa sainte et digne garde . 






Inedite. igS 

DEL CONTE 

ALGAROTTl 
XGIV. 

à Boulogne ce 26 de Octobre lySG. 
SIRE 

3r-at-on vù Ip dShiiei paroJtre aux champs de Mars? 

V ótre M. peut avec raison répéter ce 
beau ver*, et vos ennemis, doivent bien 
se mordre les doigts de vous avo ir force 
à paroitre. L'entreprise de V. M. (1) étoit 
digne de Cesar vótre confrére en gioire 
{qui maturandum semper existimavit) ; et 
r exécution en a éxé de méme . La n^u- 
velle cjloire dont V. M. vient de se con- 
vrir fait honneur au siécle et à l' humani- 
té . Il n' apparténoit qu' à V. M. d' élever 
r histoire moderne à la dignité de l' an- 
cienne. Jo triumphel Je suis avec le plus 
profond respect . 

(1) La battaglia di Lowositz guadagnata da 
Federico agli 1 di ottobre 1766. 
Te: XV. N 



1^4 Lettera 

DEL MEDESIMO 
XCV. 

à Boulogne ce 9 de Nov. lySG. 



SIRE 



V< 



ótre M. voudra bien m^ permettre d' 
écrire encore un mot après une armée en- 
tiere prise à discretion (1). On n'a jamais 
entendu parler de pareille entreprise depuis 
celle de Cesar en Espagne contre Afranius 
et Petrejus . Mais celle de V. M. est bica 
differente . Il n' avoit contre lui que ces 
messieurs , et V. M. avoit les Saxons , et 
les Autrichiens tous ensemble. Vous nous 
faites pcrdre , Sire , le gout pour 1' histoi- 
re ancienne ; Ctvsar ia eam spetn -venerat , 
se sine pugna et sine vulnera suorum rem 
conficere posse , quod re frumentaria ad- 
versarios interclusisset . — dir denique foT' 

tunam 
(1) La resa di tutta T armata di Sassonif^ 
presso a Pirna li i5 ottobre 1756, 



Inediti. i^S 

tiinajn periclitaretur , cum non minus esset 
imperaioris Consilio superare quarn gladio? 
Tout cela étoit fort beau avant la batailló 
eie Lowositz et la capitulation de Koenig- 
stein . Continuez , Sire , à effacer Cesar , 
et à éclairer le siede . Je vois déjà la Bo- 
heme inondée par vos troupes victorieu- 
ses , et vos ennemis forcez à vous deman- 
der humblement cette paix^ qua vous leur 
accordiez si genereuseraent à la téte de v6- 
tte armée. 



*o*o*o*o* 
• 0*0* 



K 2 



^9^ Lettere 

DEL RE. 
XCVI. 

à Dresde ce 27 de Nov. lySG. 

v^omme vous m'avez paru par vótre let- 
tre prendre part à ce qui se passe dans 
ce pais , je ros envoye la relation de la 
campagne ; vous ne la trouverez certaine- 
ment pas conforme à tout ce que vous 
avez lu cu entendu racconter ; mais quoi- 
que il en soit , elle n' en e&t pas moins 
exacte . Je vous reraercie des temoignages 
d' attachement que vous continuez de me 
donner : soyez assuré que je vous en sais 
un veritable gre ; et sur ce je prie Dieu 
qu' il vous ait en sa sainte garde . 



*o*o*o* 

♦ 0*0* 

*o* 



Inedite. igy 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
XCVII. 

» Boulogne ce 21 de Decembre ijSG. 
SIRE 



L. 



les éclits tie V. M. ne sont pas moins 
admirables que les actions . 11 est bien in- 
different à V. M. d'avoir des génials dans 
ce coin du monde, qui ne voit jamais de 
troupes que celles, qui viennent le rava- 
ger . Mais V. M. en a tout plein : et les 
plus zélés partisans des ennemis de V. M. 
sont forcex de sentir la solidité des raisons 
sur les quelles est appuyée la cause de 
V. M. , et d'adrnirei' la force des mesures 
que V. M. sait prendre pour la soutenir. 
Mais combien de grandes choses sont ren- 
fermées dans la courte relation , dont il a 
più à V. M. de in' honorer ! Eodem ani- 
ino dixic quo hellavic. Je ne doute nulle - 
lyent, Sire, qu'avec les legions que V. M. 
N 3 a sous 



198 Lettere 

a sous se* ordres , et le conseil qu' elle a 
dans sa téte , elle ne fasse encore , s' il 
est possible , des plus grandes choses qua 
celles qu'elle vient de faire. Quii est glo- 
rieux. Sire, d'appartenir à un prince qui 
remplit de sa gioire 1' univers entier. 



DEL RE. 
XCVIII. 

à Dresde ce 27 de Decembre iy56. 

J-Out ce que nous avons fait cette année 
n'est qu'un foible prelude de ce que vous 
apprendrez l' année prochaine. Nous avons 
commencé un peu trop taid pour pouvoir 
entreprendre beaucoup. Mais quoique nous 
fassions, nous ne nous flattons pas assez, 
pour ne pas sentir que nous ne vivons 
pas dans le siécle des Césars . Tout ce qu' 
on peut faire à présent e' est, je crois , d' 
atteindre au plus haut point de la medio- 
crité. Les bornes du siécle ne s' étendent 

pas 



Inedite. 199 

pas plus loin . Je vous remercie de vos 
bons sentimens à nótre égard et de vótre 
bon souvenir ; soyez assuré de ma bien; 
veillance; et sur ce je prie Dieu qu'il vous 
ait en sa sainte garde . 

P. S. Les bagatelles qui se sont passées 
catte année ici ne sont qu' un prelude de 
la prochaine , et nous n'avons encore rien 
fait si nous n' imitons Cesar dans la jour- 
née de Pharsale . 




N 4 



^OO L E T T E n E 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
XCIX. 

à Boulogne ce zS de Janvier l'jSj, 
SIRE 

JLja lettre que V. M. a daigné m' écrire 
en dernier lieu , est bien honorable pour 
moi ; et j' ose dire qu'elle n' est pas moins 
glorieuse à V. M. Les bontés , que V. M, 
me marque, sont égales à la grandeur d' 
ame qu' elle y fait paroltre : i\7/ actnm re- 
putans si quid superesset ag&nduin . Je vois 
bien que e' est le mot de V. M, ; mot , 
dont elle reraplira bien scrupuleusement 
tonte r etendue . A un prince qui a tous 
les talents , et toutes les vertus , tei que 
V. M. il ne faut que l'occasion. Vos en- 
nemis, Sire, vous l'ont presentée, et vous, 
malgré eux, vous allez vous faire plus grand 
que jamais- 



Inedite. iaoi 

DEL MEDESIMO 
C. 

à Boulogne ce iC de JMai lySy. 
SIRE 

«J e sais bien que V. M. ne veut pas en- 
core qu'on la félicite, non obstant les gran- 
des choses qu' elle vient de faire : 

Nilactuni repntans si qìiid superesset agenduin. 

Il nous senible pourtant à nous autres qu' 
entrer en Boheme en cinq colonnes vis à 
vis d'un ennenii qui y a toutes ses forces 
rassemblées pour faire une guerre offensi- 
ve , le battre en deux endroits , le nietire 
en fuite dans les autres, lui prendre ses 
principaux magazins , le forcer de quitter 
son fanieux camp de Budin , le recoigner 
sous Prague dont il sera probablejuent obli- 
gé de decamper fante de vivres , et de 
vous abandonner tonte la Boheme, il nous 
semble, dis-je, que cela auroit fait chauter 

pour 



302 Lettere 

pour le moins cinq Tedeuni dans tout au- 
tre pais . Continuez , Sire , à effacer les 
plus grands hoinmes en tout genre , et 
perraettez nous de nous féliciter d' ette 
nés dans le siede qui vous a produit . 



DEL MEDESIMO 
CI. 

à Boulogne ce a4 de Mai ijSj. 

SIRE 

V ótre M. nous avoit promise une Phar- 
sale , et vous nous avez bientót, Sire, te- 
nu parole . On a assuré que V. M. après 
avoir vaincu comme Cesar, a pleure corn- 
ine lui sur le chainp de bataille. Vos lar- 
mes, Sire, ne vous font pas moins d' hon- 
neur que vótre victoire . Que vous dirons 
nous, Sire? Tout ce qu' on pourroit dire 
est infìniment au dessous de ce que V. M. 
/ait. Terra siluU in conspectii ejus . 



Inedite* 2o3 

D E L L' ABATE 

DE PRADES 
CU. 

au champ devant Prague ce io Mai ijò-j. 

J-je Roi m' a ordonné , monsieur , ne pouvant 
le faire lui méme , de vous apprendre qu' il 
vient de gagner près de Prague la bataille de 
Pharsale . Je crois qu' un recit abreg('^ de ce 
qui a précède cette grande action vous faira 
plaisir . 

Sur la fin de V Iiyver le Roi fit construir des 
redoutes à toutes les portes de Diesden , et tra- 
cer des lignes . II persuada par là aux enne- 
mis qu' il vouloit se lenir sur la defensive : il 
entrat dans les quartiers de cantonnement le 
24 de niars et ne cessa dès le moment qu' il 
y fut de faire reconnoitre des camps dans tous 
les endroits par ou on pouvoit deboucher dans 
la Saxe . Enfln il fìt marclier differens corps , 
et de differens cotés , pour voir si l' ennemi 
prenolt l'allarme, et s' il étoit réellement con- 
vaincu que le Roi n agiroit point offensive- 

ment. 



lìo4 L E T T E n É 

Jnent . Il parut à leurs démarches qu' ils s'étoì- 
ent persuadés que le Roi ne vouloit point en- 
trer en Boheme; car ils ne faisoient que re- 
plier leurs postes avancés ; nos corps reve- 
noient aussi sur leurs pas ; ce qui acheva de 
leur donner le change . Après les avoir ainsi 
preparés le Roi quitta le 20 d' avril son quar- 
tier de cantonuement , et donna le mtme or- 
dre à toutes les troupes : le 21 son armée se 
trouva rassemblée a OffendoiT sur les frontiè- 
res de Boheme . Le marechal de Schevrin étoit 
entré de son coté le 18 en Boheme dirigeant 
sa marche sur Jung-Buntzlau, ou les ennemis 
nvoient un de leurs plus grands magazins . Le 
due de Bevern penetra en mème tems par la 
Luzace du coté de Fridland et de Zittau. Le 
prince Maurice du coté d'Egra. Le due de 
Bevern devoit joindre le marechal de Schevrin; 
mais avant de le joindre il gagna sur le com- 
ic de Koenigseck une bataille auprès de Reic- 
henber.q . Le prince Maurice joignit le Roi, qui 
marcila à grandes journées poussant toujours 
r ennemi devant lui . Rien ne resista aux gor- 
ges . Nous avions cru étre arrétés au passage, 
de l'Egre; mais le Roi fìt une marche de nuit 
et ses ponts furent jettés, et la moitie de son 
armée de 1' autre coté , que 1' ennemi n' en 
savoit rien . Le marechal Braun se retirat as- 



Inedite. 2o5 

sez vite. On s'étoit flatté qu'ils attendroient le 
Roi sur le Veissenberg , poste ;tròs avantageux 
sous le canon de Prague , mais nous trouvames 
qvi' ils avoient passe la JNToldau . Il falJut en- 
cnre passer cette rivière . Le Roi prit vingt ba- 
taillons et quelques escadrons avec lui , et fìt 
jetter un pont . On passa sans resistance . Le 
Pioi avoit fait ordonner au mareclial de Sche- 
vrìn de le joindre de l' autre coté de la Mol- 
dau . Le 6 de ces mois il foignit le Roi de 
grand matin . Ori reconnut le camp des enne- 
mis; et le Rei voyant bien qu' il étoit in^tta- 
quable par son front, ordonna au mareclial de 
Schevrin de marclier par sa gauclie , et de 
faire en sorte de tourner les ennemis , et de 
leur gagner le flanc . Le rhareclial marcha, et 
la marche fut longue . Enfìn il revint, et dit 
au Roi: Sire, pour leur Jianc , nous l' avons . 
Le Roi s' y porta d' abord ; lìt défiler le reste 
de r armée à travers un village qui nous ar- 
rota longtems . On forma d' abord aprés la 
première ligne , et le marechal qui comman- 
doit r aile gauche, la première ligne se trou- 
vant formée , lìt attaquer. Le Roi marcha du 
còte du centre pour continuer à mettre T ar- 
mée en ordre de bataille . Nótre gauche souf- 
frit d' abord beau coup , et les ennemis la me- 
iierent battant près d' une demi-heure. Ce fut 

là 



fto6 Lettere 

là que le marechal de Schevrin voyant ce «le-* 
sordre, et que son regiment plioit aussi , prit 
uri drapeau à la main, et encourageant ses 
soldats , il recut un coup de feu dans la téte 
et dans la poitrine , dont 11 expira sur le 
champ . Le drapeau qu' il tenoit à la main 
couvrit tout son corps . Le Roi continua à 
donner ses ordres avec le raème sang froid 
que si tout étoit bien alle: il envoya des trou'- 
pes à cette aile gauche; Ut rallier les fuyards , 
et rétablit si bien le combat , que les ennemis 
à leur tour furent battus, et si bien poursui- 
vis , qu' ils ne purent jamais se rallier. La de- 
l'oute fut totale: ils u'avoient pas deux liom- 
lues ensemble ; 1' infanterie étoit pèle - mèle 
avec la cavalerie . Il falloit encore battre leur 
droite qui se trouvoit dans des postes presque 
inaccessibles . Nos troupes, malgré leur. lassitu- 
de et malgré les difficultés presque insurmon- 
tables , ne se rebuterent point. Elles esc&lade- 
rent les rochers , chasserent les ennemis de 
partout . Leur armée se débanda absolument : 
une panie fuit du coté de la Sassava , et l'au- 
Ire partie entra dans Prague , ou il y a envi- 
ron cinquante mille hommes . Le prince Char- 
les , le mafechal Braun , le prince de Saxe , le 
prince Louis de Wirtemberg et la plus gran- 
•-4p partie de leurs généraux y sont aussi . Le 

Roi 



Inedite. 20j 

Roi est campé avec son armée autour de la 
ville et a pris toutes les précautions powr les 
faire prisonniers , ou du moins pour qu' iis n' 
échapent pas sans qu' ils leur en conte horri- 
blement cher. Le due de Bevern est marche au 
devant da mareclial Daun , qui veut lenir en- 
core contcnance . Il a ordre de lui livrer ba- 
tftille . Ainsi le Roi se trouvera par là en moins 
d'un mois avoir conquis un rovaume , et dissi- 
pé presque toutes les forces de la maison d' 
Auiriche . Le mareclial de Braun a été blessé à 
la jambe ; nous avons fait beaucoup de prison- 
niers, et pris une grande quantité d' éten- 
dards , ainsi que des piéces de canon . Outre 
le mareclial de Sclievrin nous avons perdu le 
general d'Anlialt, le due d' Holstein , le colo- 
nel Goltz , m. d' Hautcharmoy : les généraux 
Fouquet , de Winterfeldt , d' Ingreslcben , de 
Coursel , et plusieurs autres officiers ont t'tó 
blessés . On a perdu sans doute beaucoup de 
biaves gens, mais si vous voyez le terrein, vous 
seriez surpris qu' on ait pu déloger une armée 
d^ pareils postes , ayant surlout une si nom- 
breuse artillerie . Le Ptoi malgré les perils aux 
quels il s'est exposé, est en très-bonne san- 
te . Je suis charme de vous renouveller dans 
une si belle occasion les sentimens de la plus 
parfaiie consideratiou avec la quelle j'ai l'hon- 
neur d' étre . 



2o8 Lettere 

BEL CONTE 

ALGAROTTI 
CHI. 

à Bou lagne ce \ de Juin 1767. 

*_/a ne sauroit étre plus sensible que je le 
suis de ce que le Roi ait daigné songer à moi 
dans ces grands moments qui vont decider du 
sort de l'Europe. Vous m'avez appris m. à ad- 
mirer disti nctement et eu detail ce que je n' 
admirai que confusement et en gros . Vótre 
relation est un portrait bien fidéie de ce grand 
trait d' histoire ; et vótre piume ne sait pas 
moins déorire les manoeuvres les plus profon- 
des de la guerre, qu' elle sait trailer \q^ sujets 
de la plus haute philosophie , A considérer le 
nombre , la qilalité, la siluation des ennerais 
à qui le Pioi avoit à faire il faut avouer m. 
que nous n avons jamais rien lù de pareli . 
Rien ne manque à la gioire du Roi ; et la 
mort méme du marechal de Schevrin y ajou- 
t.e un nouvel éclat , Je vous prie m. de vou- 
Joir bien me mettre aux pieds du Roi , et de 

lui 



Inedite. 20^ 

lui faire sentir que ma reconnoissance pour ses 
bontés est égale à l' admiratiou dont l' univers 
est saisi au bruii de ses exploits . 

Je vous félicite m. d'avoir óté temoin ocu- 
laire de tous ces grands événements qui se- 
ront une le^on à la posteri té la plus reculée, 
et serois trop lieureux si je pouvois dans ce 
pais - ci vous donner quelque marque <le la 
parfaite estime aveo la quelle j'ai 1' honneur 
d' étre 

Oserois-je vous prier de présenter mes res- 
pects à m. le mareclial Keith? 



• 0*0*0*0* 

*o*o*o* 

• 0*0* 

*o* 



To: XV. O 



aio Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
CIV. 

à Boulogne ce 16 de Nov. lyS^. 
SIRE 

J e jure à V. M. par vótre prevoyance , 
par vótre vaillance, par vótre celérité et 
par tous vos autres attributs , que je n' ai 
jamais desespéré de la chose publique .- 
Puisque il a più au dieu des armées de 
conserver V. M. au milieu de tant de dan- 
gers ; j' ai toujours crù que la gioire du 
nom Prussica seroit montée plus haut que 
jamais . Après les plus beaux mouvements 
en Boheme et en Lusace, qui auroient été 
r admiration d' un Stharemberg , V. M. 
vient d' éclipser Gustave Adolplie dans ces 
mémes plaines , ou sa science avoit tant 
brille. Cette dernière victoire (1) est un de 

ces 

CO La battaglia di Rosbach guadagnata li 5 
novembre lySy. 



Inèdite. Hii 

ces miracles militaires, qu'il n'est pas per- 
mis d' opérer qu' aux favoris de Mars les 
plus intiraes, aux fondateurs de la regie. 
Mais V. M. n' a pas fini d' agir , et nous 
ne cesserons d' admirer . Que ce siécle va 
étre anobli par les exploits de V. M. ! Il 
effacera tous ceux qui ont été jusqu' à prò» 
sent les plus lumineux. 



DEL MEDESIMO 

cv. 

à Boulogne ce i5 de Decemhre njS'j. 
SIRE 

«J e savois bien , Sire , lorsque je félicitois 
V. M. sur la journée du 5 novembre , que 
i'aurois dù la féliciter bientót sur un au- 
tre cinq . V. M. voudra donc pardonner 
à mon empressement une lettre presqu' inu- 
tile . Cet autre cinq (i) met le comble à la 

gioire 
(i) La battaglia di Lissa guadagnata li 5 de- 
cembre 1767, O a 



213 Lettere 

gioire de V. M. et la fin à une- guerre, 
dont tous les annales du genre humain ne 
fournissent rien d' approchant . Ont dit. 
Sire, qu'il y a bien peu de charité à vous 
de faire mourir ainsi vos ennemis de faini, 
et de froid. V. M. auroit dà, disent-ils, 
les laisser en repos pendant une saison 
aussi rude , et admirer en attendant leur 
générosité de vous attaquer cinq ou six à 
la fois. Il m' avoit paru. Sire, jusqu'à pré- 
sent, que V. M. par ces hauts faits avoit 
élevé r histoire moderne à la dignité de 
r ancienne . Mais je vois bien , Sire , qu© 
par vos exploits merveilleux V. M. donne 
à r histoire l'air du roman. Je souhaite 
à V. M. longues années et aussi glorieu* 
se$ que celle - ci . 



•o*o*o* 

• 0*0* 



I 
Inedite. 3i3 

DEL RE. 

evi. 

à Eresia u ce io de Janvier iy58. 

J ai bien recùe la lettre , que vous m' 
avez éclite pour me felicitar sur la victoi- 
re , que j" ai remportée le cinq du niois 
passe sur l' arniée autrichienne . Je sui* 
bien flatté de la part, que vous prenez à 
cet événeraent, et recois avec plaisir les 
voeux que vous formés à ce sujet . Je sou- 
haite qu' ils s' accomplissent ; en attendant 
ine voila retorabé sur mes jambes et prét 
à repousser les coups qu' on voudra ine 
porter. Je prie Dieu au reste qu' il vous 
ait en sa sainte et digne garde. 



•o*o*o* 



O 3 



Ai4 Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
CVII. 

à Boulogne ce 12 de Janvier lySS. 
SIRE 

Res gerere et cuptos ostendere civihus liostes 
Attingit solium Jovis , et ccelestia tentat: 

Ì-Jit vótre Horace; et quel triomphe pour 
vous , Sire , quo 36 mille prisonniers de 
guerre faits <lans l' espace de i5 jours . 
Bleneheirn y est pour peu de chose; V. M. 
méme n' a fait , pour ainsi dire , que pre- 
luder à Rosbach . Celle -ci est la véritable 
apothéose. Et avec quel sang froid V. M, 
ne fait elle pas tout cela? Elle écrit tran- 
quillement de son camp qu' elle est occu- 
pée à reprendre Breslau, corame Cesar écri- 
vit à ses amis qu' il faisoit devant le prè- 
side de Brindisi une jettée dans la mer, 
aut ut Pompejiun cum legionihus capiamo 

aut 



i N E t) I T E . iiiS 

dui: Italia prohibeajn . Mais la difference 
est que Cesar à Brindisi no?i ccepit Pom- 
pejuni cum legionibus , et V. M. k Eresiali 
ccepit generales cum bataillonihus , Parrai 
les grandissimes choses que V. M. a fait 
en si peu de tems il y en a une, permet- 
tez - moi , Sire , de vous la rappeller ; qui 
in a inflniment touché . C est ce lende- 
main de la journée du 5 , lorsque V. M. 
a bien vouiu reraercier solemnellement son 
armée . Je suis bien sur , Sire , que les 
dixiemes dont elle est composée auront 
été encore plus touchées des remercimens 
de leur compagnon et de leur Roi , que 
des reconipenses dont il les a comblées . 
Parmis vos triomphes de toute espèce dai- 
gnez , Sire , de inéler les acclamations et 
la voix de vòtre serviteur qui se félicite 
d' étre né dans vótre siede , et plus enco- 
re de appartenir à V. M. 






O 4 



2ii5 Lettere 

DEL RE. 

CVIII. 

à Breslau ce 16 de Janvitr iy58. 

Je suis bien flatté de 1' intéret que vous 
continuez de prendre au succés de ines 
armes, et de la nouvelle 7iiarque, qtie vous 
renez de me donner de vótre attachement, 
par le compliment que vous me faites à 
r occasion de la victoire que j" ai rempor- 
tée le 5 de décembre sur l' armée autri- 
chienne. Mais quoique les suites de cet 
événemeat ayent été aussi rapides qu' im- 
portantes , les augures que vous en tirez 
pour le retablissement de la paix , n' ea 
paroissent pas étre moins piématurés, et 
il y a toute apparence, que je servirai en- 
core cette antiée d'amusement aux gazet* 
tiers et à la curiosité de vous nouvellistes. 
En attendant je prie Dieu qu' il vous 
aye en sa sainte et digne garde . 



Inedite. 217 

CIX. 

_ — pemtuscjue in viscera lapsurn 

Serpentis furiale inaluìti , totanitfue percrrat . 
Tum vero infelix, ingcntibus excita inonstris, 
lìtunensain sine morefnrit lynip fiata per urbein. 

J_ia Discorde s' étant approchée d'Amate 
empoisonna son cceur, et elle devint fu- 
riuse contre Enee . Vous voyez bien qu' il 
ne suffit pas de se battre, et qu' il est plus 
difficile de reduire de niéchantes femmes 
que des hommes vaillans . Je desire autant 
la paix que mes ennemis ont de l' éloigne- 
inent pour elle , et si nous faisons des 
efforts il faut 1' attribuer à la necessita : 

Sceva fiecessitas in àustri ani parit . 

Vous pouvez vous amuser encote catte an- 
née-ci par les gazettes, non de ce qui se 
passe sur la montagne de l'Apalanche, et 
de la querelle des merluches , mais de c« 
qui deciderà de la liberté ou de l' escl^- 
vage de 1' Europe , qu' u,i nouveau trium- 
virat veut subjuguer. Si j'on avois le choix, 

j'ai- 



fii8 Lettere 

j' aimerois mieux me trouver dans le par- 
terre , que de réprésenter sur le théàtre : 
mais puisque le sort en est jetté , il ea 
faut tenter 1' avanture . 

Sed niìiil dulcius est bene qiinm, vittnita tenere 
"Edita doctrina sapientum tempia serena: 
Despicere unde queas alios , passimque videro 
Errare, atque viam palanteis qucerere vitce i 




Inedite. aig 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 

ex. 

à Boiilogne ce io de Fevrier xySS. 
SIRE 

*j e laisse juger à V. M. combìen je dois 
me sentir honoré des réponses qu' elle a 
bien voulu faire à mes lettres dans un 
tems ou elle roule dans son esprit la de- 
stinée de I' Europe . Ce seroit grand dom- 
luage , Sire , que V. M. ne fut que le sa- 
ge contemplalif de Lucrece , et qu' elle 
fut assise avi parterre . V. M. joue trop 
bien pour n' ètra pas acteur. J'ai vvi der- 
nièrement passer par ici les troupes de 
Toscane qui marchent en trois colonnes 
contre V. M. Mais je crois qu' un chapi- 
teau d' ordre prussien renversera aisemeat 
toutes ces colonnes d' ordre toscan . 

S' il est permis, Sire, après vos hauts 
faits d'admirer vos bons mots, V. M. nous 

eii 



220 Lettere 

en donne ampie matière . Quand elle re- 
pondit à quelqu' un qui lui parloit de ses 
deux cinq, Je n ai eù qu un peii de sang 
froid et heaucoup de bonheur : il me sem- 
ble d' entendre Neuton qui repond à quel- 
qu' un qui admiroit son puissant genie, ye 
n' ai fait que ce qui auroit fait tout autre 
hy a patient way of thinhing . 

Mais la toile va étre levée , et nous al- 
lons de nouveau battre des mains au triom- 
phateur . 
Eheu qiiantus eqiiis , quantus adest viris 
Sudori quanta moves funera Austriacce 
Gentil jam galeam Federicus et cegida, 
Currusque et rahiem parat . 

Je suis avec le plus profond respect 

P. S. J' espére que V. M. aura regu les 
boutargues qui sont élevées à assaissoner sa 
table militaire . 



•o*o*o* 



Inedite. a^i 

DEL RE. 

CXI. 

à Gn'ssùw ce i8 de Avril lySS. 

J e vous suis très-obligé de la bouf argue que 
vous m'avez envoyée, et comme je ne peux 
vous envoyer ni production, ni fruit de 
ce pais-ci; je vous envoye au lieu de \ò- 
tre boutargue deux petites nouvelles. L'une 
est que les Francois ont été chassés au de- 
là du Rhin avec une perte de treute trois 
mille hommes; la seconde que Schweid- 
nitz est rendu, que l'on y a fait «5o of- 
fìciers prisonniers et 4200 hommes: si vous 
vous contentez de nouvelles, vous n' avez 
qu' à envoyer de la boutargue et on vous 
donnera du nouveau des environs d' ici ; 
d' ailleurs Je prie le seigneur Dieu qui 
vous conserve dans sa sainte garde. 

*o*o* 
• o* 



323 L E T T E R « 

DEL CONTE 

ALGA Pl OTTI 

CXII. 

à Boulogne ce iz de Septembre lySS. 
SIRE 



V. 



ótre M. confirrae de plus en plus les 
droits incontestables qu' elle a au titre de 
great and infatigahle , que lui a decerne la 
nation la plus éclairée de l'univers. Y-a t-il 
rieri de plus éclatant que la victoire que 
V. M. vient de remporter sur les Russes ? 
A quelle paix , Sire , ne devez vous pas 
vous attendre? Mais sera -t- elle jamais si 
glorieuse qu' elle puisse iigurer , Sire , avec 
vos exploits? A' ce compte là l'Europe en- 
tiere seroit encore un foible partage pour 
V. M. Je vous vois , Sire , revenir cornine 
la foudre vers l'occident. Je vois m. Daun 
se replier sur la Boheme, et min. les Sue- 
dois rester tout perclus sur les bords de la 
Pesne . Le prince de Brunswich ne dé- 

ment 



Inedite. azS 

ment pas , Sire , vótre école , et les An- 
glois aniraés par vous reprennent leur an- 
cienne valeur . Le grand jour approche 
que la paix mette le comble à l'apotheo- 
se de V. M. 



DEL RE. 

CXIII. 

à Dresde ce 6 de Nov. iy58. 

X_ja lettie que vous m'avez écrite, m'est 
parvenue par de longs détours , et nos 
courses ont été si rapides et si continuel- 
les que je n' ai pù trouver qu' à présent , 
un instant pour vous repondre . Je vous 
suis obligé de la part que vous prenez à 
la bataille de Zorondorf : il y a eu depuis 
bien des événemens . Cependant , malgré 
tant de destinées diverses , la iìn de la 
campagne a tourné de la facon dont vous 
r aviez prévu : sur quoi je prie Dieu qu' 
il vous ait en sa sainte garde. 



224 Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
CXIV. 

à Boulogiie ce 5 de Decembre 1768. 
SIRE 

x\.nnibal a vaincu Marcellus , et Fabius. 
Jamais plus belle guerre n'a été jouée. II 
me semble, Sire, s' il est permis aux mor- 
tels de raisonner sur les beaux faits des 
dieux, que l'affaire de Hochkirchen est ea- 
core plus glorieuse pour V. M. et pour 
les troupes que V. M. a su fonner, que 
la victoire méme de Zorndorf. C'est grand 
dommage qu'une aussi glorieuse journée ait 
été marquée par la mort de tant de braves 
gens, et sur tout du maréchal Keith. Je 
suis bien sur que V. M. l'aura honoré de 
ses larmes. Mais quoi de plus beau, Sire, 
que la fin de la campagne ! Dans le tems 
que ses ennemis nourrissoient the ntost sari' 
guiiie hopes , comme l' expriment les bons 

amis 



Inedite. 223 

amis de V. M. , voila que par les marches 
les plus savantes et les mieux concertées 
par le plus beau contrappunto de la guer- 
re , V. M. a fait tout d' un coup aller en 
fumee tous leurs beaux projets : et méme 
elle leur fait sentir de nouveau la pesan- 
teur du corps prusaien. Permettez-moi, Si- 
re , d' applaudir à ces nouveaux trioraphes > 
comme j' ai pris la liberté d'applaudir à 
celui que V. M. a obtenu contre les Rus- 
ses. Dans la grande journée des Zorndorff 
qui sera chantée par la voix du tems 
V. M. a entrelassez les lauriers de Hen- 
ri lY à ceux de Louis XII. , elle a joint 
au titre de fiensi- celui de Pere de la pa- 
trie . 



♦ 0*0* 



To: XV. 



■fi26 Lettere 

DEL RE. 

cxv. 

à Eresiali ce 4 d^ Janvier lySg. 

ti e ne inerite pas toutes les louanges que 
vous me donnez : nous nous sommes tirés 
d'affaire par des à peu près ; mais avec 
la multitude de monde auquel il faut nous 
opposer, il est presque impossible de faire 
davantage j nous avons étés vaincus , et 
nous pouvons dire cornine Francois pre- 
mier, tout a été perda hors 1' honneur ; 
Vous avez grande raison de regréter le 
maréchal Keith ; e' est une parte pour Far- 
mée, et pour la societé. Daun avoit 

saisi l avantage 
D'une nuit qui laissoit pcu de place au courage. 
Mais malgré tout cela, nous sommes en- 
core debout , et nous nous préparons à 
de nouveaux événemens. Peut-étre que le 
Ture, plus chretien que les puissances ca- 
tholiques et apostoliques, ne voudra pas que 
des brigands politiques se donneut les airs 

de 



Inedite. 22y 

(le conspirer contre un prince qu' ils ont 
offensé , et qui ne leur a rien fait . Vivez 
heureux à Padoue, et priez pour des mal- 
heureux apparament damnés de Dieu, par- 
ce qu' ils sont obliijés de guerroyer tou- 
jours . Sur quoi je prie Dieu qu' il vous 
ait en sa saiute garde. 




228 L E T l" E n B 

DEL CONTE 

ALGAROTTl 
CXVI. 

à Boulogne ce 20 de Févrie?' I75g, 
SIRE 

X andis que V. M. ouvre le plus grand 
théàtre militaire , on ne songe dans cette 
partie de 1' Italie qu'au théàtre de la co- 
médie et de l'opera. On a projetté à Par- 
me de prendre ce qu' il y a de bon dans 
l'opera fran90is, de le raéler au chant ita- 
lien , et de donner des spectacles dans 1© 
gout de ceux qui ont fait tant de plaisir 
dans le théàtre de Berlin. Gomme j'ai pu- 
blic il y a quelques années maintes réile- 
xions là dessus , l' on a souhaité que j« 
visse le pian qu' ils se proposoient de sui- 
vre. L'Infant d. Philippe m'a fait inviter, 
et j'ai passe quelques jours à la cour de 
Parme . J' ai été extrémement flattó d' y 
paroìtre comme le serviteur le plus atta- 
ché 



Inedite* 22fj 

elle au plus grand prince , qui voit 1' Eu- 
rope réunie pour le combattre et l' admi- 
rer . J' ai bien entendu , Sire , le nom 
Prussica célèbre par des bouches francoi- 
ses. L'admiration que 1' on a pour V. M. 
est égale à la facon dont vous avez su 
vaincre , Sire, et trailer les vaiacus; elle 
est égale à ces liauts faits en tout genre> 
qui seront à janiais la lecoa des siécles à 
venir. Je suis bien assuré, Sire, que V. M. 
va de cette campagne casser l' arrét qui 
sembloit V avoir condamné , comrae dit 
V.j M. , h. guerroyer toujours. Ce que vous 
avez fait exécuter, Sire , 'pendant 1' hyver 
est un bon garant de ce que Y. M. fera 
pendant l' été . Elle va couronner de la 
fa9on la plus decisive et la plus glorieuse 
ses nobles et longs travaux. Je prend la 
liberté, vSire, d'envoyer à V. M. quelques 
boufari^ues pour ses entremets de campa- 
gne, et suis aveo le plus profond respect. 






P 3 



a3o L E T T E R X 

DEL RE. 

CXVII. 

à Ronstok ce a8 de Mars lySg. 

ik3i l'arrét doit étre casse, ce sera im bien 
pour tout le monde : il n' y a certaine- 
inent point de plaisir à guerroyer toujours. 
Vos opèras valent inieux que les tragédies 
sanglantes qu' on joue ici; mais peut étre 
seront-ils changés en des scénes lugubres; 
et vótre pays qui a été si souvent l' objet 
de l'ainbjtion de tant de princes devien- 
dra le théàtre de spectacles moins rians 
que ceux de vos coniédies. Je vous re- 
mercie de vos boutargues que je recevrai 
avec plaisir . Sur ce je prie Dieu qu' il 
vous ait en sa sainte et digne garde. 

• 0*0*0* 
•0*0* 

*rO* 



Ikeoitk. 20 i 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 

CXVIIL 

à Boulogne ce X2, de Février 1760. 

SIRE 

Sì tu Imperator maxime^ exercitus^ue valetiSp 
bene est . 

jLìsl fortune aura bien de quoi rougir de 
ne pas avoir seconde pendant cette cam- 
pagne les plus beaux desseins , que jamais 
on ait forme à la téte des armées . Mais 
la longanimité de V. M. cette vertu pre* 
mière de ses bons amis les Roraains, force- 
ra tous les obstacles , et saura bien assu- 
jettir la fortune à la valeur. Je fais seu- 
lement les voeux les plus ardents pour que 
la sante du corps de V. M. égale l' acti- 
vilé de sa grande aine . V. M. nous fait 
voir ce qu' on ne croyoit pas possible à la 
guerre ; et le siécle aura l' obligation à 
P 4 V. M. 



fiSa L E T T E n « 

y. M. de l'epoque la plus brillante et la 
plus glorieuse , qui soit enregibtrée dans 
les annales du geme humain . 



DEL RE. 

CXIX. 

à Freiberg ce io de Mars 1760. 

JLl est certain que nous n' avons eu que 
des malheurs la campagne passée ; et que 
nous nous sommes trouvés à peu près dans 
la situation des Roniains après la bataille 
de Cannes: l'on auroit pù appliquer de mé- 
me aux ennemis ce mot de Barca à Han- 
nibal tu sais vaincie etc. Par malheur pour 
moi, j" avois un fort accòs de goute à la 
iìn de la campagne, qui m'avoit entamó 
les deux jambes et la main gauche: tout 
ce que j' ai pù faire a été de me tralner 
pour étrc le spectateur de nos desastres. 
Il faut l'avoùer, nous avons un monde 
prodigieux cantre nous; il faut les derniers 

ef- 



Inedite. 20% 

efforts pour y resister, et il ne faut pas 
s'étonner, si souvent nous souffrons quel- 
que échéc. Le Juif errant, s' il a jamais 
existé , n'a pas mene une vie si errante 
que la mienne. On devient k la fin com- 
me CCS comédiens de la campagne , qui 
n' ont ni feu, ni lieu ; et nous courons le 
monde représenter nos sanglantes tragé- 
dies, ou il plait à nos ennemis d'en four- 
nir le théàtre. Je vous suis très-obligé de 
la boutargue que vous m' avez envoyée, 
elle a été iflangée par les troupes des Cer- 
cles, peut-étre par celles de Mayence que 
l'Arioste avoit pris en aversion. Cette cam- 
pagne vient d'abimer la Saxe : j'avois mé- 
nage ce beau pais autant que la fortune 
me r avoit permis , mais à présent la dé- 
solation est par tout: et sans parler du mal 
moral que cette guerre pourra faire , le 
mal physique ne sera pas moindre, et nous 
l'échaperons belle si la peste ne s'eu suit 
pas. Misérables fous que nous sommes, 
qui n avons qu' un moment à vivre ! nous 
nous rendons ce moment le plus dur que 
nous pouvons , nous nous plaisons à dé- 
truire des chefs-d' oeuvres de l'industrie 

et 



ft54 L E T T 1 R E 

et du tems , et de laisser une memoire 
odieuse de nos ravages et des calainités 
qu' ils ont cause . Vous vivez à présent 
tranquilleinent dans une terre qui a éte 
longtems le théàtre de pareils desastres , 
et qui le redeviendra avec le tems; jouis- 
sez de ce repos , et n' oubliez pas ceux 
contre qui vAtre Pape a public une espé- 
ce de croisada , et qui sont dans les con- 
vidsions de l' inquiétude , et dans les il- 
lustres embarras des grand^s affaires : sur 
quoi je prie Dieu qu' il vous ait en sa 
sainte garde . 



• 0*0*0*0* 

*o*o*o* 

• 0*0* 

•o* 



I N K D I T E . a35 

DEL CONTE 

ALGAROTTl 
CXX. 

à Boulogne ce g de Septembre 1760. 

SIRE 

J- andis que chacun, Sire, s'arrache de 
main vos poèsies , et vous adniire dans 
son cabinet , il admire encore davantage 
V. M. lorsqu' en sortant de chez - lui il 
apprend vos marches admirables, et la mé- 
niorable journée que vous venez de gagner 
contre ce Laudon , qui étoit l' Achille d' 
entre vos enneinis . Si Ccesar foro tantum 
'vacasset , auroit été le plus eloquent des 
Koinains. V. M. auroit été le premier poé- 
te de r Europe , si elle n' avoit pas du 
ètra le premier des hommes . 

*o*o* 



236 Lettere 

DEL MEDESIMO 
CXXI. 

à Boulogne ce x de Dicembre 1^60. 



SIRE 



L 



e brouillards Autrichiens se sont bien- 
tót dissipez . La verité a percé , et nous 
avons su que V. M. apiès les marches les 
plus rapides et les plus savantes manoeu- 
vres a remporté près de Torgau la plus 
glorieuse victoire et la plus feconde ea 
consequencès. Vincere , et Victoria itti scis . 
Après avoir si bien battu Laudon, il ne re- 
stoit à V. M. que de défaire le maréchal 
Daun, qui maudoit avoir remporté une vi- 
ctoire complete tandis que la bataille n' 
étoit pas encore iinie. Vos ennemis sont 
défaits ou muets . Terra siliiit in conspectu 
ejns . 

Je ne doute pas que V. M. ne reooive 
celle -ci dans Dresde. Et je doute fort que 
ni. de Broglio veuille attendre une haran- 

fiue 



Inedite. aS-^ 

glie des vos grenadiers dans l' université 
de Gottingen. Ainsi ce héros qui a re- 
veillé les Anglois par la victoire de Ros- 
back, les tranquillizera sur Hannover par 
celle de Tcrgau . 

J' ai appris avec douleur que vos enne- 
mis , Sire, qui ne peuvent pas battre vos 
troupes s'en vangent sur vos statues. Mais 
j'ai fremi en lisant qu' un coup' de feu 

avoit Puisse le Dieu des armées 

conserver toujours une vie si nécessaire à 
la gioire de 1' humanité et au bien de 1' 
univers , 



•o*o*o*o* 
•o*o* 



2^8 L E T T E n K 

DEL RE. 
CXXII. 

à Meissen ce Zo de Décemhre lyGo. 

«J e vous remercie de vòtre lettre obligean- 
te et de la part que vous avez prise à nò- 
tre victOiTe de Torgau . Le succès de cet- 
te bataille auroit été plus brillant encore 
si ino'i arraée avoìt pù. aller aussi rapide- 
ment que vótre imagiuation ; j" aurois eu 
Dresde ; trois ou quatre heures de difFéren- 
ce in' cut filli manquer cette ville. Je ne 
puis rien vous dire sur ce qui arriverà 
chez le prince Ferdinand : la saison , les 
mauvais chemjns empechent d'agir, et il 
n' est f)as possible de pouvoir trainar dans 
ces teiraius si rompus des chariots et des 
cauous. Vous étes heureux de ne point 
coniioltre tous ces erabarras . Profitez de 
vótre bonheur et jouissez à Boulogne d'au- 
tatJt de tranquillité que nous avons ici de 
biuit et de tumulte. Sur ce je prie Dieu 
qu' il vous ait en sa sainte et digne garde . 



I w E B I T E . z'5g 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
CXXJIl. 

à Boulogne ce io de Fèvrier iy6i. 
SIRE 

J espére que V. M. recevra dans peu des 
boutargues , et une vie d' Horace . Je me 
flatte , Sire, que les boutargues réussirotit; 
et je voudrois bien qu' il en fut de méme 
de mon Horace. S' il peut amuser V. M. 
pendant quelques quarts d'heure; 

Cìim tot sustineas et tanta negotia solus; 

je crois qu' il ressemble un peu à l' ancien 
qui avoit aussi le bonheur d' amuser des 
prèmiers personnages de son tems . Ces 
jnessieurs pourtant , nialgré le bruit qu' ils 
font encore, et inalgré le précieux vernis 
que leur donnent tant de siécles, n'en dé- 
plaise , Sire , à vóCre modestie et à vótre 
erudition , ne valurent pas assurément Fé- 

deric . 



a4o Lettere 

deric . On doit étre , Sire, k genoux ^e* 
vant V. M. autant par les bienfaits dont 
vous comblez vos peuples , que par les ex- 
ploits de vótre bras victorieux , qui sait si 
bien les défendre de tant d' ennemis . 

Qui sauve sa patrie est un Dieu sur la terre . 

Je suis avec le plus profond respect etc. 

DEL SIGNOR 

C A T T . 
CXXIV. 

à Leipsik A. G. ce 3 de Février 1761. 

M O N S I E U R 

X-ie Roi m' a ordonné de vous remercier du 
livre et de la boutargue que vous lui avez en- 
voyé . Je suis cliarmé d' avoir cette occasion de 
faire la connoissance d' une personne si distin- 
guée par les talens et par son mérite, et de 
vous assurer de 1' estime parfaite avec la quel- 
le j' ai r honneur d' etre . 



Inedite. 241 

DEL MEDESIMO 
CXXV 

k Leipsik ce 10 de Mais 1761 

MONSIEUR 

Oa Majesié a recu V Horace qne voi;s lui avez 
envoyé ; elle voiis en remercie ; elle m' ordon- 
ne de vous dire que vous avez bien prophétisé 
r avanture des Francois , qui est arrivée à peu 
près dans le tems marqué ; mais qu' elle auroit 
«lieux aimé qu'on n'cut pas pcnsé qu'elle put 
avoir lieu; et que quoique l'affaire ait bien 
réussi , cependant la tàche pour cette campa- 
gne sera encore bien pónible . 

.1' ai r honneur d' étre avec toute la conside- 
ratìQn possible. 






To: XV. 



94^ Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
CXXVL 

à Bonlogfic ce ii de Avril 1761. 

M O N S I E U R 

J e reponds à deux lettres dont vous m' avez 
honoré, monsieur, de la part de S. M, presqu' 
en méme tems . Je voudrois bien qu' Horace , 
viilitits quancjìiain piger et vialus , fìt un peu 
ma cour au plus grand d' entre les héros . La 
tàche de la campagne prochaine sera sans dou- 
te pénible: mais il faut des vrais miracles pour 
\q% vcritables apotliéoses : et le Roi continuerà 
à en faire . Je prens la liberté de joindre une 
lettre au Roi du p. Martini auteur de l' histoi- 
re de la musique que S. M. devroit avoir l'e- 
ciie à r heure qu' il est . Je le crois digne de_ 
présenter son travail au Roi , parcequ' il est 
estimò de m. Quantz : et qu' au milieu de la 
corruption moderne il conserve dans ses com~ 
positions la dignité de l' ancienne musique . 

Je suis charme, m. d' avoir une pareille oc- 
casion de vous dire , combien je me félicite 

d« 



Inedite. 24^ 

de pouvoir vous marquer 1' estirae parfalte avec 
la quelle j' ai 1' honneur etc. 



DEL SIGNOR 

C A T T . 

CXXVII. 

à Strehlen Q. Gì. ce 5 de Octohrc 1761, 

MONSIEUR 

JLia lettre dont vous m' avez honoré le 21 d' 
avril m' est parvenue sur la fin du mois de 
juin, et depuis il n' a pas été possible de fai- 
re passer la moindre cliose . Je saisis cet in- 
stant pour vous dire que VHorace a fait beau- 
coup de plaisir, et qu' on m' a chargé de vous 
en falre bieii des remercimens . J'ai remis l'ou- 
vrage de m. Martini , la réponse que j' ai fai- 
te a dù parvenir, si on ne l'a pas interceptée, 
Vous avez bien jugó que cette campagne se- 
roit pénible . S. M. sans cesse occupóc a pas- 
se toutes les nuits sur une redoute depuis le 
26 aoùt jusques au 10 septembre . Les Russes 
et les Autrichiens combinés avoient au moins 

Q a cent 



a44 Lettere 

cent trente trois bataillons et au delà de deux 
cents quaranta escadrons . S. M. par ses pré- 
cautions et sa contenance les a force de ne 
rien entreprendre . J' avoue que je serai ravi 
de voir la fin de tant de scónes douloureuses . 
Si elles durent encore , la famine et la pestd 
'détruiront les malheureux restes que la guerre 
aura épargné . Jouissez , m. de vòtre bonlieur, 
et faites des voeux pour que tous ces fléaux 
finissent . 

Je ne saurois vous esprimer combien je suis 
fiatté d' avoir quelque part dans vótre estime : 
rien ne pouroit égaler le plaisir que j'en res- 
sens, que celui de yous connoitre personelle- 
ment, et de vous assurer de l' estime distinguée 
avec la quelle j'ai 1' honneur d' étre . 



• o*o*o*o* 



Inedite. a/jS 

DEL CONTE 

ÀLGAROTTI 
CXXVIII. 

à Pise ce 5 de Novembre iy6a. 

SIRE 

v_je n' est pas , Sire , uà tles exploits les 
moins glorieux de V. M. que la prise de 
Schweidnitz. N' avoir rien changé dans le 
pian de la campagne , non obstant le dé- 
part des Russesj avoir mis le siége devant 
catte importante place ; avoir Voulu à dis- 
crétion le corps d' armée qui la défen- 
doit, et r avoir eu ; et cela en présence 
d'un ennemi fort et nombreux qui en 
avoit tenté le secours ; c'^st l' effct d'un 
calcai militairc le plus juste et le plus 
profoud . J' en félicite V. M. du bord Oc- 
cidental de la Toscane : ad mare descendit 
'vates tuus . L' état foible de ma sante et 
une toux très»opiniàtre m'ont force d'aban- 
donner le climat froid et inconstant d'au- 

Q 3 delà 



^46 Lettere 

delà r Apennin , pour chercher 1' air doux 
et tempere de ce coté -ci. On ne connoit 
presque point ici le soufle du Nord , les 
hy vers sont des printems , et on y volt 
croltre en plein air V arhor vittoriosa e 
trionfale , dont V. M. s' est couronné tant 
de fois. 




Inedite. 547 

D E L R E . 
CXXIX. 

ò Leipsik ce 9 de Décemhre 1762. 

ci ai re^.u avec plaìsir la lettre que vous 
rei avez écrite , et ce que vous m' y dites 
de vótre sante affoiblio me fait de la pei- 
ne. J' espére que l'air doux que vous res- 
pirez la rétablira entierement . Le cliraat 
où nous sommes ne ressemble point au 
vótre . Mais nous ne sommes pas si déli- 
cats . Les fatigues qui renaissent sans ces- 
se, endurcissent . Mais si j'avois le choix, 
j' avoue que je préférerois d' étre le spe- 
ctateur de ces scénes dont je suis acteur 
bien malgré moi. Tranquille dans ce beau 
pays que vous habitez , et dans le sein d© 
la paix qui a toujours été l' objet de mes 
voeux , jouissez de vótre bonheur et du 
repos, et n'allez pas sous ces arbres triom- 
pliaux rassembler un concile pour nous ex- 
communier. Priez-y plutót pour que l' on 
se joigné à mes voeux, et que l'on fasse 
Q 4 cesser 



s48 Lettere 

cesser les calarnités qui afiligent l'humani- 
té (lepuis si long temps . Sur ce je prie 
Dieu qu' il vous ait en sa sainte et digne 



gare! e . 



2J E L CONTE 

ALGA ROTTI 
CXXX. 

à Pise ce 11 de Mai i^65. 
SIRE 

JLies voeux de 1' humanité et les vòtres 
sont éxaucés. Je félicite V. M. sur sa mo- 
dération dans le sein de la victoire, et de 
ce qu' elle va ciiltiver des lauriers qui ne 
seront point arrosés par le sang. Oserois- 
je percer dans le repos glorieux de V. M. ? 
Après avoir ranimé l'industrie et les arts, 
je vois cette main qui a donne tant de 
batailles , les consacrer à 1' immortalité . 
Ces divinités militaires , les Scipions , les 

Ce- 



Inedite. 249 

Césars , les Alexandres qui ont eu jusqu' a 
présent nótre adoration , ne 1' ont pas , ce 
me semble , trop cherement achetée : ils 
n' avoient qu' un scul ennemi en téte , et 
encore quelquefois quel ennemi? V. M. a 
eu pendant six années en téte et au dos 
l'Europe presqu' entiere, entourée par des 
années toujours supérieures en norabre, et 
presque égales en discipline . 11 n' y avoit 
que V. M. qui put soutenir la guerre qu 
elle vient de terminer par cette glorieuse 
paix ; et qu' elle qui puisse l' écrire : Eo- 
dem animo dixit quo heUavit . Serois-j'e as- 
sèz heureux pour parvenir un Jour à lire 
ce livre , la gioire du siede , qui contien- 
dra les plus beaux fastes de nótre espece? 
C est alors que je dirai : Nunc dimittis 
servum etc. quia 'viderunt acuii mei etc. 



• 0*0*0* 

*o*o* 

•o* 



aSo Lettere 

DEL RE. 

ex XXI. 

à Berlin ce i4 de Avril lyGS. 

*J e vous remercie de la part que vous pre- 
nez à la paix que nous ayons conclue . 
Faites aussi bien la vótre avec vos pou- 
jnons , que nous avons fait la nòtre avec 
les Autrichiens . Je l' apprendrai avec plai- 
sir. J' aimerois niieux que vous fussiez à 
Pise pour autre chose, que pour y soigner 
vótre sante, comrae dit la chanson du Pa- 
pe . Vous obligera - 1 - elle de renoncer à 
l'Allemagne, et aux climats hyperboréens? 
Quoiqu' il en soit , je vous souhaite beau- 
coup de bonheur. 

Les faits arrivés dans cette guerre ne 
méritent guère la peine de passer à la po- 
sterité . Je ne me crois ni assez bon ge- 
neral pour qu' on écrive mon histoire , ni 
assez bon historien pour publier des ou- 
vrages . Je n' ai eu que trop de regret . à 
voir paroltre des piéc^s que je n'avois tra- 

vaillées 



Inedite. aSi 

vaillées que pour moi, et que la méchan- 
ceté et la perfìdie d' un malheureux a pu- 
bliées en lés altérant; mais yous en aurez 
été àéjk assez informe. Je prie Dieii qu' il 
vous ait en sa sainte et digne garde . 



CXXXII. 

à Potzdarti ce i de Juin, 1764. 

J ai jugé d,^ l'état de vótre sante par la 
lettre que vous in'avez écrite. Cette main 
tremblante m' a surpris , et m' a fait une 
peine infìnie. Puissiez-vous vous remettre 
bientót! Avec quel plaisir j'apprendrois cet- 
te benne nouvelle ! Quoique les médecins 
de ce pays n' en sachent pas plus long que 
les vótres pour prolonger la vie des hom- 
mes, un de nos Esculapes vient cependant 
de guérir un étique attaqiié . des poumons 
bien plus violemment que neU'^ étoit Mau- 
pertuis lors que vous l' avez vu ici . Vous 
me ferez plaisir de ni' envoyer vòtre sta- 
mm morbi pour voir si la consultation de 

ce 



zSz L r. T T E U E 

ce médecin ne pourroit pas vous étre de 
quelque secours . Je compterois pour un 
des mo.nens Ics plus agréables de ma vie 
celui où /e pourrois vous procurer le ré- 
tablissement de vótre sante . Je desire de 
tout mon coeur qu' elle soit bientót assez 
forte pour que vous puisslez revenir dans 
ce pays-ci. Je vous montrerai alors une» 
collection que j' ai faite de tableaux de 
vos corapatriotes . Je dis à leur égard, et 
à celui des peintres Francois, ce que Boi- 
leau disoit des poetes: Jeiine f abnois Ovi' 
de , vieux f estime Virgile . Je vous suis 
bien obligó de la part que vous prenez à 
ce qui me regarde, et du tableau de Pes- 
ne que vous m' offrez . J' attens à en sa- 
voir le prix pour vous marquer où vous 
pourrez le faire reraettre. Au reste soyeZ 
persuade que la nouvelle la plus agréable 
pour moi sera d' apprendre par vous niéme 
que vous étes tout à fait retabli . Sur ce 
je prie Dieu qu' il vous ait en sa sainte et 
digne garde. 



I ir E D I f K . 255 

AL CAVA LIBRE 

LORENZO GUAZZESI 

A PISA, (i) 
CXXXIII. 

il Potzdam ce i2 de Juin 1764- 



C 



est avec bien eie regrets que j' ai ap- 
pris par v<ì>tre lettre la mort du cointe 
Algarotti. Quoique la mairi tremblante de 

sa 

(i) In una lettera dello stesso cav. Guazze- 
si a Voltaire de' 24 settembre 1764 è scritto 
quanto segue : 

Le Boi de Prusse vient de m'écrire, que par son 
ordre j' éléve une piene de marbré sur la tombe d' Al- 
garotti, pour marque de 1' estime qu' il avoit pour lui, 
avec cette inscription : 

Hic jacct Ovidii cemulus et Neutoni discìpiilus, 
ei j' y feral graver aussi : 

FRIDERICVS BORVSSIAE REX 

CO MITI FRANCISCO ALGAROTTO 

MONVMENTVM ET TITVLVM 

rosyiT . 

Voila 



2^4 Lettere 

sa dernière lettre m' eut inquiete, j' espé* 
rois cependant qu' il se reinettroit, et que 
j' aurois eacoie le plaisir de le voir ici . 

Desirant de laisser un souvenir de l'esti- 
itie que j'avois pour vòtrc ami, je vous 
prie de faire élever sur sa tombe une pier- 
re de marbré avec cette inscription: 

HIC 

Vòila les Rois philosophcs, qui estiment le vrai mérite 
et les sages, etc. 

Questi documenti potranno bastare , per 
nostro a\rviso , a togliere i dubbj che ultima- 
mente Ixiron mossi , non saprem dire per qual 
motivo, dal chiariss. Autore della Prusse Ut- 
teraire all'articolo Alga? otti, intorno alla po^. 
sitiva commissione data da Federigo per l' in- 
nalzamento del magnifico mausoleo al defunto 
Algarotti . La commissione fu eseguita dal co: 
Bonomo fratello ed erede del defunto , sopra 
il disegno di Mauro Tesi ridotto a perfezione 
dal Bianconi , e approvato dal Re medesimo ; 
il quale ne pagò generosamente la x-ilevante 
spesa ; come risulta a tutta evidenza dal car- 
teggio sopra tale oggetto tenuto dal co: Bono- 
mo col sig. de Catt lettore del Re , che tut- 
tavia consei'vasi presso la Famiglia. 



Inedite. aSS 

HIC JACET 

OVIDII AEMVLVS 

ET 

NEVTONI DISCIPVLVS. 

Vous tu' enverrez le compte de ce quo 
vous aurez déboursé à ce sujet, en m' in- 
diquant ou je dois ordonner qu' on vous 
en fasse tenir le montant. Sur ce je prie 
Dieu qu' il vous ait ea sa sainte et digno 
garde , 

Fédéric, 




LETTERE 

DEI PRINCIPI 
DI PRUSSIA. 



To: XV. 



R 




i^tU^^C. JÌ94'tt i/^i't'' 



DEL CONTE 



ALGAROTTI 
I. 

à Penise ce 19 de Mais ij^S. 
MONSEIGNEUR 

J e n' ai jamais raieux connu que en der- 
nier lieu que j" ai des vérilables amis à 
Berlin. Ils n' ont pas voulu, Monseigneur, 
que y ignorasse ce qu' ils savoient bien de» 
voir me faire le plus de plaisir; les bon- 
lez que V. A. R. daigne me continuer. 
Il seroit inutile de dire à V. A. R. , quand 
méme il me seroit possible de le Taire , 

R 2 com- 



26o Lettere 

combien une pareille nouvelle a mis le 
comble à mes voeux . Ce doit étre quel- 
que chose bien flatteuse , Monseigneur , 
d'étre honoró des bontcz d'un Prince dont 
le jugement est égaleraent solide , que 1' 
esprit est pénétrant et cultivé , le coeur 
est généreux , et 1' ame si noble ; d' un 
Pxince qui honore lui-méme le haiit rang 
ou il est place parmi les horames . Il faut 
bien que V. A. R. nous permette de lui 
dire ceci , car 1' amour du vrai n' est pus 
la moindre des qualitez qui la distinguent. 
Je supplie V. A. R. de recevoir Ics hom- 
mages d' une reconnoissance qu' est aussi 
profonde, que le respect avec le quel je 
suis ecc. 






Inedite. 261 

DEL PRINCIPE 

GUGLIELMO 
IL 

à Spandali ce 6 de Avril iy56. 

J ai bien de l'obligation, Monsieur, à la 
personne qui vous a instruit que |e me 
souviens toujours avec plaisir du séjour 
que vous avez fait à cette cour ; la sensi- 
bilité que vous m' en téinoignez m' a fait 
beaucoup de plaisir . 

Je souhaite que la beauté du cliraat et 
l'air natal dont vous jouissez puisserft con- 
tribuer au rétablissement de vótre sante, 
et vous donner les forces et le désir d'en- 
treprendre le voyage de Berlin , cu vous 
trouverez nombre de personnes satisfaites 
de vous revoir; parmi les quelles vous au- 
riez tort de ne me point compier, étant 
comme toujours , Monsieur, vòtre sincere 
et affectionné arni 

GlJ^LLAUME. 

R 3 



2^2 Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 

III. 

à Boulogne ce 9 de Novembre ijSS, 

MONSEIGNEUR 

J e n' ai pù me rejouir à la gioire dont 
V. A. R. s' est couvert à la grande jour- 
née de Lobositz, que ]q n'aie treinblé ea 
raéme tems pour les dangers qu'elle a cou- 
ru . J' ea félicite V. A. R. , et ne l'arréte 
pas par une longue lettre au milieu d'une 
course, dans la quelle elle sait si bien sui- 
vre le grand Electeur son bisayeul, et le* 
grand Roi son frere. Je suis etc. 



• 0*0*0* 

*o*o* 

*o* 



Inedite. 263 

DEL PRINCIPE 

GUGLIELMO 
IV. 

à Dresda ce 28 de Deceinlre lySG. 

J ai recu , Monsieur , vòtre lettre avec 
bien du plaisir : je suis trés-sensible au 
compliment que vous voulez bien me fai- 
re à l' occasion de la bataille de Lobo- 
sitz . Je souhaiterois potivoir vous donner 
des marques plus convinquantes de ma re- 
connoissance pour cette attention . 

Soiez persuade que je me ferai un de- 
voir de vous prouver en tonte occasion 
que ]q suis , Monsieur , aree estime , y6- 
tre sincere et affectionné ami 



Guillaume 



R 4 



264 Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
V. 

à Boulogne ce 3o de Janvier ij58. 

MONSEIGNEUR 

JLl faudroit , Monseigneur, que je fusse 
insensibìe à la gioire de la Prusse, si je ne 
Jiie réjoiiissois pas infiniment du rétablis- 
sement de la sante de V. A. R. J' en ai 
eu des nouvelles presque tous les couriers, 
et je viens enfin de recevoir celle que 
je souhaitois il y a longtems . Il auroit été 
trop triste, Monseigneur, que panni tant 
de réjoiiissances et de triomphes nous eus- 
sions dù étre allarmès poiir celui qui y a 
tant contribué , tandis que sa sante lui a 
permis d'agii'. Puisse-t-elle, Monseigneur, 
étre affermie k jamais, et puissions nous 
voir dérechef V. A. R. à la téte de vos 
armées victorieuses . Je suis etc. 



Inedite. 2.( 

DEL PRINCIPE 

GUGLIELMO 

VI. 

à Berlin ce 26 de Mars iy58. 



U, 



ne indisposition assez longue m' a eni- 
péché , Monsieur , de repondre plutót à 
vótre obligeante lettre ; vous pouvez étre 
persuade que je suis sensible à la part que 
vous marquez prendre à ma sante et con- 
servation. Je souhaiterai qu'elle puisse vous 
étre de quelque utilité ; vous pouvez com- 
pter qu'en tonte occasion ou je pourai vous 
convaincre de mon estime et amitié, Je 
m' en ferai un plaisir , étant vótre très af- 
fectionné et sincere ami 



G UILLAUME. 



^66 Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 

VII. 

à Boulogne ce 3o de Janvier lySS. 
MONSEIONEUR 



Y 



. A. R. auroit raison de me croire non 
pas en Italie, mais au paìs de Congo, si 
je n'avois pas appris ses actions éclatantes, 
tant à la grande journée du 5, que à la 
précédente . La valeur des Prussiens rani- 
mée par 1' exemple de V. A. R. sous les 
murs de Breslau sera une epoque glorieu- 
se de nótre histoire ; et la derniére pro- 
motion de V. A. R. donne un lustre nou- 
veau à la liste militaire la plus glorieuse 
qui ait jamais été. Je suis infiniment char- 
me , Monseigneur , d' apprendre que le 
marquis Angelelli ait mérité son estime en 
combattant sous les yeux d' un aussi grand 
tonnoisseur, que l'est V. A. R. J'envie la 
sort de ceux qui ont vù de près de si 

grande» 



Inedite. 267 

grandes clioses, qui nous font parokre bien 
petit tout ce que nous avions admiré jusqu' 
à présent. Je suis etc. 



DEL PRINCIPE 

FERDINANDO 
Vili. 

au Qiiartier de Neva le 2.1 Mars lySS, 

Je vous suis sensiblement oblÌ£;é de la 
lettre que vous venez de m' adresser à 
r occasion de la bataille de Breslau , ou je 
me suis trouvé, et de mon avancement 
au grade de Lieutenant General. Je mén- 
te nullement les complimens que vous mo 
faites j je n' ai fait à la journée de Bres- 
lau, que ce que mon honneur, le service 
du Roi, de la Patrie, et mon devoir m.* 
ont diete: il y en a, qui ayant plus fait, 
seroient plus dignes de louanges que moi. 
Je ne puis vous nier que je suis charme 

de 



^68 Lettere 

de voir que vous ne discontiauez de vous 
intéresser au sort d'un Roiaurae, ou vous 
avez passe plusieurs années. Vous pouvez 
étre persuade que vos sentimens à cet 
égard augmentent 1' estime que je vous 
ai toujours porte , et avec la quelle je 
serai sans discontinuation 



Le très affectionné Ami 
Ferdinand . 




t N S D I T E . 269 

BEL CONTE 

ALGAROTTI 

IX. 

à Boiilogne ce 4 de Jiiin lySj. 

MONSEIGNEUR 

«J e ne suis pas tant éloigné du pais de la 
gioire , que je ne sache , Monseigneur , 
tonte celle que V. A. R. vient d' acquerir 
à la grande jonrnée de Prague . Permettez- 
raoi, Monseigneur, que j'en félicite V. A.R. 
et que je me félicite aussi d' étre né dans 
un siede ou la Prusse nous fait voir tant 
de grandes choses . Je suis etc. 



■*o*o* 



2^o Lettere 

DEL PRINCIPE 

ENRICO 
X. 

du cliamp de Weissemherg 9 d' Aoilt ijSy, 

M O N S I E U R 

JLjes marches que l' armée a fait, et les 
postes n ayant pas été reglées corame de 
coutume , j' ai été prive de V agrément de 
recevoir et de répondre plutót à l' obli- 
geante lettre que vous m' avez écrite sur 
la bataille de Prague. Vous me dites des 
choses biea flatteuses ; e' est à raoi à les 
mériter . Je serois d' allieurs bien aise d© 
trouver les moyens pour vous donner des 
preuves de 1' estime avec la quelle je suis 



V'àtre très nffectìonné Ami 
Henri . 



Inedite, zji 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
XI. 

MONSEIGNEUR 

J ai appris, Monseigneur, avec le plus 
grand plaisir la noiivelle gioire que V. A. R. 
vient d'acquerir. La guerre est la vérita- 
ble science des Piinces ; et V. A. R. mar- 
che à grands pas sur les traces de ce Neu- 
ton qui preside aux arméés de l'état. Que 
V. A. R. me permette de ne pas vous 
plaindre , Monseigneur , de la glorieuse 
blessure que vous avez remporté à la jour- 
née de Rosbach j mais perraettez - moi , 
Monseigneur , de féliciter tous vos braves 
et vaillants officiers qui sont maintenant 
sous les ordres de V. A. R. dans les paìs 
de Magdebourg, de Berlin et de la Saxe. 
Je suis etc. 



aya Lettere 

DEL PRINCIPE 

ENRICO 
XII. 

à Leipsick ce 16 de Janvier 17 58. 

Voiis avez pris intérét , Monsieur , à la 
blessure que j'ai re^u à la journée du 5 
de novembre: je suis très-sensible à l' af- 
fection que vous me téraoignez ; et ce se- 
ra un agrement pour moi que de cher- 
cher les occasions ou je puisse vous don- 
ner des preuves de 1' estiine et de 1' ami- 
tlé avec la quelle je suis, Monsieur 



J^ótre très affectionné ^mi 

et serviteur 

He NAi. 



Inedite. 2^9 

BEL CONTE 

A I. G A Ti O T T I 
XIII. 

à Boulogne ce 18 de Avril iy58. 
MONSEIGNEUR 

JLerraettez-moi, Monseigneur, que Je dori- 
ne le ben tornato h V. A. R. de sa glo- 
rieuse expédition contre les Francois. Mais 
je crois bien que V. A. R. sera bienlót le 
mal venuto pour les Autrichiens . Vous 
avez delivré, Monseigneur, au milieu de 
r hyver le pais de Brunswic, Wolfenbuttel 
ec Hanovrc des ennemis : libcrator Ger- 
manice. Le repos de V. A. R. ne m'a pas 
r air d' ótre bien long . Vous ne dormirez 
guère , Monseigneur , quoique vous le pour- 
riez , à 1' ombre des lauriers . Vous allez , 
Monseigneur , vous en ceindre de nou- 
veaux: et V. A. R. y saura entrelasser les 
niirtes et les roses pendant cette paix que 
To: XV. S V. A R. 



^^4 Lettere 

V. A. R. nous rainenera plutòt par tant 

de glorieux exploits. Je suis etc. 



DEL MEDESIMO 

XIV. 

à Boulogne ce 16 de Janvier i.ySg. 

MONSEIGNEUR 

J ai pris la liberté d' adresser à m. GulK 
man à Augsbourg un échantillon de liqueurs 
de Boulogne pour V. A. R. Vos quartiers 
d'hyver, Monseigneur, seront fort courts, 
et la caisse n' est pas bien grande . Vos 
travaux dans la campagne passée ont été 
en revanche bien longs, et la gioire que 
V. A. R. a acquis en faisant face avec uno 
poignée de monde à toutes les forces de 
l'Autriche et de l'Empire, la met de pair 
avec les plus grands capitaines. De ce co in 
du monde j'applaudis, Monseigneur, à vos 
exploits. Mais le prince de deux-Ponts, 

et 



Inedite. ayS 

et le comte de Daun y ont applaudi biea 
inieux en se tenant si longtems vis à vis 
de V. A. R. sans oser l'approcher. Coa- 
tinuez moi, Monseigneur, vos bontez, taa- 
dis que vous défendez si vaillarauient l'état, 
et forcez vos enaemis à étre vos plus 
grands admirateurs . Je suis etc. 




,'.h.ir.'i.!is rn 



r.Xc,.:. 



&y6 L E T T E K E 

DEL PRINCIPE 

ENRICO 
XV. 

à Dresdcn ce 2.0 de Février lySg. 
ISI O N S I E U R 

Vj/uoiqiie je n'aìe pas recu les écliantillous 
dés liqueurs de Boulogue que vous m'avez 
envoyé, j'en ressens néanmoins le prix de 
vótre atteation pour moi . J' ai eu à cette 
occasion un entretien avec le sieur Bian- 
coni médecin de la Cour, qui vous con- 
iiott, et qui est, cornine il me T assure , 
en correspondance de lettres avec vous; il 
est agréable de parler sur le sujet des per- 
sonnes aux quelles on s' interesse ; je me 
rapelle toujours avec plaisir de vous avoir 
connu , et je ne déséspere pas de vous 
revoir un jour, et de vous temoigner com- 
bieu je suis 

l'iòti e très affcctionné ami 

et servitenr 

Henri. 



Inedite. 277 

BEL CONTE 

ALGAROTTl 
XVL 

à Boiilogne ce 27 de Mais lySg. 

MONSEIGNEUR 

J-l y a bien des années , Monseigneur, 
que j'e n' ai point re^u des lettres de m. 
Bianconi , et j' ai èie bieii éloigné de re- 
nouveller correspondance avec lui daus Ics 
circonstances presentes . Il m' a fait pour- 
tant savoir dernièrenient , Monseigneur , 
par le canal de sa famille qui est lei, la 
maniere gracieuse doat il a più à V. A. R. 
de parler de nioi. Il me seroit impossible, 
Monseigneur, de dire corabien j" ai été pe- 
netrò de reconnoissance . Mais que dirois. 
je au sujet de la lettre dont V. A. R. 
vient de m' honorer ? A la veiUe des plus 
grands exploits que nous voyons luainte- 
nant éclorre, souhaiter de me revoir, e' est 
le comble pour mei de ma gioire . Tan- 
fi 3 dis, 



ìè'/S Lettere 

dis, Monseigneur, que la modestie est éga- 
le dans V. A. R. à la vaillance, vous vou- 
lez de force que les autres s' enorgueillis- 
sent. Je me /latte bien, Monseigneur, de 
vous faire bientót ma cour de dessous vos 
lauriers. Je ne balance pas à dire hientut : 
Car je ne doute pas, Monseigneur, que 
vos derniers succès ne contribuent infini- 
ment à nous araener la paix la plus soli- 
de et la plus glorieuse. Je suis avec le 
plus profond respect eie. 



•o*o*o*o* 



I ^' E D 1 T E : 279 

DEL MEDESIMO 

XVII. 

à Boiiìogne ce 12 de Jaiivier 1760. 
f 

MONSEIGNEUR 

V_>/serois-je , Monseigneur, venir vous fai- 
re ma cour dans le trou ou V. A. R. à 
passe ]a plus belle partie du carneval , et 
d'oii elle a fait passer son tems assèz mal 
à ra. Daun ? Je prends la liberté , Mon- 
seigneur, de vous envoyer im peu de ma- 
raschino de Zara que j' ai fait adresser h 
m. Gullman à Augsbourg. Je crois que ce 
n' est pas un mauvais cordial pour des he- 
ros qui bravent la rigueur de la saison 
ainsi que les dangers de Mars. V. A. Pi. 
avec des forces bien inferieures à son en- 
nemi , sans comunication avec le Roi son 
frere, a pris Ics magazins à ce ménie en- 
nemi, lui a donne le change, l'a force de 
faire la guerre defensive; et là ou elio vou- 
loit, elle a fait une campagne, disent les 

S 4 ^^^'' 



aSo Lettere 

eonnolsseurs , qui sera une des plus belles 
lecons pour les militaires , qui fera texte 
dans l'art de la guerre. Pour inoi j'admi- 
re les talents militaires de V. A. R. au- 
tant que j" ai admiré si souvent l'esprit et 
le genie . J' en ai été bien de»^fois éclai- 
ré ; et 1' on pouvoit juger aisement dès- 
lors , qu' il ne nianquoit à V. A. R. que 
l'occasion pour égaler ses ancétres qui ont 
merité par leurs glorieuses actions le titre 
de grand . Je suis etc. 



*o*o*o*o* 



Inedite. 281 

BEL PRINCIPE 

ENRICO 
XVIII. 

à TVittemherg ce i5 de Mars 1760. 

M O N S I E U R 

Vous m'avez envoyé l'année passée Jes li- 
queuis admirables . Vous avez encore l'at- 
tention de m'en envoyer une nouvelle pro- 
vision; e' est me surcharger d' obligations; 
que je vous dois avec plaisir. La paix, après 
la quelle tout 1' univers languit, aura une 
iniluence sur tonte chose , elle répandra 
ses douceurs en particulier sur le commer- 
ce d'amitié, qui ont été interronipues par 
la guerre, tout corame la tranquillité, dont 
le paisible laboureur s' est trouvé prive . 
Elle me procurerà parmi d' autres bien- 
faits celui de pouvoir ra.' entretenir plus 
souvent avec vous, et de vous donner des 
preuves de mon souvenir et de 1' estime 
avec la quelle je suis etc. 



aSa L E T T E n É 

XIX. 

à GlogaiL ce ir de Mais lyGi 

MONSIEUR 

-Lie Musicien qui vous remettra cette let- 
tre a toute r envie possible de perfectio- 
ner son gout et son talent. Il joue assez 
bien du violon, connoit les premiers prin- 
cipes de la composition, et souhaite d'ap- 
prendre la méthode et 1' art qui lui itian- 
quent encore . Vous m'obligerèz donc beau- 
coup si vous voulez 1' adresser à un des 
meilleurs compositeurs de vótre connois- 
sance, soit à Porpora, à Gasparini, en un 
mot à celui que vous choisirez, ra'en rap- 
portant entièreraent à vótre discernement. 
Corame je souhaite qti' il entende la raeil- 
leure musique , ainsi j' ai intention qu' il 
aille à Rome et à Venise. Le célèbre Tar- 
tini merite toute son attention, et lui seul 
vaut bien qu' un musicien aille à Padoue 
pour l'écouter. J'attends de vótre coniplai- 
sence, que yous lui donnerez les recom- 

man» 



Inedite. 283 

mandations dont il poiirra avoir besoin . 
Au reste mon indiscietion doit vous pa- 
roitre pardonnable : songez , je vous prie , 
que je rends hommage à la Patrie des 
beaux arts , et que je m' adresse à celui 
qui en fait le plus bel ornement. Je suis 
avec toute 1' estime , Monsieur 



yótre très affectionné ami 
et; serviteur 
Henri , 






284 Lettere 

BEL CONTE 

ALGAROTTI 
XX. 

à Boulogne ce 6 de Jouillet 1761. 
MONSEIGNEUR 



Ri 



.ien au monde, Monseigneur, me sau- 
roit ilatter davantage , que la pensée de 
pouvoir étre bon à quelque chose à V. A. R. 
Le s. Pitscher a été à Boulogne dans le 
tems que j" étois ailleurs . Il partit pour 
Padoue , je lui ecrivis combien j" étois fà- 
ché de ne pas 1' avoir vù , et le priai de 
m' envoyer d' abord la lettre de V. A. R. 
qui devoit contenir les ordres dont il vous 
plaisoit, Monseigneur, de m'honorer à son 
egard . Je le recoinjnandais en mème tems 
avec la plus grande chaleur à un gros mar* 
chand de ines ainis à Padoue, afìn qu' il 
lui rendit service comme à la personne à 
la quelle je m'interessai le plus, et qu' il 
lui avanca de 1' argent dont il pouroit 

avoir 



Inedite. ^85 

avoir besoin . Le s. Pitscher m' envoya la 
lettre de V. A. R. pour , la quelle je ne 
sauro is , ]Monseigueur, la reniercier assez. 
Il est bien heureux pour mei , Monsei- 
gneur , que je puisse falie quelque cliose 
pour un grand Prince qui fait tant de 
grandes choses, et qui donne tant d'éclat 
à nòtre siede. 

V. A. R. verrà par la lettre ci-jointe 
du s. Tartìni que le s. Pitscher profìte in- 
fiuiment de ses leoons , mais que Tartini 
deniande qu'il soit sous sa direction jusqu' 
au printems procliain pour achever son 
ouvrage , et pour en faire quelque chose 
qui soie digne de charnier les oreilles de 
V. A. lì. Pour lui il semblc qu' il ait en- 
vie d' aller à Rome . Au cas que tei soit 
le plaisir de V. A. R. je l'adresserai à uà 
des meilleurs maitres de la chapelle du 
Pape , et le raccomenderai très - cliaude- 
ment k ra. Giustiniani qui doit partir dans 
peu pour l'ambassade de Venise à Rome, 
qui est nion ami particulier , et qui est 
lui-méme très -grand musicieu . V. A. R. 
n' a qu' à ordonner . Tout ce qu il y a en 
Italie de savans en musique se fera un 

lion- 



a86 Lettere 

honneur, Monseigneur , de seconder Ics 
soins de V. A. R. et de travailler à char- 
mer le loisir d'Achille. Il est bien beau 
à V. A. R. de ne pas oublier les Beaux 
Arts , tandis qu' elle fait si savamment la 
guerre , et de songer à embellir la Patrie 
qu'elle sait defendre si vaillamraent. Quant 
à moi, Monseigneur, il m'est bien flatteur 
de vivre dans le souvenir d'un Héros dont 
se souviendront tous les siécles à venir . 
Je sais avec le plus profond respect etc. 



•0*0*0* 
*o*o* 

■*o* 



Inedite. 2S7 

BEL PRINCIPE 
ENRICO 
XXI. 

da champ de Schlettau le 9 d' Jloilt 1761. 

MONSIEUR 

XI m' est bien agréable de vous faire mes 
remerciments pour 1' attentìon que vous 
avez donne à ma recommendation. Le s. 
Pitscher vous devra la perfection de ses 
talents , et j' aurai le J)laisir de me souve- 
nir de son Mécéne, aussi souvent qu' il 
charmera mes oreilles par les fruits de son 
étude . 

Je comprend parfaitement qu'il lui fau- 
droit plus de tems, que celui que j'ai de- 
stine poux' son voyage d' Italie . Je recon- 
nois veritablement les soins et l'application 
que le s. Tartini se donne à le cultiver; je 
voudrais pouvoir le laisser sous sa dire- 
ction tout le tems qii' il souhaite : mais 
comiae ] aime ayec passion à m' occuper 

pen« 



288 L E T T E U É • 

pendant 1' hiver, la niusique étaut ma ré- 
création , i\ ayant J' aillenrs que peu de 
musiciens, e' esc pourquoi je souhaite que 
son écolier soit de retour à la Fin de de- 
cembre . Je lui avois propose la voyage de 
Rome , croyanc qu' il entendroit la cha- 
pelle du Pape, que j" imagine étre la pre- 
mière d' Italie j mais comme je le soumeC 
à vòtre direction entièrement, ainsi il de- 
pendra de vous , si vous jugez à propos 
que ce voyage lui convienne , de 1' enyo- 
yer, cu bien de 1' ea dispenser. 

J' ai un très-grand erapresseraent à vous 
temoigner ma reconnoissance, et à vous 
donner des preuves de l' estime ayec la 
quelle je suis, Monsieur 



Vótre affec donne ami 
et servi teiir 
Henri * 



Inedite. 28(j 

DEL CONTE 

A L G A R O T T 1 
XXII. 

à Boulogne ce io de Novembre 1761. 

MONSEIGNEUR 

Je ne crois pas , Monseigneur, qu' il soit 
permis à personne d'écrire à V. A. R. des 
longues lettres maintenant qu' une partie 
du soie de r Europe est entre vos mains . 
J' aurai seuleraent 1' honneur de dire à 
V. A. R. que je me suis trouvé malheu- 
reusement hors de Boulogne lorsque le s. 
Pitscher y a passe pour la seconde fois . 
Cela pourtant ne m'a pas empéché, Mon- 
seigneur, de lui envoyer à Naplcs les let- 
tres de recorainendation qu' il souhaitoit de 
moi : et je ne doute pas , Monseigneur , 
qu' il ne revienne cet hiver très - savant 
dans la musique , et digne de charmer le 
loisir d' Achille . Je suis avec le plus pro- 
fond respect etc. 

Te: Xy. T 



ago Ij E T T E R E 

BEL PRINCIPE 

ENRICO 
XXIII. 

à Precchendorf ce \/\ de Juillet 1762. 

M O K S I E U R 

Vous me parlez d' un ouvrage , que vons 
111' avez envoyé , et qiie je n' ai pas regu : 
mon iinpatience à ce sujet est extréme. 
J' ai peidu des moments de plaisir que j' 
aurois eu en lisant ce que vous avez com- 
pose. J' ignoie le sujet sur le quel vous 
avez écrit ; mais je suis certain , qu' on 
trouvera dans cet ouvrage les graces et 
les beautez d' Horace , 1' imagination bril- 
lante de Ovide , et 1' eloquence de Cice- 
roii . Il est beau que vous fassiez ressou- 
venir vos lecteurs de vos anclens compa- 
triotes . Voila sur quei je compie ; et si je 
savois cu mi' adresser pour 1' avoir, je se- 
rois emprcssó de vcriiìer par la lecture ce 

que 



Inedite. 291 

que je suis assuré d' avance de troiiver 
dans vócre écrit. 

Mon musicien vous doit des grandes 
obligations , mais je les sens mìeux que 
lui . C est un plaisir pour moi de vous 
devoir ma reconnoissance pour les soins 
que vous vous donnez pour ni' obliger. 

Corame 1' iutérét que vous prenez à 
moi s' étend jusqu' aux affaires et occupa- 
tions dont je suis chargé , je crois vous 
faire plaisir en vous envoyaut la relation 
que j'ai faite de ce qui s'est passe en Sa- 
xe dcpuis que j' ai quitte mes quartiers 
d' hiver. 

Soyez persuade que je suis avec les 
sentimens de la veritable estime 



Vótre très- devono ami 

et se ivi tour 

Henri . 



T 2. 



;392 Lettere t 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 

XXIV. 

à JJouIogne ce i2 de Aoiit 1762. 

M O N S E I G N E U R 

V^ue dira V. A. R. quanti elle verrà qua 
le livre que ] ai pris la libarle de lui en- 
voyer est sur la guerre? Sur cette scien- 
ce que V. A. R. possedè si émìneminent^ 
et dont elle donne de si belles leoons à 
ses ennemis? Le sort en est jetté, et peut» 
étre qu' à cette lieure le livre lui est par- 
venu . Je l'ai fait adresser, Monseigneur, 
il y a long tems à va. Gullman , agent de 
Prusse à Augsbourg ; en tout cas ] ai prie 
m. Pitscher de s' en cliarger à son passage 
à Augsbourg. Selon les ordres de V. A. R. 
il part demain, et compte étre aux pieds 
de V. A. R. dans trois semaìnes environ. 
Pendant tout le tems qu' il a óté ici je 
r ai yu extrémement applique . Le p. Mar- 
tini 



Inedite. 2g3 

tini est extrémement content des progrès 
qu' il a faits sous lui : et Farinello , qu' il 
voyoit souvent, m' en. a dit ancore hier 
tous les biens dii monde . J' envoye à m. 
Michalet le cornpte de ce quo j'ai débour- 
sé pour lui ; le tout se monte à 204 se- 
quins. 

Je souhaite , Monseigneur , que parmi 
ses grands exploits Y. A. R. se souvienne 
quelquefois que personne ne lui bat des 
inains de meilleur coeur que raoi, et que 
je suis son char de triomphe avec un re- 
spect aussi tendre que inon admiration est 
extréme . Je suis etc. 






T 3 



^94 Lettere 

DEL PRINCIPE 

ENRICO 

XXV. 

à Pretchendorf ce zz d' Aoiit ijSz, 

MONSIEUR 

J_ies lettres militaires sont enfin arrivées k 
ma grande satisfaction . Elles ont passe 
par la Silesie ; e' est pourquoi j'ai été pri- 
ve de r agrément de les recevoir plutót . 
Mon nom que vous avez place à la této 
de r ouvrage , orné des plus brillantes 
Jleurs , donne lieu à ma sensibilité de re- 
connoitre l' estime que vous avez pour moi. 
J' ai ensuite le plaisir d' admirer comment 
vous savez manier différents sujets. Après 
avoir mis Newton à la portée des pares- 
seux et des ignorans , vous volez à Cithe- 
re , et e' est là cu le sexe reclame en fa- 
veur de sa nation le prix de la beante, 
que trois nations le plus célébres y tien- 
nent le congrès pour apprécier les dons, 
que les Graces ont repandu sur chacune 

d' elles. 



Inedite. rc)B 

d'elles. Tout-à-coup vous quittez les flé- 
ches de 1' Amour , pour donner carrière 
aux réflexions que le livre de Machiavel 
vous donne occasion de faire . Vous eni- 
belllssez le sujet que vous traitez, par tout 
ce que V érudition a de plus sublime sur 
catte matière . La tactique mìlitaire n' of- 
fre rien d' agréable en elle méme . C est 
un champ aride que vous cultivez : e* est 
r art de tuer que vous présentez sous tou- 
tes les formes , et quo vous rendez aussi 
intéressant que Polybe . Si vous joigniez 
la pratique à la théorie que vous avez 
acquise, vous trouveriez peut-étre, que 
les systemes les mieux arrangès sont su- 
sceptibles de bien de corrections, lorsque 
r expérience nous éclaire . 

Les canons que bien de grands généraux 
ont prétendu ne pas estimer, ont pour- 
tant renversé plusieurs ordres de bataille, 
dont r arrangement auioit paru merveil- 
leux sur le papier. Actuellement les ar- 
laées trainent trois k quatre cent piéces de 
canon de tonte espéce de calibre avec el- 
les; on tire à mitraille jusqu' à mille pas 
de distance; on a les obusiers qui font un 
T 4 effet 



^f)C Lettere 

effet qui n' est pas à inépriser. Lorsque 
les canons sont mis en batterie, un camp 
ne ressemble pas mal à une forteresse : 
ajoutez-y les retranchements qu' on fait 
dans les positions qu' on veut maintenir, 
et le choix du terrein qu' on veut occu- 
par ; car je ne crois pas me tromper, si 
je pense, qù'on réfléchit aujourd'hui beau- 
coup plus sur le locai du terrein que par 
le passe. Les caraps bien choisis pour dé- 
fendre un paìs considérable , sont quasi 
hors d' atteinte , à moins qu' on ne puisse 
entièrement les tourner . Toutes ces cir- 
constances donnent lieu aussi à i' observa- 
tion suivante, que le choc des armées en- 
tières est très-rare; que la valeur empor- 
te difficileraent un poste , quand il est 
bien choisi ; que ceux, qui s' y tiennent, 
mettent leur cavalerie en reserve ; d' ou il 
s'ensuit, que les combats de cavalerie, à 
moins qu' ils arrlvent par éscadrons , sont 
très-rares dans un jour de bataille, ou la 
cavalerie victorieuse donne dans 1' infante- 
rie , et celle du valncu fait la retraite. 
11-y-a bien des ellteptions dans le détail^j 
mais guère dans le tout - ensemble . 

In. 



I N E o 1 T K . ég7 

insensiblement je suis entralné k parler 
sur la maniere dont on s'égorge. Qu' il 
seroit heureux, si on trouvoit l'art de por- 
ter les hommes à s'airaer en frères! Quel-, 
le sagacité ne faudroit- il -pas pour faire 
parler dans leur coeur 1' importante lecon 
que iìt C3'^neas à Pirrhus ! C est une en- 
treprise digne de vòtre attention , la quel- 
le tiendroit une place distinguée dans les 
fastes de 1' humanité . Je suis aveo toute 
la consideration etc. 






sgS L E T T K n É 

XXVI. 

à Freyberg ce 3o de Novembre 1762. 



MONSIEUR 



Vo, 



'oulez-vous m'oWiger, et mettre le der- 
nier prix aux attentions que vous avez eu 
pour luoi? Dans ce cas recevez la bolte 
que je vous envoie, comme un gage de 
mon souvenir . J' ai celui des Lettres mili- 
taires; j' ai journellement les oreilles /lat- 
tées par les sons agréables que Pitscher 
tire de son violon ; e' est à vos soins que 
fé suis redevable de 1;out cela . Il se peut 
qu' en Italie mon musicien soit très - peu 
de chose, mais je sai bien que nos oreil- 
les tudesques trouvent un grand change- 
inent en lui . Voila l' effet de l' art des 
'virtuosi d'Italie: que ne doit^ce-pas étre 
de les entendre eux-mémes, si leurs éco- 
liers en si peu de tenis peuvent se perfe- 
ctionner ainsi ? Enfìn , Monsieur , je ne 
cesserois de vous entretenir sur le méme 
suj'et, si par discretion /e ne m' imposois 

si- 



Inkdite. sgg 

silence , en vous pFÌant d* étre convaincu , 
que riea n' égale la consideration avec la 
quelle je suis etc. 







3oo LiTTERE Inedite. 

XXVII. 

ò Dahlen ce ag de Decembre 1762. 



MONSIEUR 



y., 



rous me faites un compliment à V occa- 
sion de la bataille de Freyberg , qui me 
foit connoltre quel intérét vous prenez à 
ce qui m' arrive . Je souhaite avec vous , 
que le tempie de Janus se ferme , et qu 
il soit ferme à jamais : }" aurois alors peut- 
étre le plaisir de vous voir et de vous as- 
surer combien je suis 



Vótre très affectionné ami 

et servìteur 

Henri . 



LETTERE 

BEL PRINCIPE 

FERDINANDO 
DI BRUNSWIG. 



So3 




DEL CONTE 

ALGAROTTI 
I. 

à Boulogne ce 4 de Juin lyS'j, 

I^IONSEIGNEUR 

JLia victoire de Prague et la gioire quo 
V. A. R. y a acquise seront à jamais liées 
ensemble . Autant que bon Prussien je 
prends part au gain de cette grande jour- 
née; autant cornine bon serviteur de V. A. R. 
j" ai r lìonneur de la féliciter sur la part 
qu' elle y a eù . Je suis avec un profond 
respect etc, 



3o4 Lettere 

n E L PRINCIPE 

FERDINANDO 

II, 

aa camp de Leikmeritz ce 7 Juillet ijSj. 

MONSIEUR 

JLiO souvenir des personnes qu' on estima 
est toujours cher; et je vous prie, Mon- 
sieur , de croire , que celui que vous dai- 
gnez me marquer par vòtre lettre du 4 
Juin m' a fait un plaisir iniini . Je ne crois 
pas mériter tout ce qu' elle contient de 
flatteur à mon égard ; mais je vous suis 
bien obligé de l' amitié que vous conti- 
nuéz de me porter . Je vous prie d' étre 
persuade en revenche que rien n' égale 
r estime parfaite avec la quelle je suis, 
Monsieur 

Vótre très-humhle et très-devoué servitevf 
Ferdinand 
Due de Briinswic et de Lunebourg. 



Inedite. 3o5 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 

III. 

"^à Boulogne co 16 de Janvier 1759. 

MONiEIGNEUR 

V. A. S. voudra biea me permettre que 
je la félicite sur sa promotioa et sur la 
belle campagne qu'elle vieut de terminer. 
Tout ce que le théàtre de la guerre en- 
seigne , et qui semble plus beau à imagi- 
ner que possible à exécuter, vous le sa- 
vez , Monseigneur , mettre en pratique . 
Tout le monde vous bat des mains, Mon- 
seigneur , et vos ennerais sont vos plus 
grands panegiristes. Nous en avons un ici 
pour les quartiers d' hyver . C est le mar- 
quis Monti maréchal de camp des armées 
de France , et qui a eù lant de part à la 
prise de Mahon . Il vous adraire autant 
que les Prussiens et les Anglois vous sa- 
vent gre de toutes les belles choses que 
To: XV. V V. A. S. 



3o6 Lettere 

V. A. S. a fait . Parjiii les admirateurs , 
Mouseigneur, et ceux qui savent gre à 
Y. A. S. je ne suis pas assurèment le der- 
nier, et suis avec le plus etc. 

DEL PRINCIPE 

FERDINANDO 
IV. 

à Munster ce 29 de Février lySg. 

MONSIEUR 

Vótre souvenir m' est toujours des plus 
agréables, Monsieur, puisqu'il rae vient de 
la part d' une personne que j" estime inli- 
niment. Soyez-en plainement convaincù, 
Monsieur, et recevez nies très-parfaits re- 
jnerciments pour vótre lettre infìniment 
obligeante du 16 du inois de Janvier passe, 
et qui m'est parvenue ces jours passez. Les 
succòs heureux qui ont suivi jusqu' à cet- 
te heure mes expéditions jnilitaires ne font 

point 



N E i> I T E ; S07 



point sur vuoi V impression , qiie e' est à 
mes talents que j' en suis redevable. Point 
du tout; nn contraire je suis toujours en 
garde contzé moi-ménie, pour ne point 
tomber dans ce pernicieux et très-dange- 
reux defaut, d' avoir trop bonne opinion 
de soi - méme . Je tàclie de remplir ma 
carrière avec tout le zéle possible , quel- 
que pénible qu' elle soit . C est à quoi je 
m' applique; et je m'y borne, sans preten- 
dre ni exiger davantage . Conservez - moi 
toujours, Monsieur, vótre amitié et soyez 
persuade que je ne discontinuerai d' étre . 



•o* 



V 



So8 Ij K T T E n É 

BEL CONTE 

ALGAROTTI 
V. 

à Boulogne ce 4 ^e Mars lySg. 
MONSEIGNEUtì 



E 



n lisant la lettre de V. A. S. il me pa- 
roit de lire une lettre de Marc Aurele 
écrite au milieu de ses plus grands ex- 
ploits . Il faut donc , Monseigneur, vous 
admirer aussi par la modestie. Soit ; et 
que toute sorte de louange vous soit due.. 
Mais permettez, Monseigneur, que Je pre- 
pare avec toute l' Europe mes battemens 
de main à ce que vous allez faire enco- 
re. Je voudrois bien remercier V. A. S. 
de tout ce qn il Lui plalt de me dire 
dans la lettre dont elle m'a honoré. Mais 
vous me faites, Monseigneur, trop sentir, 
pour que je puisse jamais le rendre. 

V. A, S. doit avoir re9Ù de Venise des 
nouvelles de mad. Denis. Elle est arrivée 

lei 



Inedite. 3og 

ici ces jours passez ; et elle doit retourner 
à Berlin l' automne procliain . Elle con- 
tribuera sans doute plus que tout autre à 
embellir ces fétes que F on prepare aux 
vainqueurs de la terre , et dont V. A. S-. 
aura sa bonne part. Je suis etc. 



DEL MEDESIMO 

VI. 

à Bof doglie ce zi de Aoiit lySg. 

MONSEIGNEUR 

Xiien ne m' étonne de vótre part, Mon- 
seigneur, n' en déplaise à v6tre modestie ; 
pas méme l'étonnante victoire que V. A. S. 
vient de reraporter près de Minden. Après 
la belle campagne d' hiver de l' année pas- 
sée, superieure à celle d'Alsace de m. de 
Turenne; après le passage, et le repassa- 
ge du Rhln; après la victoire de Crevelt, 
le projet de Bergen, et la bello defensive 

V 3 pre- 



3lO L B T T E n E 

preparée daus la Westplialie , vous nous 
aviez mis en droit, Monseigneur, de nous 
altendre à la belle et compiette lenon que • 
voiis venez de donner à m. de Gontades , 
et à la /leur des Francois. Vous n'y avez 
pas manqué, Monseigneur, et je crois que 
vous coutez tout à Tlieure à la France au- 
tant d'hommes, que lui en ont couté le 
Prince Eugene et le Due de Marlbourugh . 
Un peut bicn, Monseigneur, vous faire lo 
cojnpliment que faisoit Addison à ce Héros: 

An Iliad rising oiit of one campaign . 
Le bon Dicu n* a pas été pour le coup 
pour les gros bataillons, mais pour la di- 
scipline, pour la couduite, pour l'habilité. 
Parrai vos prisonniers vous avez un de ines 
amis, le maréchal Monti, qui éprouvera com- 
biea vous étes airaable, Monseigneur, ai:. 
tant qu' il a senti corabien vous étes vail- 
lant. Continue/, Monseigneur, à étre le 
bouclier et l'épée de l'Allemagne; et tan- 
dis que vótre noni, est chanté en Angle- 
terre , recevez les applaudissements de 1' 
Italie . 

Je suis avec la plus grande admiration 
et le plus profond respect» 

P. 6. 



Inedite. Sii 

P. S. Oserois - je demander à V. A. S. 
un pian de la bataille près de Minden, le 
champ de vótre gioire ? J' en aurai fait 
dos feux de joie avcc mad. Denis ; mais el- 
le est partie depuis quelcjue tojus pour Ics 
bains de Luc<jiies . 




i».ii.ii..inmlinniia .imimliiliiiiuinHHLMMllllllinill«lllfllllllllHMIIIIIIII11llll 



y 4 



3i2 Lettere 

DEL PRINCIPE 

FERDINANDO 
VII. 

au Qiiartier de Croffdorff ce 4 Octobre 1759. 

]M O N S I E U R 

Je suis infiniment sensìble aux marques 
de vòtre souvenir, et de vòtre amitié, que 
vous me donnéz à connoitre par vòtre let- 
tre du 21 d'Aoiit, qui m' est parvenue, 
il y a quelques jours . Recevez - en , Mon- 
sleur , mes bien sincers reinerciraents . Je 
ne puis repondre à tout 1' obligeant , et à 
tout le poli , que vous me dites , au sujet 
de r heureux succès de la journée du 1 
d'Aoiit, pour les armes Britanniques en 
Allemagne. J'ai été témoin oculaire, avec 
une satisfaction inexprimable mélée d' é- 
tonnement, des prodiges de ferraeté, et 
de courage de cette valeureuse nation Bri- 
tannfque. C est à Elle, et noramement à 
leur infanterie, que les louanges sont dùes. 

Les 



Inedite. 3i3 

Les Allemands qui forment partìe de cat- 
te armée que j" ai 1' honneur de comraan- 
der, n' ont pas moins signalé leur zéle 
poiir leui' patrie, par le courage le plus 
intrepido: je me ferai un plaisir de vous 
envoyer le pian de la journée du premier 
d' Aoiit . Je le fais graver actuellement eit 
Hollande de deux manières. Je vous fai- 
rai parvenir 1' un et 1' autre . Je vous prie 
de fairc mille tendres compliments de ma 
part à r aimable Denis ; et d' étre persua- 
de que e' est avec les sentimeuts de V esti- 
me la plus distinguée que j" ai 1' honneur 
d' étre . 






3i4 L E T T E n E 

vili. 

à Croffdorff ce 5 de Novembre lySg. 

M O N S I E U R 

Je vous envois ci-joint le pian que vous 
avez desiré posseder. Je me fais uà plai- 
sir de vous l'offrir, puisque vous voudrez 
r accepter comme im gage de mon arai- 
tié pour vous. Vous protestant que je n© 
discontinuerai d' étre . 



*o*o+o* 



Inedite. 3i5 

BEL CONTE 

A 1. G A R O T T I 
IX. 

à Boulogne ce ig de Novembre lySg. 
MONSEIGNEUR 



v_j est avGC la plus grande reconnoissance, 
Monseigneur, que j'ai rcou le premier pian 
de la bataillc de Torchausen, iju' il a più à 
V. A. S. de m'eiivoyer, et les deiix niols 
flont elle a bien voulu l' accompagner et 
rendre infiniment plus précieux . Le pian 
sera pour moi un monument de ses bon- 
tez, cornine il est pour V. A. S. le plus 
beau monument de .sa gioire et le chef- 
d' oeuvre de ses exploits . Je crains pour- 
tant fort pour les Francois, Monseigneur, 
que vous ne vous cn teniez ancore pas là 
pendant cette campagne ; et en attendant 
V. A. S. les tient en haleine et au froid, 
les fait fourrager beaucoup plus loin qu' ils 
ne voudroient . Malgré tout le mal que 

vous 



3i6 Lettere 

vous leur faites, et qu'ils sentent bien que 
vous leur ferez encore, il vous aiment au- 
tant qu' ils vous adiuirent . M. le maié- 
chal Monti qui est ici depiiis quelques se- 
maines ne sauroit cbanter assez vos louan- 
ges , Monseigneur . Je 1' en aime bien d* 
avautage depuis qu' il est vótre prisonnier. 
J' oserois presque dire le nótre : J' ai été 
toujours Anglois d'inclination, et suis Prus- 
sica étant attaché au service du Roi. Mais 
V. A. S. sent bien que les grandes actions 
du Roi et les vótres me font devenir plus 
Prussien et plus Anglois que jamais . Mais 
vous n' avez que faire , Monseigneur , de 
mon verbiage , tandis que 'peut • étre vous 
allez donner quelque ordre qui deciderà 
du sort de la Franconie et de 1' Empire . 
Je suis etc. 



• 0*0*0* 

*o*o* 

•o* 



Inedite. Siy 

DEL PRINCIPE 

FERDINANDO 
X. 

à Croffdorff ce 3i de Decembre lySg- 
MONSIEUR 

V ótre lettre du i<) de Novembre vlent 
de m' étre rendue aujourd' liui . J' ai été 
charme de ce que 1' envoi du pian de la 
journée du premier d' Aoiit vous ait fai.t 
plaisir. Je n' ai pas assez de présomption 
ni d'amour propre, pour prendre pour de 
r argent comptant , ce qu' un excès de po- 
litesse vous diete sur mon sujet. Je sais à 
quoi m' en tenir . Je tàche de remplir la 
carrière dans la quelle je me trouve aussi 
bien que je le puis . Le suffrage non mé- 
rité d' une nation aussi aimable et respe- 
ctable , que l' est la nation frangoise est 
infìniment flatteur pour moi. Dos que le 
second pian, que je fais grayer de la dite 

journé© 



Si8 Lettere 

journée sera achevé , je vous 1' enverrai 
pareillement . Rendez - moi , Monsieur , la 
justice d' étre persuade que je ne discon- 
tinuerai d' étre avec V estime la plus di- 



stinguée. 



D IJ: L CONTE 

ALGAROTTI 
XI. 

à Bouhgne ce 12 de Janvier 1760. 

MONSEIGNEUH 

Je prends la liberté, Monseigneur, d'en- 
voyer à V. A. S. un échantillon de Ma- 
raschino de Zara . Je crois qu' il pourra te- 
nir lieu de chocolat durant une saison que 
V. A. S. sait braver aussi bien, que tous 
les dangers de la guerre . Il ne manquoit 
pour le corable de la gioire de V. A. S. 
que ce qu' elle vient de faire . Détaclier 
un gres corps de son arraee, en le con- 

fiant 



Inedite. Zig 

Bant au jeune Héros , qui fait bien voir 
de quel sang il est sorti , le taire accourir 
en Saxe , et faire té te après cela à 1' en- 
nemi de la fa^on qu' il a éprouvé à Dil- 
lembourg! Puisse cette guerre terminer par 
une paix qui reponde à la beavité des a- 
ctions de V. A. S. et à 1 excòs de sa mo- 
destie , dont elles re^oivent un nouvel é- 
clat. Je suis etc. 



*o*o*o* 

■*0-*rO* 



520 Lettere 

DEL PRINCIPE 

FERDINANDO 
XII. 

à Paterhorn ce 17 de Février iy6o. 
MONSIEUR 



i> 



est depuis quelques Jours que /e me 
troiive en possession de vótre lettre infini- 
ment polle, en date du 12 du mois passe 
de Boulogne. Je vous prie, Monsieur, d'en 
agréer mes très-sincers, et très parfaits re- 
merciments. Le ballot, renfermant du Ma- 
raschino de Zara, me fut délivré bieu de 
tems auparavant : et j' ignorois alors abso- 
lument, à qui j" en él;ois redevable. Vótre 
lettre me tira de mon incertitude . Rece- 
vez-en pareiìlement , Monsieur, raes très- 
parfaits remerciraents. Toute fois que je 
ferai usage de cette liqueur delicieuse , je 
me ressouviendrai toujours avec un plaisir 
infini de celui qui me T a procurée . Je 

vous 



iNEniTE. Sai 

Vous prie, Monsieur, de me continuer tou» 
jours vòtre amitié, dont je fais uà cas iu- 
fìni , et d' étre persuade que e' est avec 
les sentimonts de la plus parfaite estime 
que j' ai 1' honneur d'étre. 

*0*0*0* 0*0*0* 0*0*0*0*0* o* 
BEL CONTE 

ALGAROTTI 

XIII. 

à Boulogìie ce 18 d* Aoiit 1.761. 

MONSEIGNEUR 

Xout accoùtumé que vous étes , Monsei- 
gneur, à vaincre, la victoire que V. A. S. 
vient de remjjorter n' aura pas laissé do 
vous faire grand plaisir . Pour nous , nous 
r aurions prise pour un miracle si V. A. S. 
n' eut pas été à la téte de l' armée alliée . 
Une poignée de monde donnée, tenir con- 
tro deux armées formidables, leur difficul- 
ter les vivres , les battre , e' étoit un beau 
To: XV. X prò- 



Z2li Lettere 

probleme à resoudre . V. A. S. 1' a falt et 
avec une geometrie et une élégance admi- 
rables . Aussi est il bien juste , Monsei- 
gneur, qu' une nation profonde et pensan- 
te comme 1' Angloise ait un Neuton à sa 
téte. Apparamment , Monseigneur, V. A. S. 
est après à tirer des coroUaires de la ré- 
solution d' un probleme qui aura été sans 
doute plus admirée que goutée en Fran- 
ce, et pour la quelle ce ne seroit pas trop 
si on sacrifioit! une Hécatombe en Angle- 
terre . Je suis etc- 



•0*0*0*0* 

*o*o*o* 

*o*o* 

*o* 



Inedite, SaS 

DEL PRINCIPE 

FERDINANDO 
XIV. 

à Eirnheik ce zi de Novembre 1761. 
M O N S I E U R 



\6 



Ótre compliment obligeant, que vous m* 
avez adressé à Toccasion des avantages que 
l'armée confiée sous mes ordres à rempor- 
té à la journée de Fillinghausen au i5 et 
16 du mois de Juillet, contenu dans vò- 
tre lettre , m' est parfaitement bien arrivò 
cn son teraps . Recevez - en mes bien par- 
faits rémerciments . Soyez persuade , Moa- 
sieur , de 1' estime très - distinguée que j© 
vous porte, et avec la quelle je suis etc. 



• 0*0* 



X 2 



S24 Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
XV. 

« Pise ce 10 de Decemhre 1763. 

M O N S E I G N E U R 

v_/n peut-dire des campagnes de V. A. S, 
ce que l' on a dit des harangues de De- 
mosthenes, que la plus belle est celle qu' 
on lit la dernière . La campagne que vous 
avez faite celte année, Monseigneur, a été 
remplie de si belles manoeuvres, qu' elle 
inéritoit bien de terminer la guerre la plus 
diffìcile et la plus savante , qu' on ait ja- 
mais fait . Permettez • moi , Monseigneur , 
de vous en fèUciter d'un endroit, qui tout 
<51oigné qu'il soit des champs de vòtre gioi- 
re , en est pourtant tout renipli . L' état 
de ma sante ni' a fait chercher 1' air doux 
et tempere de ce cliraat ; et la méme rai- 
son y a aussi amene mylord Warkenworth, 
qui a été, Monseigneur, pour quelque tems 

de 



Inedite. 3^5 

de vòtre arraée, et s' est trouvé à 1' expé- 
ci ition de Wesel avec ce Prince qui inar- 
che si dignement sur les traces de V. A. S. 
et ne déraent pas le sang dont il est sor- 
ti. Nous parlons de V. A. S. les journées 
entières , et nous recommenrons le lende- 
niain, cornine si nous n'en avions pas par- 
lò du tout. En verité , Monseigneur, vous 
devez savoir quelque gre aiix Aiiglais de la 
justice qu'ils vous rendent, tandis que vous 
avez si fort éclipsé leur Duo de Malbou- 
rugh . 

Oserois je me flatter, Monseigneur, que 
V. A. S. voudra bien me pardonner une 
liberto que j' ai prise . On fait à présent 
une seconde édition d' une relation du vo- 
yage que j' ai fait en Russie , oìi 1' on dé- 
crit entre autres choses la guerre singidle- 
re que les Russes ont faite contre les Tar- 
tar^s et les Turcs, qui linit par la paix de 
Belgrade . Gomme il a pam que ce petit 
ouvrage n' a pas été mal accueilli du pu- 
blic , j' ai songé à le consacrer au nom de 
V. A. S. et elle trouvera cy-joint 1' épì- 
tre qui en doit étre à la téte. Ne dédai- 
gnez pas , Monseigneur , je vous en sup- 
X 3 plie , 



SaG Lettere 

plie, que vòtre nom retenlisse dans une 
langue qui n' est pas dédaignée des Mu- 
ses, et que je voudrois manier coinrrie le 
Tasbe pour vous célébrer dignement . Je 
suis etc. 

DEL PRINCIPE 

FERDINANDO 
XVI. 

à Brilnswic ce 9 de Janvier i763, 
MONSIEUR 

T' . 

*j ai eu la satisfaction de recevoir, il y a 
quelques jours, la lettre que vous m' avez 
fait r honneur de in' écrire le 10 du mois 
passe. Je suis très- sensi ble aux choses in- 
finiment oblfgeantes que vous ni' y avez 
dit sur ma dernière campagne. iNous avons 
combatta pour nos propres foyers , et l' a- 
mour de la Patrie m' a fourni des forces 
pour vaincre les difiìcultez que nous avions 

à sur' 



Inedite. S27 

à surmonter ! Vous relevez, Monsieur, cet 
avantage d' une manière si infiniment po- 
lie et si /latteuse ponr moi, que j' en se- 
l'ois confiis, si je ne l'attribuois pas raoins 
k mon luerite, qu' à 1' excès de vótre ami- 
tié polir moi : et à ce titre rien ne me 
sauroit flutter autant que vótre suffrago. 

Je suis de inéme très - flatté de 1' hon- 
neur qtie vous comptez de me faire d© 
mettre mon nom à la téte de la nouyelle 
édition de la relation du voyage que vous 
avez fait en Russie . Il n' est pas étonnant 
qu' un ouvrage sorti de vos mains ait étó 
bien accueilli du public. Vótre piume ren- 
droit intéressantes les choses qui le se- 
roient infiniment raoins que celles que vous 
y avez traité. Je vous prie, Monsieur, de 
recevoir en échange de ce temoignage pu- 
blic que vous m' y avez donne de vótre 
affection , les assurances les plus sinceres 
d' une estime sans bornes avec la quelle 
je suis etc. 



X 4 



SaS Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
XVII. 

à Boiilogne ce 3o d' Aoiit i^63. 

M O N S E I G N E U R 

jL-à& mauvais état de ma sante m' a em« 
péché , Monseigneur, d' accompagner le li- 
vre que j" ai eu 1' lionneur d' envoyer à 
V. A. S. Je le fais maintenant que ma san- 
te est un peu remise: et je la supplie de 
le recevoir avec cette bonté dont elle a 
daigné toujours donrier tant de marques à 
r auteur . J' ai eu 1' honneur d' accompa- 
gner en esprit V. A. S. dans le voyage qu' 
elle a fait dernièrement. Elle y a revu ses 
champs de gioire , en les faisant voir à un 
très - grand connnisseur , et y aura gouté , 
je suis sur, un plaisir encore plus delibai 
que celui qu' elle a Tessenti les jours mé- 
mes de ses victoires . Mais j'ai eu le plai- 
sir ces jours passés de voir en personne 

va., le 



Inedite.- Sag 

m. le comte du Miiy, et ci' entendre 1' é- 
loge de V. A. S. dans la bouche de ceux 
qui sont les panegiristes les moins suspects 
des héros . Je suis etc. 



DEL PRINCIPE 

FERDINANDO 
XVIII. 

à Briinswic ce 9 de Novembre i^63. 
]\I O N S I E U R 



u 



ne fonie d* incidents et de distractions 
m' ont empéché de repondre plutót à vó- 
tre très-chere lettre du So Aoùt, que je 
n' ai pourtant recue que le 37 de Septem- 
bre. Je vous dois mes plus teadres et plus 
sincères remerciments pour le livre des 
vos vojages de Russie que vous avez eu 
la bouté de me dedier. Il m' est parvenu 
en 6 exemplaires peu de tems avant la re- 
ception de vótre lettre, lorsque j'étois dans 

le 



53o Lettere 

le couraat de catte année en dernier lieu 

à inon Gouverneinent k Magdebourg. 

Tout r obligeant que vous m avez dit 
dans vòtre lettre au sujet du voyage que 
y ai fait avec S. M. le Koi de Prusse en 
Westphalie et dans le pays de Cleves, ra'à 
touché infiniment. 

C est avec laison que vous dites , que 
j'estime et j' honore beaucoup Fauteur qui 
vient de m' envoyer son ouvrage. Je desi- 
re ardeinment de trouver une occasion de 
lui réitérer de bouche tonte 1' estime et 
r affection que je lui porte . Je n' ai pas 
été moins sensible à tout ce que de flat- 
teur vous me marquez au sujet de la con- 
yersation que vous avez eue avec m. lo 
chevalier du Muy, en vous protestant que 
j' ai r honneur d' étre . 

P. S. J' ose joindre à la suite de celle» 
ci quelques pièces qui constatent quelques 
événemens de la dernière guerre, et quel- 
ques faits interessants arrivez durant ce 
tems. Je vous prie de leur accorder place 
dans la collection de medailles que vous 
en devez déjà posseder. 



Inedite, 33 1 

BEL CONTE 

ALGAROTTI 
XIX. 

à Pise ce xj de Janvier 1764. 
MONSEIGNEUR 



N, 



Oli content, Monseigneur, de m' avoir 
marqué son agrement par la lettre la plus 
ilatteuse pour moi , V. A. S. a voulu en- 
core y ajoiiter un present digne d' elle . 
Je le regois , Monseigneur , avec une re- 
connoissance d' autant plus profonde , que 
je sens de le meritar moins. Cette me- 
daille sur tout, Monseigneur, qui consa- 
cre à la posterité la bataille de Minden, 
une des plus grandes journées que les hom- 
mes ayent combattu , sera sans doute à la 
téte de ma collection, et me rendra plus 
difficile que jamais à 1' augraenter. Je tà- 
cherois , Monseigneur, de remercier V. A. S. 
si je croyois pouvoir y reussir dans la moin» 
dre partie . Mais je sens qu il me seroit 

aussi 



332 Lettere Inedite. 

aussi irapossible de le faire, cju' il a été 

aux Francois de la battre . 

Je suis avec la plus vive reconnoissan- 
ce et le plus profond respect. 




1 



LETTERE 



DEL CARDINALE 



DE B E R N I S 



SS5 

LETTERE 

BEL CARDINALE 

DE BERNIS.(0 

DEL CONTE 

ALGAROTTl 
1. 

à Mirabella ce i d' AoìU yjS^. 

«Je coramence à croire que ma sante est 
de quelque importance puisque V. E. dai- 
gne y prendré part. Je suis ancore aux 
bouillons de vipere , et à 1' avoine , dont 
il senible que je tire quelque profit: et 

l'oa 

(i) Dietro le gloriose testimonianze degli 
onori resi al Co: Algarotti dal gran Federigo 
e dagl' illustri Principi di Brandemburgo e di 
Brunswic , non abbiam creduto disdicevole il 
produrre altresì le prove dell' amicizia , onde 
fìnchè visse l'onorarono dud £ra gli uomini pii!i 

in- 



336 Lettere 

r on veut me raettrc au lait d' anesse dès 
que la saison rafiaichira un peu . Je com- 
pte plus que bur les reniédes , sur la bori- 
te de l'air et sur la tranquilité de l'àme: 
et les bontés doiit V. E. m' honore ne 
contribuent pas peu à raettre du baume 
dans mon sang . Je viens eniln de rece- 
voir une réponse du Roi de Prusse à la 
lettre que je lui écrivis dès le comraence- 
ment de Juin : elle est telle que je la pou- 
vois souhaiter : il in' accorde le congé qu© 

insigni che mai figurassero nella condotta de- 
gli affari pubblici : il sig. de Bernis , e il sig. 
du Tillot. 

Il primo sollevatosi fin da' suoi verdi anni 
ad occupare un de' primi seggi nel Parnaso 
francese, fu, a cosi dire, introdotto dalie Muse 
nella carriera politica . Ambasciatore prima di 
Francia presso la Repubblica Veneta , poscia 
in Ispagna ; quindi plcnii^otenziario nella spi- 
nosa negoziazione conclusa col celebre trattato 
di Westfalia del lySG; assunto dipoi al grado 
di Coiisigliere di Stato e Ministro degli affari 
esteri ; promosso in seguito alla sagra porpo- 
ra, e dichiarato ambasciatore di Francia alla 
S. Sede, presso cui trasse il non breve e glo- 
rioso 



Inedite. SSy 

je lui avols demandé, me plaint en ter- 
mes fort honnétes siir l'état de ma sante; 
et fait des souhaits pour qu' elle se remet- 
te dans l'avenir. Il me faut accompagner 
cette nouvelle des plus vifs remerci mens 
pour V. E. ; puisque e' «st aux conseils de 
V. E. méme que je suis en grande partie 
redevable de cette réponse. Qu' il est doux 
de devoir à l' Iiomme le plus aiinable ce 
qu' il y a de plus précieux ! Je ne saurois 
assurément faire un meilleur usage de ces 

dons 
rioso corso di sua vita; il sig. de Beruis ma- 
nifestò costantemente nell'adempimento dei do- 
veri annessi a così luminosi e difficili ministe- 
ri , un genio fatto pel maneggio de' grandi af- 
fari , un' anima penetrata de' più bei sentimen- 
ti, un cuore pregno delle più sublimi e più 
rare virtù. Nacque nel 171 5, e mancò a' vivi 
li 2 novembre del 1794- 

Il sig. du Tillot Ministro dell' Infante di 
Parma possedeva i talenti e l' anima di Col- 
bert ; né d' altro avrebbe avuto d' uopo per 
uguagliarne la gloria , senonchè di avere un 
Regno come la Francia , e non il picciolissi- 
mo Stato di Parma , per campo delle sue ma- 
gnifiche imprese . 

To: XV. Y 



538 L E T T E n E 

dons qu' en les employant à faire ma cour 
à V. E. et à puiser chez elle ce que je 
chercherois ea vain partout ailleurs, et ce 
que Paris ne sauroit assez regretter. La 
plus vive reconnoissance se mèle plus que 
jamais à tous les sentimens qui sont dus 
à V. E. et sur tout au profond respect 
avec le quel j' ai 1' honneur etc. 

• 0*0* 0*0*0*0*0*0*0*0*0*0* 
BEL CARDINALE 

DE BERNIS 
IL 

à Flesso ce 3 d' Aoilt ij5^. 



Ve, 



'ous me faites grande pitie, Monsieur, 
d' étre obligé à garder un regime si auste- 
re ; cependant je desire que vótre conva- 
lescence soit un peu longue . Je suis très- 
aise que. mes pressentimens ayent été ju- 
stifìés , et que le Roi de Prusse veuille 
bien entrer si honnétement dans les bon- 
nes raisons que vous ayez de rester encor 

re 



Inediti:. 35g 

i-e quelque teras dans vòtre patrie. Lo 
congé illiraité que vous avez obtenu , ne 
me fait plus craìndre de vous perdre . Le 
plaisir de vous posseder quelquefois à Ve- 
iiise est le plus grand que j' espére cet hi- 
ver; faites m'en jouir le plus souvent que 
vous pourez. Retranchons, je vous en prie, 
dans nutre petite correspondance le très- 
hurnble serviteli?' de Li Rn . J' écris cin- 
quante ou soixante fois par semaine cette 
platitude ; jugez s' il ne me doit pas étre 
agréable de pouvoir la retrancher avec ceux 
dont je suis véritablement le serviteur, V 
admirateur et 1' ami . 



•♦o*o*o* 



Y a 



34° Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 

III. 

à Penise ce 18 de Janvicì' lySS. 

Je félicite V. E. sur son heureux voya- 
^e ; je félicite Parme et S. A. R. sur son 
arrivée . Je ni' attendois bien que nous au- 
rions eu à Venise un raaigre carnaval. Le 
mien ne commencera qu' environ à la mi- 
caréme : en attendant j' ai 1' honneur de 
vous envoyer, docte sermones utriusque lin- 
guas , une petite piece qui est d'un genre 
nouveau dans nótre langue : elle voudroit 
rendre quelque odeur de cette fleur d' es- 
prit qui embaurae les écrits de V. E. les 
rend les délices des gens aimables, et les 
transmettra à la posterité . Si vous savez 
écrire comme Horace , daignez me juger 
en Quintilius; et iìxez le prix de mon ou- 
vrage . J' ai 1' honneur etc. 



Inedite. 34 1 

DEL CARDINALE 

DE B E R N 1 S 
IV. 

à Panne ce 28 de Janvicr lySS. 

JLja vie qiie je mene ici, Monsieur, est 
si coupée, et si differente do celle que je 
menois à Venise , que je n' ai pas eu le 
*eins de lire encore l' ouvrage que vous 
lu' avez envoyé , malgré sa brieveté , et le 
gout que ] ai pour tout ce que vous fai- 
tes . Vous m' avez valu la connoissance du 
pere Betinelli que j' ai trouvé infiniment 
aimable; je vous prie de le lui dire. On m* 
a envoyé ici la permission d' aller faire un 
tour en France ; j'ai écrit pour qu'on me 
permit de ne pas en profiter sitót; on se- 
ra étonné , Je crois, de ma résistance, et 
l'on croira que Venise, malgré la solitude 
Oli ]Y vis, a pour moi bien des charmes. 
Cela est vrai à une infinite d' égards ; je 
vous prie de le croire , et de le faire eroi- 
re , parceque cela est extrémement vrai . 

Y 3 Dès 



Z/{Z Lettere 

Dès que j'aurai lu, je vous remercieral du 
plaisir que vous m' aurez donne . J' ai 1' 
honneur etc. 

Il y a une contrebande permise à Ve- 
nise que je vous prie de faire de ma pait 
k tous ceux et celles que vous savez qu© 
j' aime et respecte. 



DEL CONTE 

ALGAROTTI 
V. 

à Venise ce 8 de Février iijSS. 

-/Ymusez vous, la plus aimable des Excel- 
lences, et ne me lisez pas . Je ne dois pas 
étre fàché que Venise vous perde : vous y 
allez trop gagner vous et la France. J'avoue 
pourtant à V. E. qu il n' y a pas tant d' 
heroisme qu' il ea paroiC dans mon. fait : 
e' est que je corapte bien d' aller vous fai- 
re ma cour dans ce pays des arts, de Y 
esprit et des graces que vous allez embel- 

lir. 



Inedite. 345 

lir. Mais pour Venise qui ne peut pas 
compter aussi bien que moi, elle est très- 
fàchée du départ de V. E. J' en ai enteu- 
du les regrets ea faisant la contrebande, 
dans la bouche de mad. Barbarigo et dans 
celles plus mignonnes de mad. G . . . . et 

M Nos sages , k la téte des quels 

nous mettons bien le s. Emo en sont tout 
autant fàchés, quoique par des raisons bien 
difleientes . Il est si venitien, disois-je à 
quelques uns d'entre eux, que si vous aviez 
pu le voir et l'entendre comme luoi, v'ous 
seriez tous frangais. Le fait est que le Roi 
pourra bien donner un successeui' à V. E. 
mais ne sauroit vous remplacer, et à Ve- 
nise : 

Semper Iionos nomem^nc tuiivi laudesque ina- 
nchmit . 

J' ai r liomieur etc. 






Y 4 



544 Lettere 

DEL CARDINyìLE 

DE BERNIS 
VI. 

à Parme ce 18 de Février ly^S. 

«J e n'ai pii , Monsieur, ne pas dire adieu 
à ma maitresse avant que de m en sépa- 
rer pour quelque teais : je retourue dono 
à Venise la semaine procliaine ; la fonte 
des glaces na' en empèche encore celle-ci. 
Faites moi 1' honneiir de venir diner chez 
moi de dimanche prochain eu liuit , afin 
que je vous dise moi-méme combien vò- 
tre code de Cj'^there ni' a fait de plaisir . 
Puis qu' il vous est permis d'aimer, met- 
tez en pratique vos propres lecons ; je in' 
interesse aussi sincerement à vos plaisirs 
qu' à vòtre gioire . 

Remerciez les trois Graces qui in' ont 
loùé et regretté ; je vais les chercher sur 
le grand canal, *et leur rendre le seul hom- 
mage qui me soit permis. A 1' égard des 
sages et de leur chef, ils savent bieu qn 

ìls 



Inedite. 34^ 

ils peuvenc compter sur moi par la lecon- 
noissance qvie je leur dois, et par les prin- 
cipes de mon sistéme politique . Le séjour 
qua je ferai cet été à Paris ne sera pas 
bien long, il ne tiendra pas à moi que je 
ne revienne joindre ma chartreuse : en la 
quittant j" en ai mieux senti tous les agré- 
inens . Honorez > moi toujours , Monsieur, 
de vótre amitié , et soyez persuade de la 
mienne, et de tous les sentimens sincères 
aveo les quels j" ai V honneur etc. 



■*o*o*o*o* 
*o*o*o* 



546 Lettere 

DEL CONTE 

ALGAROTTI 
VII. 



à Venise ce 24 de Avril iy55. 



\. 



rous etes charmant de commencer vòtre 
ministere par tenir parole. Vòtre mémoi- 
re m' a fait un plaisir infini ; il m' est pré- 
cieux comme un gage de vòtre araitié, et 
comme un écrit oìi la saine raison et 1' 
esprit le plus fin se trouvent dans une par- 
faite alliance . Les Italiens devroient vous 
lire et se corriger s' ils peuvent . Le phis 
grand mal pour la pauvre Italie , corame 
nous r avons dit souvent ensemble , e' est 
qu' elle n' a ni capitale ni cour ; e' est qu 
elle est partagée et esclave . La gioire des 
lettres est ordinairement jointe à celle dea 
armes; et raremeut Fon estime la piume 
d'une nation dont on ne craint point l'é- 
pée . Vous étes bien heureux, 

Fian- 



Inedite. o^j 

Frangais, qui savez vaincre, et chanter vos con- 

qnétes ; 
Il n' est point de laurìers qui ne ceignent vos 

tétes . 
Que l'olive dont vous étes, Monsieur, dé- 
positaire chez nous, ne vous empeche pas 
d'ajouter aux lauriers de vótre patrie. J'ai 
r honneur d' étre etc. 



DEL MEDESIMO 
vili. 

à Tenise ce 8 de OctoWe ij55. 

nj e féiicite les maisons de Bourbon qui 
vont étre plus que jamais resserrés par les 
nceuds les plus forts et les plus charmans. 
C est r ouvrage qui est rcservé à vótre 
Excellence . Le Roi n' a peut - étre jamais 
niieux prouvé qu' en cette occasion com- 
bien il se connoit en liommes ; et e' est 
le grand art des Rois , L' Italie a vu les 
amusemens d' Achille oisif en politique, 

l'Espa- 



548 L K T T E n E 

r Espagne va lui ouvrli un charap digne 

de lui : 

in puhlica commoda peccem 

Si loìigo sermone mover tua tempora . 
Ces vers oiit éte souvent cités, mais rare- 
ment ils ont été mieux expliqués . Que 
V. E. se souvienne quelquefois d' un hom- 
me qui l' adinire corame un grand Mini- 
stre, et l'aime comme 1' homme du mon- 
de le plus aimable. J' ai l'iionneur etc. 

P. iS. Allant l'autre jour chez m. Brun, 
je vis qu' on empaquetoit des vues de Ve- 
nise dans le palais de V. E. 11 semble qu' 
elle ne veuille pas perdre de vue une vil- 
le, où elle sait bien que son nom ne sera 
jamais oublié . Je me souvins que deux 
sujets vènitiens que V. E. avoit vus chez- 
moi ne lui avoient pas déplu , et ai pris 
une liberté que V. E. voudra bien me par- 
donner, de les envoyer à ra. Courneur afin 
qu' il les fìt partir pour Madrid aveo les 
vues de Venise . Ils peuvent au moins ra- 
peller quelquefois à V. E. le vénitien qui 
lui est le plus attaché par les sentimens 
de l'araitiéjde 1' admiration et d'un pro- 
fond respect. 



Inedite. 349 

BEL CARDINALE 

DE BERNIS 
IX. 

à Faris ce aS de Dicembre lySS. 

Je vous dois bien des excuses, Monsleur, 
et mes torts avec vous devroient me faire 
rougir de vos bienfaits ; mais puisque les 
tableaux que vous me donnez représentent 
vótre patrie , je les accepte sans balancer . 
Je devrai à 1' amitié dont Venise m.' a ho- 
noró la plus grande partie de ma réputa- 
tion et de ma fortune. On m'a tenu com- 
pte ici de 1' indulgence d' un gouverne- 
ment éclairé : enfin , Monsieur , je n' ou- 
blierai jaraais Venise, ni ses habitants. Je 
voudrois à mon retour de Madrid vous 
trouver à Paris, ou vous aller encore re» 
voir dans vos lagunes . On ne peut rien 
ajouter à 1' estima et aux sentimens sincè- 
res avec les quels ] ai 1' honneur etc. 



SSo Lettere 

X. 

à Montelitnan ce 9 de Févrìer 1762 

JlVl. Archiuto ne m'a pas laissé ignorer, 
Monsieur, que vous vous souveniez encore 
du plaisir que j'avois de m'entretenir quel- 
quefois avec vous pendant mon séjour à 
Venise. La lettre dont vous m'avez hono< 
ré ajoute encore beaucoup à ma recon- 
noissance . Je vais lire avec avidité 1' Epi- 
tre sur le commerce, que vous avez bien 
voulu m'envoyer; la grande réputation de 
r auteur exciteroit seule une vive curiosité 
pour cet ouvrage ; mais j' ajoute à ce mo- 
tif le sentiment le plus sincère d' amitié 
et d' estime pour la personne . Vous me 
ferez le plus grand plaisir du monde, Mon- 
sieur, de vouloir bien me communiquer 
les ouvrages dont vous illustrerez encoi^e 
Vòtre patrie; je l' estime bien heureuse de 
vous posseder, et je ne desespére pas que 
quelque circonstance ne me raproche en- 
core de vous , et ne me mette à port<5e 

de 



Inedite. 35i 

de vous renouveller, Monsieur, l'hommage 
des sentimens in viola ijles d' estime et d' 
admiration aveo les quels je vous suis at' 
taché , 




LETTERE 

DEL SIGNOR 

D U T I L L O T 



To: XV. 



355 
DEL SIGNOR 

DU TILLOT 
I. 

à Parme ce zò de Février lySg. 

X-^e souvenir que vous accordez à ce quo 
vous avez vu ici , nous inspire beaucoup 
d' amour - propre : et comme nous avons 
donne à vos suffrages tout le poids qu' ils 
jnéritent, cetce vanite nous paroìt, si je 
puis dire ainsi, très-raodeste et très-placée. 
"Vous vous trompez, Monsieur; nous com- 
ptons plus éxactement que vous; vous n' 
avez habité parrai nous que quelques in- 
stans : ils m' ont paru bien courts ; et j' ai 
eu r agrément de reconnoìtre que l' Infant 
qui en répete d'autres, en jugeoit de mé- 
me . J' aurai l' honneur à son retour de 
Sala de lui rendre ce que vous nx écri- 
vez ; il le lira avec plaisir , et il reparlera 
encore de vous comme il a fait, e' est à 
dire de l'homme le plus airaable, qui mé- 
rite le plus sa réputation, enlin comme 

Z 2 du 



55G Lettere 

du corate Algarotti . Son ministre bien re- 
connoissant, ne saura bien meriter vos élo- 
ges , qu' en suivant autant qu' il pourra 1' 
esprit de son maitre : il desire beaucoup 
vótre amitié, vótre retour ici, et que vous 
reduisiez le ton d' une cérémonie qu' il 
vous rendroit, à celui des sentimens qu' il 
ambitionne de vótre part. J'ai l'honneur d' 
étre avec l'attachement le plus inviolable . 



• 0*0*0*0* 

• 0*0*0* 

*o*o* 

•o* 



Inedite. 35'f 

IL 

à Parme ce i3 de Mars lySg. 

«J e suis toujours comblé de ce qui m' an- 
nonce que je suis dans vótre souvenir . 
Vous in en donnez les preuves les plus 
/latteuses , et les plus intéressaates en m 
envoyant vos ouvrages . Ce sera un bien- 
fait que je partagerai entre ni. de Keralio, 
m. r abbé de Condillac et moi. Voyez , 
Monsieur, combien vous inspirez de re- 
connoissance . J' aurai 1' honneur de pré- 
senter à V Infant les deux éxemplaires qui 
lui sont destiné^s : il vous lira avec plaisir , 
parceque quand il n' auroit pas autant de 
connoissances qu' il en a , vótre facon d' 
écrire lui en donneroit. Il continuerà dono 
plus que jamais à penser et à s' exprimer 
sur vótre compte comme il l' a fait plu- 
sieurs fois depuis vótre départ: vótre let- 
tre , que je prendrai la liberté de lui pré- 
senter, lui offrirà de la facon la plus ele- 
gante et la plus agréable tout ce que vous 
pensez , et ce que vous dites d' ingénieux 

Z 3 et 



358 Lettere 

et de ilatteur sur son gout, et ses lu- 

niieres . 

Je pense à vous envoyer une petite pa- 
cotille, entr'aulrc une brochure de m. de 
Voltaire, un. roraaa intitulé Candide, ou 
V opùviisine . C est le delire le plus extra- 
vagant, le recueil le plus faux, les idées 
les plus déraisonnables , les plus iinpies . 
En general e' est mauvais, parmi les traits 
de feu et de plaisanterie , et les choses 
originales qu' il contient. 

J' ai r honneur d' étre avec 1' attache- 
inent le plus inviolable et le plus respe- 
ctueux etc. 






Inedite. Z5g 

IH. 

à Colorilo ce 8 de Mai i75g. 

Je me flatte que j'aurai 1' honneur d'étre 
vótre hóte à Parme et à Colorno. Vótre 
liabitation sera chez - moì à Parme , et de 
méme ici . 

Je crois que vous nous ferez suivre Ho- 
race bien agréablement dans le cours de 
sa vie : et que cette promenade deviendra 
bien intéressante avec un guide qui le con- 
noit si bien. Il risque d'étre quitte quel- 
quefois pour le guide . 

L'Infant a lu avec plaisir la lettre char- 
mante que vous avez écrite à 1' abbé Fru- 
goni . Que dites vous de son poème , ou 
de son Hippolite ; et des morceaux où il 
a suivi Racine ? 

Nótre Opera est ce que j" avois prévu *, 
il enchante la nation . J' avois conca , vous 
le savez , qu' en lui laissant son gout et 
sa musique, que j'aime autant qu'elle, oix 
pouroit r enrichir . Je ne me suis poinC 
troinpé . Personne ne 1' a cru jusqu' à ce 
Z 4 ^^' 



36o Lettere 

moment. Vous savez ce que sont les pré- 
jugés: enfin , Monsieur, nous triomphons : 
et je me souviens que je vous dois une 
partie de mon courage . Quand croyez vous 
à peu près venir ? L' Infant vous reverra 
avec bien du plaisir. Je ne dis rien de 
m. Keralio , de Condillac, l' abbé Girard^ 
ancore moins de moi. 

J' ai r honneur d' étre avec un attache- 
ment inviolable , Monsieur, etc. 



•0*0*0*0* 

•0*0*0* 

•o*o* 

•o* 



Inedite. 36i 

IV. 

à Colorilo ce ii de Juillet ijSg. 



N< 



ous sommes inquiets de vótre sante : 
nous craignons en perdant vòtre person- 
ne par vòtre absence , d' avoir perda an- 
core vótre souvenir. Mais la connoissan- 
ce que j' ai de vòtre caractere et do vò- 
tre coeur me rassure : nous vous aimons 
et nous vous estimons trop pour étre ou- 
bliés de vous. Je ne sais si j'ai eu 1' hoa- 
neur de vous faire part des nouvelles gra- 
ces dont ni' a comblé S. A. R. en me char- 
geant de tout le poids de l'administration, 
et la laissant unie aux charges que j'avois 
déjà . Je vous suis attaché sous toutes les 
formes ; je sais combien vòtre amitié s' in- 
teresserà à tout ce qui me regarde , et 
combien vous serez convaincu de l' atta- 
chement inviolable avec le quel j'ai l'hon- 
ueur d' étre . 



362 Lettere 

V. 

à Parme ce o.'j de Octobre 1760. 

J.VjLalgré r éloignement où je suis du ca- 
binet où je lirois pour m' amuser à moa 
àge, et où j'aurois lu pour m' instruire si 
j'étois plus jeune, je parcours tout ce qui 
me vieni de nouveau . Je n' ai pas parcou- 
ru^ Monsieur, mais j' ai lu avec attention 
et plaisir vótre elegante épitre : elle porte 
r empreinte du genie et des graces ; et de 
la solidité que le votre donne à tout ce 
quo vous créez . Je l' ai partagée avec mes 
ainis m. de Keralio et de Condillac , qui 
y ont trouvó le meilleur gout, le gout du 
vrai , et de l'agrément. 

Li' abbé Frugoni nòtre ami aura eu le 
plaisir de vous voir : il est heureux . J' ai 
trouvé du mèrito dans la lettre qu' il vous 
a adiessée, mais je n'ai pas voulu lui di- 
re que j' en trouvois 1' ordre trop didacti- 
que , la morale trop uniforme ; les vers 
allant par quatrains trop réguliérement, on 
diroit que e' est un ouvrage de récitatifs 

et 



Inedite, 363 

et d' ariettes : un tour trop grave , et pas 
assèz nuance de cette légéreté, de ces gra- 
ces badines que demande ce genre d'écri- 
re, qui est diffìcile, et qui veut du riant et 
de r aménité dans 1' esprit et dans le sii- 
le. Au reste mon sentiraent n' est qu' une 
sensation très-incertaine, et qui peut as- 
surément ne rien oter du mérite de 1' ab- 
hé . Il falloit quelque trait épisodique , et 
que les vers tombassent plus sur des pen. 
sées à peindre , ou sur des traits plus pi- 
quans . Vótre jugeraent est plus seur que 
le mien, Monsieur, et j' ai trop parie de- 
vant vous . 

J' ai r lionneur d' étre avec un attache- 
ment aussi inyiolable que respectueux . 



•o*o* 
•o* 



564 L E T T E a E 

VI. 

à Parme ce Zi de Mars 1761. 

Vótre complaisance éternelle vous fait es- 
suyer sans cesse de ma part des importu- 
nités : mais vous airnez le bien public et 
les bonnes vùes ; et voila ce qui me rend 
opiniàtre . Daiguez dono encore m' écouter 
siir ce que l'abbé Frugoni a eu l'honneur 
de vous écrjre : quoiqu' il soit lumineux , 
}e ne sais s' il vous aura rendu toute mon 
idée: la voici. 

J' ai deux objets : 1' un d' empécher le 
plus qu' il est possible le mal que nous 
font les eaux ; 1' autre de tirer de ce poi- 
son un objet salutaire, en tournant tout 
ce qui se pourra en utilité , et en ramas- 
sant des eaux que nous avons éparses et 
perdues, les réunissant pour l' utilité, aug- 
jrientant les nioyens d'arroseraens, les mou- 
tures , et procurant , si je le puls , des fìns 
encore plus étendus, et plus utiles. Nous 
avons des lagunes ou des marais à Guastai- 

la; 



"Ìneoite. SG5 

2a ; ils sont nuisibles aux terres , nuisibles 
à la sante. 

Les fontaines ou les conduites de nos 
eaiix sont négligées, en mauvais état. El- 
ias seroient abondantes , elles ne le sont 
pas . Nos chaussées ou argini se font sou- 
vent , et se détruisent souvent . C est un 
grand mal pour le peuple; voilu nos maux. 

J' ai cru qu' un honime entendu , habi- 
le , savant dans cette panie, unissant en- 
fin la pratique à la théorie, seroit un meu- 
blé précieux pour le pays : qu' il fornieroit 
des sujets , et qii' il feroit du bien . J' ai 
cru aussi que dans peu si je pouvois don- 
ner de 1' éffet aux viies de l' Infant qui 
sont de rétablir les études et les chaires 
avec plus de succès qu' elles n' en ont ; et 
de tàcher d'avoir quatre ou cinq homnies 
de inerite en savoir; un homme coninie 
celui que je desire, pourroit par la suite 
tenir sa place pour le lustre de l'état, et 
de r étude parnii ces autres-là. 

En vous expliquant ainsi mes viies, Mon- 
sieur, j'ai pensé que vous sentiriez d'abord 
quel espéce de sujet il me faudroit : et 
vous yoyez qu'un homme passager est pro- 

pr© 



566 Lettere 

pre à remédier à des vices locaux et de- 
montrés: mais qu'un homnie de genie fixé 
sans terme ou pour toujours, voit , recon- 
nolt uà pays, cherche la source du mal 
et la réparation , et la trouve dans des 
spéculations qui ne sont pas 1' effet d' un 
moment. Dans ce dernier cas-ci ce seroit 
un liomme que l' Infant attacheroit hono- 
rablement à son service, avec un titre d' 
ingénieur ou directeur des eaux, ou ma- 
thématicien . Il faudroit savoir 1' étendue 
des connoissances de ce sujetj ce qu' il a 
fait ; ses bonnes qualités d' ailleurs , quant 
à r esprit et à 1' àme , et quel homme e' 
est . J' ai cru que pour un objet si inté* 
ressant je ne pouvois mieux puiser que 
dans vos connoissances , et recourir à vos 
bontés . Je vous serois bien obligé aussi de 
disposer de moi, et de compier sans cesse 
sur l'attacheraent respectueux ayec le quel 
f ai r honneur etc. 

•o*o* 



Inedite. Z6j 

VII. 

à Parme ce la de Avril iy6i. 

«J ai re^u la paix perpctiielle de Rousseau 
J. J. mais /e la fais voyager. Elle est 
actuellement à Piorae; mais vous l' aurez 
quand elle me sera renvoyée . C est écrit 
corame tous les ouvrages de ra. Rousseau ; 
e' est a dire par rhoinme le plus éloquent 
et le plus énergique écrivain' qu' ait la 
France. J'ai un autre ouvrage de lui, qui 
a fait et qui fait beaucoup de bruit en Fran- 
ce , la nouvelle Heloìse . C est rempli de 
choses admirables ; d' une clialeur et d' un 
stile supérieur. Cet homme qui n' a sem- 
blé que dur, sauvage et ennerai de tout 
ce qui est sentimens et passion , les décrit 
comme 1' horame le plus sensible . Ce Ro- 
man est en lettres : il y en a qui sont des 
chefs-d' oeuvre. Si vous le desirez , Mon- 
sieur, je vous 1' envoyerai successivement; 
e' est un brochure en 6 parties ou tomes. 
J' ai regu et lu avec bien du plaisir et 
de r attention vòtre petit poèma sur le 

Com- 



368 L E T T E n E 

Commerce . Il est plein de choses et de 
pensées . C est d' un poete et d' un genie 
citoyen. Je parie des choses et non du sti- 
le, que je crois digne de vAtre piume, mais 
sur le quel je n' ose prononcer . Je vous 
en suis très - obligé . 

Vous avez vu raon idée, Monsieur; e' est 
le principe de quelques unes de celles de 
S. A. R. ppur le bien et l' instruction de 
ce pays-ci, oti elle voudroit restituer les 
études , et s' il est possible , le gout de sa- 
voir. Le pays est borné saus doute, et en- 
vironné de barrieres ; mais enfin avec de 
r attention , et un peu d' aiguillon à l' in- 
dustrie ce fond peut deveuir plus fertile 
pour lui-méme. J' ai bien des obstacles, 
mais je suis capable de patience et de te- 
nue dans r attention que je dois aux viies 
paternelles et salutaires de l' Infant . 

J'ai intendu nommer le p. Frisio . Mais 
je ne me rapelle pas oii j'ai vu encore der- 
nièrement son nom et les occupations ,aux- 
quelles il alloit vacquer. Je vois que e' est 
un religieux; et je conrois encore par ce 
que vous me faites l' honneur de me di- 
re , qu' il est difficile de trouyer un sécu- 

licr. 



Inedite. 869 

lier. Je commence d'abord par vous témoi- 
guer ma reconnoissance de toutes vos bon- 
tés. Je vous demanderai un peu plus de 
détail sur ce sujet; après quoi j' aurai re- 
coLirs à vAtre complaisance. Je vous renou- 
velle les assurances de l' attacliemeut ia- 
violable avec le quel j' ai 1' honneur d' é- 
tre e te. 



Vili. 

à Parme ce 21 de Avril 1761. 

IVXille pardons d'une correspondance aus« 
si embarassante que la mienne. Je con- 
nois à présent 1' état du p. Frisio : il est 
Barnabite , homme de beaucoup de meri- 
to . Je me tiens k lui si cela est possible. 
Ces autres messieurs, tous respectables qu' 
ils sont, ne venant ici que passagèrement, 
ne conviendroient pas à nutre objet. Ce 
n'est pas une seule opération, et un objet 
determinò et particulier dont il s'agit. Ce 
sont des objets généraux , que la pratique 
du pays , et des spéculations peuvent am- 
To; XV. A a menar 



S>^o Lettere 

mener à leur fin ou tòt ou taid . Ainsi 
un sujet attaché pour toujours à l' Infant , 
s' y exercera , sera utile à lui ou à 1' état 
sous le titre de mathematicien de S. A. R. 
ou sous la forme qui pourra étre agréable 
à ce religieux : à qui l' on procurerà et le 
sort et r agrément que vous croirez con- 
venable. Car je vous place entre S. A. R. 
et lui . Je le répete , e' est le commence- 
ment de l' objet que l' Infant veut rernplir 
pour avoir ici des homrnes de mérite, iiti- 
les à l'état, et pour inspirer le gout de 
r etude et du savoir^ car je pense géné- 
ralement à nos chaires . 

J'ai r honneur de vous assurer des sen- 
timens d'attachement respectueux avec etc, 



•o*o*o* 
•o*o* 



Inedite. Zii 

IX. 

à Colorilo ce 26 de Juiii iy6i. 

LJn voyage que j' ai fait à Macinesso ou 
l'antique Velleia, et les affaires dont cet- 
te petite absence in'avoit surchargé, m'ont 
empéché, monsieur, d'avoir 1' honneur de 
vous répondre d' abord . Nótre attente est 
presque déjk surpassée dans Velleia par la 
quantité de fragmens, et de raonumens , 
bronzes, marbres, inscriptions , idoles qu© 
nous y avons trouvés . J' ai eu la rare sa- 
tisfaction de voir découvrir sous mes yeux 
pendant 3o heures que j'y ai passées, plu- 
sieurs belles inscriptions et 7 statues de 
grandeur naturelle en beau marbré des 
beaux tems de la République ou de l'Empi- 
re : quelques jours auparavant on en avoit 
déterré y autres ; on continue ce travail 
avec beaucoup d' ordre . 

Je vous ai , monsieur , la plus grande 
obligation de vos soins auprés du p. Frisi. 
Ce n' est pas vòtre faute s' ils ont été in- 
fructueux. Le p. Frisi verrà que j'avois eu 

Aa a le 



Zy2 Lettere 

le bonheur, graces à vous, monsieur, de 
penser comme le comte de Firraian. J' en 
suis bien fàché; je vois que cela n' est pas 
réparable. Je sens corabien la complaisan- 
ce du p. Frisi me sera utile , et assur»- 
ment j* en proilterai. Mais les viies.d'uxi 
homme à deraeure, fondées sur des obser- 
vations faites avec loisir, en reconnoissant 
un pays , appuyées aux découvertes que 
produit quelqnefois le hazard , m' eussent 
été bien plus agréables . D' ailleurs je vou- 
lois satisfalle au desir qu' a l' Infant de ra- 
xuasser ici plusieurs gens de inerite, et de 
faire renaitre par ses bienfaits 1' émulation 
perdue dans un pays livré et abandonné 
à l'ignorance, et d'y former enfìn l' édn- 
cation. J' aurois tàché de faire au p. Fri- 
si le sort qu' il auroit pu desirer , et de 
le lui rendre agréable. Je vous prie, mon- 
sieur , de lui dire nies compliraens , et 
mes regrets , et de souffrir que je vous 
consulte pour mes viies . 

J' ai r honneur d' étre avec autant d'^at- 
tacheraent que de respect etc. 



Inedite." SyS 

X. 

à Colorilo ce ii de Jinllet 1761. 

JLM ous sommes occupés d' une fontaine pu- 
blique à Parme; nous la graverons, et je 
vous en enverrai les dessins , ainsi que la 
suite de ce que uous jjourrons faire de pas- 
sable. Vótre suffrage, si nous le niéritons, 
nous /latterà d' avoir quelque goiit. 

Velleìa en effet a de quoi nous intéres- 
ser beaucoup : nous n' osons encore riea 
dire sur ce lieu . Nous nous llattons de 
trouver d'autres inscriptions qui nous éclai- 
reront, et nous feront parler peut-étre sa- 
gement , et d' une facon intéressante . 

Il est sur, monsieur, que s' il y a en- 
core de la ressource, et des moyens d' 
avoir le p. Frisi honnéteraent ; je veux 
dire si ses engagemens ne sont pas de na- 
ture à ce que nous ne puissions pas tra- 
vailler à 1' avoir sans manquer à ceux qui 
travaillent pour l'attirer à eux, il est sur, 
dis-je, que j'en serois charme. Vous pou- 
Aa 3 - vez 



Zy^ Lettere 

vez voir, Monsieur, si cela est praticable, 
puisque vous étes à ménie de lui parler. 
Ce seroìt une obligation que nous vous 
aurions . 

J' ai r honneur d' étre avec 1' attache- 
jnent le plus tendre et le plus respe- 
ctueux etc. 




E . 3-5 



XI. 



Y. 



rous avez très-bien fait de disposér des 
feuilles pour ni. Archinto que j" ai 1' hon- 
neur de connoitre , et que je révére : dis- 
posez de tout cela à vòtre goùt. Au reste 
Freron est un homme acre, plein de pas- 
sion : mais cela n' a pas de danger pour 
les personnes qui jugent sainement par el- 
les mémes. 

Je vous prie de remercier vivement le 
p. Frisi; je l'aime et l' estime, sans le con- 
noitre , et Je ne suis pas digne de juger 
tout ce qu' il vaut : le cri public et vótre 
voix suppléent à mon ignorance. Je sens 
ses raisons , il doit des ménagemens à sa 
patrie , au comte de Firmian qui ni' est 
cher , à Pise , à la Toscane , à m. le ma- 
réchal Botta , enfìn aux distinctions glo- 
rieuses de S. A. R. l'archiduc Joseph. 

Vous sentez qu' au milieu de tout cela 
j' agis vis à vis de lui autant qu' il m' est 
perrais, sans le faire manquer à aucun de- 
voir, et sans manquer moi-méme à tant 
<le noms respectables . Il ne veut pas avoir 
A a 4 niau- 



SyG Lettere 

mauvalse grace, je ne veux pas non plus 
en avoir. Je compte, si je réussis, ne man- 
quer à personne : attirer un horame de me- 
nte, libre; et non enlever sans pudeur un 
sujet à des pays et des gens respectables 
qui seroient surpris de mon procede. Voi- 
la ma fagon de penser, sur la quelle j' at- 
tenda de vòtre amitié un avis digne d' el- 
le. Quant à son sort je le rendrai plus 
avantageux, et il ne sera sujet à aucuno 
altération . 

Je vous réitére les assurances de 1' atta* 
chement et du respect avec etc. 






I N E » I T E . Znj 

XII. 

à Parme ce i4 de Février 1762. 



J 



ai r honnetir de vous envoyer le pre- 
mier tome à' Emile , ou de Yéducation. Il 
y en a 4> J6 voudrois en avoir un doublé 
exeraplaire pour satisfaire à la fois le per- 
sonnage respectable et aimable que vous 
nommez, et vous, monsieur. Je vous en- 
verrai successivement et éxacteinent les au- 
tres . La préface vous dira ce que e' est 
que r ouvrage : e' est un mélange de cho- 
ses et d' idées sublimes, profondes, quel- 
ques unes extraordinaires , singulières, d' 
autres irapraticables . On ne peut écrire 
avec plus de vertu , plus d' energie , plus 
d* éloquence et d' élévation . C est parsemó 
de choses admirables par tout ; et il y a 
un 4 totne qui est sublime. Je vous prie- 
rai de me diro ce que vous en pensez^ 
Je le lis à morceaux rompiis, quand je 
peux : mais je relis souvent les mémes 
choses . 

A a 5 Vous 



5y8 Ij E T T E n E 

Vous vous occupez, monsieur, toujours 
utileinent pour l' huraanité , et vous em- 
ployez des momens de loisir qui ne sem- 
tlent destinés qu'à vótre arausement, avan- 
tageusement pour les arts . Vous les ai- 
jnez, vous les culti vez, vous faites travail- 
ler sous vos yeux . Une vie pareille est 
remplie tranquilement, agréablement ; elle 
est à desirer. La mienne est plus turbu- 
lente ; et chargé d' affaires publiques , je 
n' ai peut - étre que le bonheur de faire 
des clioses aussi utiles . Cependant ]*' ai fait 
ce que f ai pu pour 1' avantage public : e' 
est une idole à la quelle je sacriiìe tout. 
J'ainie ce pays comme ma patrie. J'ai ten- 
té bien des choses ; quelques unes réussis- 
sent : mais j' ai à combattre une soi te d' 
indolence , et un état restreint de facul- 
tés. Il faut beaucoup de patience, et après 
bien des années il y auza des progrès , 
mais peu sensibles : il ne faut pas se dé- 
courager j mais on raeurt dans la peine . 
Quelle vie , monsieur ! 

Passant à des objets plus frivoles; vous 
voyez, monsieur, que le projet de nos ope- 
ra sur un nouveau pian, est abbandonné: 

il 



Inedite. S79 

il falloit que la cour le soutint, et con- 
tribuat à leur lustre . Or le départ de cet- 
te cour pour Colorno toujours lìxé pour 
ainsi dire au début de 1' opera , laìssoìt 
nótre ville sans ornement, et sans ressour- 
ces pour les étraiigers • Je vis que e' étoit 
irremédiable : j' abbandonnai un projet qui 
^toit agréable, et qui seroit devenu sans 
doute utile au pays, et à la ville. J' en 
voyois encore toutes les iraperfections dans 
r éxécution ; mais je concevois' qu'on pou- 
voit le conduire à bon point. Je vous par- 
ie de la chute de cet édifice , parceque 
vous r aviez vu comraencer avec joye . 

J' ai r honneur de vous renouveller les 
assurances de l' attachement inviolable et 
respectueux avec etc. 



*0*o*o* 



òoo Lettere 

XIII. 

J ai regu dans soa tems les journaux 
t[U6 vous me lltes l'honneur de me renvo- 
yer . J' avois déjà des connoissances de la 
Libliotheque Jakson. Des raesures que j' 
avois prises d' un autre còte m empeche- 
lent de tourner mes viies vers celte biblio- 
theque . Si ces mesures avoient manqué , 
j' aurois réfléchi sur ce parti . Je vous re- 
inercie bien siucérement de ce que vous 
me faites l' honneur de me dire d' obli- 
geant . Je u' ai point de connoissaaces : 
luon esprit n' est poiut orné : mais j' ai 1' 
àme sensible , et je suis né avec de 1' a- 
mour pour 1* honnéte et les choses honora- 
bles. Ainsi j'ose dire que si je fesois quel- 
que chose de supportable, je le devrai au 
gout , à la protection de V Infant ; un peu 
à mon àme, et rien à mon esprit, ou à 
mes lumieres . Ce n' èst pas par ostenta- 
tion que j' ai pensé à une bibliotheque d' 
après ce que S. A. R. m' en avoit dit . J' 
ai vu que nótre pays étoit ignorant : que 
cette coUection flatteroit 1' orgueil public, 

et 



Inedite. 58 1 

et que dix hommes iroient à cette biblio- 
theque aujourd' hui ; et dix autres dans 6 
ans. J'ai dit, nous aurons donc vingt lioin- 
raes peut-étre éclairés et instruits dans dix 
ans . C est beaucoup . L' Infant va donner 
d'autres secours bien digerés à l'édùcation 
de sa noblesse . Le bien se fait lentement: 
nous sommes encore à l'élevation des murs 
de la triste et petite Salente: nous n'avions 
que le ciel pour nous couvrir qiiand nous 
sommes entrés ici il y a i3 ans: il faut 
remettre tout ce qui a été dévasté . Il y 
avoit un tout ici, il y avoit une bibliothe- 
que, des médailles etc. il sera honorable 
pour r Infant que ses efforts reproduisent 
ce qui a disparu: et des efforts faits dans 
la médiocrité. Je me suis laissé emporter, 
monsieur, quand il y a un objet auquel 
je devois m'arréter, et qui m' interesse in- 
flniment : e' est le rétablissement de vòtre 
sante: je vous en félicite bien sincereraent. 
J' ai r honneur de vous renouveller les 
assurances de l' attachement inviolable et 
respectueux avec etc. 



582 L E T T E 11 E 

XIV. 

a Parme ce z de Avril lyGS. 

x\près vous avoir reraercié bien sincere- 
raent de l'amitié avec la quelle vous avez 
bien voulu faire des perquisitions pour me 
déterrer un des sujets que je prenois la 
liberté de vous indiquer , je regarde corn- 
ine une partie de ma reconnoissance de 
vous confier T objet de cette recherche . 

Vous conuoissei Parme, et nos petits 
états . La noblesse n' y est pas riche ; et 
le peuple n' a guère de ressomce dans ce 
qu'on appelle le commerce pour s'enrichir. 
Nos habitans sans étre aussi vifs que ceux 
de la plus grande partie des cantons d'Ita- 
lie , y ont le genie naturel de la nation ; 
l'esprit pénétrant, souple et de l'aptitude; 
mais le manque de 1' émulation , la pau- 
vreté, im fond de nonchalance naturelle, 
y laisse les esprits, et les ames sans res- 
sort . 34 années d' interregne , si je puis 
parler ainsi ; les variations du gouverne- 
ment ont enlevé encore le peu de graisse 

qui 



Inedite, 583 

qui couvrolt la superfìcie de cette terre . 
L' ignorance a prévalu , et excepté quel- 
ques prétres , je ne dis pas des inoines , 
et quelques gens de robe , et 5 oii 6 gen- 
tilshommes, personne ne lit, et n' a acquis 
de culture . L' Infant a pensé à 1' établis- 
semerit d'une bibliotheque publique, mais 
il a cru qu' il étoit bien de former une 
partie de la noblesse , laissant d' ailleurs 
subsister nos collegcs sur le pied où ils 
sont . Vous savez que 1' éducation y est 
confiée partie aux Jesuites, partie à une 
Université très - relàchée . 

S. A. R. avoit un nombre de pages , 
mais ils étoient si négligés que cette édu- 
cation étoit raéme dans le dernier discré- 
dit. Elle a jugé à propos de tout y chan- 
ger : en augmenter le nombre , clianger 1' 
habitation: leur faire donner par des mai- 
tres choisis, une éducation rare et excel- 
lente , et les mettre en état au sortir de 
là , de passer par tout , et d' étre utiles k 
la patrie . L' Infant a cru que si tous les 
G ou 8 ans cette éducation produisoit des 
homraes de mérite, ce seroit changer 1' 
esprit de la noblesse, et faire des sujets 

qui 



584 Lettere Inedite. 

qui formeroient des éxemples et de l'ému- 
latioa. Je cherche un Gouverneur homme 
sage , bien né : je crois que nous le trou- 
verons: et cnfin je cherche un précepteur 
homrae do merita , qui puisse former et 
suivre un pian excellent . Voila l' objet do 
la liberté que j' ai prise, monsieur, en m* 
adressant à vous . Je desire ne rien con- 
clure encore de quelques semaines; car il 
s' est présente plusieurs sujets : mais nul 
n' est annoncé avec un témoignage aussi 
favorable que celui dont vous me faites 
r honnevir de me parler . J' aurai 1' hon- 
neur quand il en sera tems de vous com- 
muniquer le sort qu' on lui offrirà, et de 
vous j)rier si nous nous déterminons pour 
lui , de vouloir bien pousser yos généreux 
offices jusqu'au bout. Je sais que vous ai- 
mez le bien , et 1' établissement des bon- 
nes choses : il ne faut pas d' autre motif 
pour vous déterminer à nous rendre ser- 
vice. 

J' ai r honneur de vous renouveller les 
assurances de 1' attachement respectueux 
avec etc. 



INDICE 

Delle Lettere contenute nel Tomo XP': 



D 



i Federico IL Re di Prussia al Co: Al- 

garetti. pag. 3 a 255. 

Del Principe Guglielmo di Prussia. 261. 

263. 265. 
Del Principe Ferdinando di Prussia . 267. 
Del Principe Enrico di Prussia . 270. 272. 

275. 281. 282. 291. 294. 298. 3oo. 
Del Principe Ferdinando di Brilnswic. 3o3. 

3o6. 3i2. 3i4. 317. 320. 323. 326. 

329. 
Del Cardinale di Bernis . 338. 34 1. 344* 

349. 35o. 
Del sig. du Tillot . 355. e segg. 

Del Co: Algarotti a Federigo IL 53. ^%. 

68. 75. 81. 89. 90. xoi. 104. 110. 

112. ii3. 114. 118. 122. 127. 129. 

i32. i36. 139. i4i. i44' i4^* i4^' 

i52. i53. i55. i58. i6o. i6a. 166. 
174. 176. 181. 186. 189. igi. 193. 

194* 197' 200. 201. 2oa. 208. 219, 

211. 



itll. 2l4- 219. 222. 224- 228. 23l. 

s35. 236. 239. 245. 248. 

Del Co: Algaroui al Principe Gugliel- 
mo . pag. 25g. 362. 264. 

Dello stesso al Principe Ferdinando. 266. 

Dello stesso al Principe Enrico. 269. 271. 
377. 279. 284. 

Dello stesso al Principe Ferdinando di Briin* 
swic. 3o5. 3o8. 3og. 3i5. 3i8. 32i. 
324. 328. 33i. 

Dello stesso al Cardinale di Bernis . 335.- 
340. 342. 346. 347. 



Fine del Tomo Decimoquiiito 



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